À CÔTÉ DU BUT
Pierre Frisko
Même si elle signifie la fin de l’été, des vacances et de la canicule, la rentrée annonce aussi le retour de certains petits plaisirs de la vie. Certains se réjouissent à l’idée de faire des centaines de litres de ketchup ou des confitures de rhubarbe. D’autres salivent rien qu’en pensant à la gueule que fera le caribou lors de leur prochaine partie de chasse.
Moi, quand arrive la rentrée, je pense notamment au début d’une nouvelle saison de hockey cosom. Du hockey en pichous, dirait un copain à moi. Il y a de ces bouches qui mériteraient un coup de savon.
Évidemment, nous ne jouons pas en pichous, mais en chaussures de sport, dans un gymnase. À part les ajustements qui s’imposent comme remplacer la rondelle par une balle, c’est à peu près comme le hockey sur glace.
Là aussi, un des moments forts de la soirée, c’est l’après-match.
Je suis de ceux qui ont l’esprit sportif : pas mauvais perdant, surtout quand je gagne. Et j’aime bien, autour d’une bière, écouter les sportifs du mercredi qui décortiquent savamment leur performance et, à grand renfort de théories boiteuses, finissent par expliquer leur victoire par leur jeu exceptionnel, ou leur défaite par le jeu exécrable du gardien.
Je suis gardien.
Quand nous finissons par avoir fait le tour de la question, nous nous mettons à parler d’autres choses que de hockey.
Vous me croirez si vous voulez, mais il nous arrive de parler d’architecture. Pas avec tout le monde, mais avec le gardien d’en face. N’allez pas conclure que les gardiens sont particulièrement portés sur l’architecture. Mais celui-ci est architecte dans la vie civile.
Un fan de Melvin Charney, qui aime bien les phrases qui ont du punch. Des phrases comme on en trouve dans les grands livres. Un soir, il m’a lancé celle-là : « Il y a architecture quand il y a intention. »
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De là où j’écris, la vue est tout à fait magnifique. D’un côté, l’île Notre-Dame et le fleuve à perte de vue. De l’autre, le Vieux-Port en avant-plan, les gratte-ciel, un immense paquebot qui s’appelle Maasdam et tout Montréal en fond de scène.
Il y a bien ces fous du volant de la Nascar qui font un vacarme indécent, mais le paysage rend le tout plus supportable.
Tout autour de moi, il y a Habitat 67, ce merveilleux délire d’étudiant devenu réalité parce que 1967, franchement, c’était une autre époque.
Tiens, justement : ils en avaient une belle intention, avec Habitat. Ils voulaient créer un modèle d’habitation unifamiliale à forte densité. Pour l’époque, c’était sûrement avant-gardiste. Pardi, ce le serait même aujourd’hui! Mais le modèle n’a pas eu de suite. Évidemment, il n’était pas sans défauts. Juste d’avoir à créer une presqu’île pour le reproduire n’était pas l’idée la plus brillante. Mais on aurait pu faire évoluer le modèle, en garder les meilleurs éléments. On s’est contenté de jeter le bébé avec l’eau du bain.
Alors, il reste le monument. Privé, mais monument quand même. Subventionné parce que c’est beaucoup d’entretien, le patrimoine. Moi, tant qu’à faire du logement subventionné, j’y mettrais plutôt des familles, de celles qui n’ont pas beaucoup d’argent.
Vous imaginez un peu Habitat avec des enfants qui courent dans les rues intérieures, des vêtements accrochés à des cordes à linge, des potagers sur les terrasses? Ça ressemblerait probablement au village où Safdie a passé son enfance.
Et puis, ça ferait moins propre.
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Heureusement que le hockey va bientôt recommencer. Parce que je me retrouve avec une bien drôle de question, que je devrai sans doute poser au cerbère adverse : qu’est-ce qui arrive quand on passe à côté des intentions?
Serveur! Une autre pinte de blonde!









