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Bois: le retour du mal-aimé

À l’heure de la construction durable, le retour du bois au rayon des matériaux de choix ne pouvait mieux tomber. Quelques innovations à découvrir.

Pascale Guéricolas

Immeuble Fondaction, Québec
Gilles Huot, architecte

Terre de forêts, le Québec s’est longtemps contenté de céder son bois à vil prix à l’industrie des pâtes et papiers ou aux fabricants de colombages. Heureusement, le concept de valeur ajoutée fait tranquillement son chemin dans l’industrie du bois et, du même coup, les usages du matériau sont multipliés. Frappée du sceau « bois d’ingénierie » et offerte en versions lamellée, collée, moulée, cette ressource renouvelable se taille une place sur le marché de la construction durable. L’expertise se développe pour mettre à profit un matériau qui contribue à un air sain en stockant le CO2.

Située à Saint-Elzéar, en Gaspésie, Contact est à l’avant-plan de ce mouvement. Cette coopérative de travail a notamment mis au point des gouttières en cèdre qui permettent de récupérer l’eau de façon vraiment écolo. En prime, elles participent à une foresterie soucieuse de l’environnement puisqu’en coupant de plus petits arbres pour en faire des planches, on permet aux plus gros de pousser.

Conscients que le cèdre se raréfie de plus en plus en Gaspésie et qu’il faut protéger sa présence dans l’écosystème, les artisans de Contact tentent de diversifier leurs ressources. Depuis deux ans et demi, la coopérative teste de nouvelles méthodes de séchage du mélèze pour commercialiser des bardeaux.

De plus, Contact voit la construction comme un tout, de la coupe du matériel brut en forêt jusqu’à l’utilisation des déchets non utilisables. La coopérative a donc trouvé une utilité aux chutes de billots de mélèze en bout de planches qui auraient dû finir aux déchets. Une fois rabotés, ces petits morceaux de bois deviennent des pavés qui servent à revêtir des patios ou entourer les piscines. « La certification LEED, c’est déjà dépassé, il faut aller plus loin comme en Allemagne avec Living Building », lance Ronald Arsenault, fondateur de la coopérative.

D’ici deux ans, Contact prévoit offrir des hébergements durables aux visiteurs de passage en Gaspésie, histoire de partager ses connaissances en construction écologique.

Bois vert

Centre Pompidou-Metz, Metz, France, Shigeru Ban et Jean de Gastines, architectes

Certaines propriétés du bois – production moins énergivore que l’acier, possibilité de le poser pendant n’importe quelle saison, isolation plus facile que le béton et l’acier – en font une excellente solution de rechange écolo comme matériau structurant.

Un secret trop bien gardé. Ronald Arsenault ne compte plus le nombre de fois où on lui a dit : « Le bois, ça travaille, ça sent, ça n’a pas de capacité structurelle. » Des affirmations qu’il s’emploie à réfuter. « On vit une véritable révolution actuellement, et certains architectes sont prêts à prendre le virage, tandis que d’autres ne veulent pas changer leurs habitudes par peur de se faire attaquer par leurs clients pour des problèmes de structure », poursuit-il.  

Même son de cloche du côté de Jean-Claude Beaudry, qui ne mâche pas ses mots quand il s’agit de parler de son matériau fétiche. « Le Québec sort du Moyen-Âge sur le plan des structures en bois. Ici, la science du bois était inexistante! » Responsable du développement chez Chantiers Chibougamau-Nordic, il déplore que le Code du bâtiment ne permette pas de réaliser des bâtiments de plus de quatre étages avec des colonnes en bois. « En Colombie-Britannique, on peut aller jusqu’à six », raconte-t-il.

Chantiers Chibougamau-Nordic – qui produit du bois lamellé et collé – a construit plusieurs stades de soccer intérieur, notamment ceux du parc Chauveau à Québec et du cégep Marie-Victorin dans l’est de Montréal. Le procédé de fabrication des poutres à grande portée a permis de donner à ces équipements sportifs une ambiance moins sonore que le béton tout en réduisant l’empreinte écologique. L’immeuble de six étages de Fondaction (la compagnie a obtenu une dérogation en démontrant que le bois possède d’excellentes propriétés mécaniques), situé sur le boulevard Charest à Québec, en est un autre exemple.

Et en optant pour le bois, cinq fois plus léger que le béton, les constructeurs n’ont plus à habiller les colonnes ou à prévoir de faux plafonds. Même les déchets générés par l’usine trouvent une utilité puisque Chantiers Chibougamau-Nordic les brûle pour alimenter ses papetières.

Autre innovation en préparation : les panneaux structuraux. D’ici quelques semaines, une usine de Chantiers Chibougamau-Nordic produira des panneaux de bois de 10 à 30 cm d’épaisseur faits de planches disposées à angle droit. Cette technologie, unique en Amérique du Nord d’après Jean-Claude Beaudry, permettra d’offrir une stabilité comparable à celle du béton armé. Ces murs préfabriqués pourraient donc être utilisés dans des immeubles collectifs, des maisons de retraite ou des immeubles multi-logements, car le bois produit beaucoup moins d’écho que le béton.

Chaud, le bois !

Coopérative d'habitation Le Coteau vert, Montréal
L'OEUF - Olivier Pearl Poddubiuck et Associés Architectes
Photo: Hugues Daly

François d’Amours, directeur du marketing chez Maibec, communique régulièrement avec les cabinets d’architectes pour leur présenter le bois torréfié, un nouveau produit mis au point il y a deux ans par cette entreprise de Saint-Romuald, sur la rive sud de Québec. Cette technologie, bien connue des Scandinaves, permet de mieux profiter du cycle de vie du bois qui, contrairement aux revêtements en brique ou en fibrociment, nécessite peu d’énergie. Pendant une quarantaine d’heures, les planches subissent un séchage dans un four à 200 °C. Ce procédé donne une couleur ambrée au bois, mais permet surtout d’enlever presque toute l’humidité de la planche qui, du coup, ne se déforme pas.

Selon le responsable marketing, ce type de revêtement réduit l’entretien puisque la faible teneur en humidité du bois torréfié le protège du pourrissement. « Aux façades qui grisent naturellement, comme en Nouvelle-Angleterre, les Québécois préfèrent la couleur, précise François d’Amours. Nous teignons ou peignons les planches des deux côtés en usine, ce qui permet de limiter encore les échanges d’humidité. » Du coup, les propriétaires, qui optaient pour des parements de bardeaux de vinyle ou de panneaux de fibrociment pour éviter l’entretien des planches de bois, reviennent vers ce matériau renouvelable.

Comme quoi la forêt ne se limite pas à des rangées de deux-par-quatre en devenir…