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Europe : Berceau des écoquartiers

Vesterbro à Copenhague
Photo: Risager

On délaisse ici l’architecture pure pour aller faire un tour du côté de l’urbanisme, plus précisément du côté des écoquartiers, qui se multiplient en Europe. On retiendra surtout qu’au-delà d’une architecture verte, les concepteurs et responsables politiques partagent toujours une vision globale qui tient compte non seulement des enjeux liés à la mobilité, mais aussi des questions sociales et économiques. Ces quartiers possèdent généralement des centres d’information où vous pourrez étancher votre soif de connaissances.

BedZED à Sutton (Royaume-Uni)

Le Beddington Zero Emissions Development (BedZED), situé dans l’agglomération de Londres, a pris forme sur la friche d’une ancienne houillère de 1,7 hectare. L’architecte Bill Dunster et ses partenaires ont cherché à réduire l’empreinte environnementale des citadins dans ce projet d’une centaine de logements qui a accueilli ses premiers habitants en 2002. Outre la préservation des ressources et l’absence d’émissions polluantes, le programme tente d’allier habitat, création d’espaces de travail et de commerce, qualité de vie et modes de déplacement actifs. Cette expérience a inspiré le gouvernement britannique dans la mise en place d’autres opérations. 

 

Le quartier est très dense et homogène, mais comprend un parc public. De plus, la plupart des logements disposent d’un petit jardin privé.
Photo: Tom Chance
L’accent a été mis sur la préservation de la biodiversité et le développement des espaces végétalisés.
Photo: Andrea Rota
Le quartier possède un plan de transport durable qui requiert la proximité des trains, bus et tramways, ainsi que des branchements pour véhicules électriques.
Photo: Andrea Rota

Eva-Lanxmeer à Culemborg (Pays-Bas)

Ce projet est né de l’initiative d’une seule personne, Marleen Kaptein, rejointe par un groupe de citoyens. À part le plan directeur, les idées sont donc venues de la base, mais les autorités ont prêté une oreille attentive au projet. Entre 1994 et 2009, 240 maisons solaires passives, dont 60 logements sociaux, ont été construites en plusieurs phases afin de tirer parti des acquis à chaque étape. Eva-Lanxmeer est organisé en arc de cercle autour de «cours» qui marient jardins communautaires et privés sans séparation. La voiture est repoussée en périphérie. Une attention particulière est portée à la consommation et au traitement de l’eau (lagunage, interdiction de l’utilisation d’eau de Javel ou de matériaux comme le cuivre, etc.), notamment parce que le quartier est situé dans une zone protégée de captage. 

 

La gestion des espaces verts, sauvages et domestiques est extrêmement poussée, jusqu’à la mise en place de transitions douces entre les différents milieux.
Photo: Lamiot
En plus des maisons, la zone dispose d’espaces de travail, tel cet immeuble de bureaux, mais aussi d’une école, d’une résidence pour aînés montée par les intéressés, d’une école et d’une ferme urbaine.
Photo: Lamiot
De nombreuses maisons possèdent une serre et sont surmontées d’un toit vert recouvert de sedum pour rafraîchir les celliers et équipé de panneaux solaires.
Photo: Lamiot

Vesterbro à Copenhague (Danemark)

Cette opération verte a engendré la rénovation d’un quartier insalubre du centre-ville où la population s’était paupérisée. Elle porte sur 35 hectares et 4000 logements accueillant environ 6500 personnes. La réhabilitation de l’îlot Hedebygade, commencée en 1997 et achevée en 2002, a servi d’expérience pilote. L’objectif était d’apporter du confort et de la lumière naturelle dans les logements, de diminuer la consommation énergétique grâce, notamment, au solaire et à l’isolation, et d’améliorer la qualité de l’air intérieur et l’isolation acoustique. Les espaces semi-privatifs ont été réaménagés au pied des bâtiments. Les habitants ont participé au processus de réflexion et ils sont encore mis à contribution : ils trient leurs déchets en 12 filières différentes!

 

Des panneaux solaires ont été installés sur les façades sud des immeubles, en plus des murs végétalisés.
Photo: Risager
Les immeubles du quartier datent du 18e siècle : plus de 70 % ne possédaient pas de salle de bains avant les travaux.
Photo: Dimidus
Comme partout à Copenhague, en raison d’une politique municipale incitative et d’un large réseau de pistes cyclables, l’usage de la bicyclette est répandu.
Photo: Phil LaCombe

Bo01 à Malmö (Suède)

Juste en face de Copenhague à laquelle elle est reliée par un pont, la ville de Malmö a organisé en 2001 un salon européen de l’habitat faisant la démonstration de techniques de construction durable. Cela a été le point de départ, dans une ancienne zone industrielle de 9 hectares aux sols contaminés, du quartier Bo01, «ville de demain». Il abrite 600 logements pour 1000 habitants et vise une consommation énergétique constituée à 100 % d’énergies renouvelables. Outre la grande efficacité énergétique des bâtiments et l’utilisation d’électricité issue d’une centrale éolienne, la zone bénéficie d’un réseau de géothermie et de pompes à chaleur aquifères souterraines. Détail significatif : les promoteurs devaient choisir un minimum de 10 points écologiques parmi 35 consacrés au maintien de la biodiversité en milieu urbain.

 

La variété du cadre bâti découle de l’obligation pour les partenaires privés de faire appel à différents architectes.
Photo: Free Range Jace
C’est dans ce quartier qu’est situé le Turning Torso, la tour de Santiago Calatrava inaugurée en 2005, dont on aperçoit ici le premier «cube» blanc. Les espaces publics du quartier sont particulièrement soignés : fontaine, canal, aires de jeu.
Photo: Free Range Jace
Rendre le front de mer aux citoyens était un des objectifs des autorités, d’où la création de cette promenade qui prend la forme d’un long quai en bois.
Photo: Free Range Jace

Hammarby Sjöstad à Stockholm (Suède)

Cette ancienne zone portuaire délabrée aurait été un village olympique vert si Stockholm avait été choisie comme ville-hôte des Jeux olympiques de 2004. Cela n’a pas été le cas, mais le projet, commencé en 1991, s’est poursuivi. Il est mené par une équipe où la pluridisciplinarité a été valorisée : architectes, urbanistes, ingénieurs, paysagistes, etc. L’ensemble a débouché sur ce que les aménageurs appellent le «modèle Hammarby», un outil d’aménagement urbain durable. Une fois achevé, en 2018, le projet accueillera 20 000 habitants dans 11 000 appartements répartis sur 200 hectares. Plusieurs mises à l’essai caractérisent le projet, notamment la collecte pneumatique souterraine des déchets, avec tri automatisé. Au-delà du recyclage, cette méthode permet de limiter la circulation des camions dans les rues et les déchets incinérés servent au chauffage.

 

Les transports en commun relient efficacement le quartier au centre de la ville, par bus, train, tramway ainsi que par bateau-bus. Logique pour cette ville aussi appelée la Venise du Nord.
Photo: Victoria Henriksson
Pour densifier la ville sans tomber dans le travers de certaines banlieues européennes, on a limité la hauteur des immeubles à cinq étages, et chaque bâtiment donne à la fois sur la rue et sur un parc.
Photo:
Le quartier dispose de nombreux équipements publics, dont une bibliothèque et plusieurs centres culturels.
Photo:

ZAC de Bonne à Grenoble (France)

Cette «zone d’aménagement concertée» (ZAC) prend place sur le site de l’ancienne caserne de Bonne sur un site de 15 hectares. Lauréate en 2009 du grand prix national Écoquartier organisé par le ministère français de l’Écologie, de l’Énergie, du Développement durable et de la Mer parce qu’elle intègre toutes les composantes de durabilité, elle fait figure de pionnière en France. L’Hexagone accuse en effet un retard par rapport aux autres pays européens, mais les projets se multiplient désormais. La ZAC réunira au final 850 logements, dont 35 % de logements sociaux, des résidences étudiantes, une résidence pour personnes âgées, une école, une piscine, 25 magasins, des bureaux, un hôtel, un cinéma d’art et d’essai et un parc urbain.

Le soin apporté à la qualité architecturale, outre le fait que les bâtiments respectent les normes françaises «très haute qualité environnementale» et «très haute performance énergétique» a été remarqué par l’État français.
Photo: Aktis
Les espaces publics, en cours d’aménagement, laissent une grande place à l’eau. La réflexion a pris en compte la gestion durable des eaux de pluie et de la nappe phréatique.
Photo: Aktis
La moitié des bâtiments de la ZAC sont terminés et occupés, 25 % sont en cours de réalisation et les derniers chantiers démarrent. Le quartier s’inscrit comme une extension du centre de cette ville alpine encerclée par les montagnes.
Photo: Photec

Vauban à Fribourg-en-Brisgau (Allemagne)

Sans doute le plus réputé des écoquartiers européens, Vauban a été conçu en trois phases entre 1996 et 2006 à l’emplacement d’anciennes casernes françaises, sur un site de 38 hectares. La démarche associe étroitement la population locale. Plusieurs projets ont d’ailleurs été développés par des coopératives ou des «groupes de construction». Le quartier Vauban compte 5000 habitants et la mixité sociale est la règle. La réflexion a été poussée sur l’efficacité énergétique des bâtiments et l’utilisation maximale des énergies renouvelables : maisons passives ou à énergie positive, toits solaires et cogénération. L’ensemble forme un tout cohérent puisque, outre les modes de déplacement actifs ou la récupération des eaux de pluie, on a mis l’accent sur l’espace public, la conception de lieux communautaires ou la création d’emploi.

 

Les espaces de stationnement sont réduits près des logements, et l’automobile est domptée : vitesse limitée à 30 km/heure, pistes cyclables, transports en commun, notamment tramway, et partage de véhicule. Plus de 40 % des habitants ne possèdent pas de voiture.
Photo: Guido Kirsch
Vauban se veut le plus grand quartier solaire d’Europe. Près de 65 % de l’électricité du quartier provient des panneaux photovoltaïques et de la centrale de cogénération.
Photo: Virginie Levenok
Les bâtiments du quartier sont souvent colorés, mais ce n’est pas un diktat. On a au contraire favorisé la diversité architecturale et la personnalisation. Le bois tient une grande place.
Photo:Claire Andrewglaser

Tant qu'à y être...

Greenwich Millenium Village à Greenwich (Royaume-Uni)

Viikki à Helsinki (Finlande)

Kronsberg à Hanovre (Allemagne)

Rieselfeld à Fribourg-en-Brisgau (Allemagne)

Südstadt à Tübingen (Allemagne)