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Immaculée conception: une définition de la construction durable

Le développement durable a beau être sur toutes les lèvres, il n’est pas facile de circonscrire son application à la construction. Petit tour d’horizon des différentes conceptions.

Corinne Fréchette-Lessard

« Essayer de définir la construction durable, c’est ouvrir une boîte de Pandore! » lance Daniel Pearl, professeur à l’École d’architecture de l’Université de Montréal.

Vrai que le sujet est vaste et que les variations abondent. Au Québec, la notion de bâtiment durable est très liée aux certifications. « Les clients ne parlent pas vraiment de bâtiment durable. Ils sont plus spécifiques : ils demandent une construction conforme aux critères de LEED ou BOMA, par exemple », explique Lyse M. Tremblay, architecte et consultante LEED. Ces grilles d’analyse visent à mesurer l’empreinte écologique d’un bâtiment, son impact sur l’environnement.

Sens large

Les fondations, faites à même la terre, de la maison Eco-Sense
Photo: Ann et Gordon Baird

Ailleurs, d’autres avenues sont explorées, selon Nadine Léonard, présidente de la section du Québec du Conseil du bâtiment durable du Canada, qui gère le programme LEED au pays. « Plutôt que de regarder en arrière et de mesurer les dommages causés par la réalisation d’un bâtiment, certains choisissent de regarder en avant afin de voir comment il peut s’inscrire dans un cycle. » C’est notamment le cas du Living Building Challenge, une certification qui stipule entre autres que les constructions produisent leur propre énergie. L’initiative vient du Cascadia Green Building Council, qui couvre les États de l’Oregon, de Washington et de l’Alaska ainsi que la Colombie-Britannique.

 « On peut avoir une approche très large, poursuit Daniel Pearl. L’écologie urbaine, par exemple, dépasse la logique “un bâtiment à la fois” en englobant la collectivité et ses aspects socioculturels et socioéconomiques. D’autres ont des approches plus précises et se concentrent sur des aspects comme la qualité de l’air dans un

Traits communs

« Pour moi, le dénominateur commun des bâtiments durables réside dans la façon dont ils sont conçus plutôt que dans leurs attributs », avance Normand Roy, chargé de projet chez Équiterre et instigateur de la Maison du développement durable. Au cœur du processus : la conception intégrée, qui demande une étroite collaboration entre toutes les parties concernées (concepteurs, opérateurs, utilisateurs, etc.) dès le début du projet, l’objectif étant d’éviter les erreurs et d’obtenir un bâtiment parfaitement adapté à son utilisation.

 Les bâtiments durables sont également conçus dans un esprit critique, selon Normand Roy. « Tout doit être remis en question. Le domaine évolue trop vite pour qu’il y ait des acquis. Et puis, les bâtiments sont si spécifiques à leur site et à leur utilisation, on ne peut pas appliquer de recette. »

Zéro effets

L’objectif est d’avoir un impact minimal sur l’environnement, selon Audrey Monty, coprésidente du comité des techniques et bâtiments durables de l’Ordre et architecte chez Ædifica. « Pour les architectes, ça se traduit principalement par le choix des matériaux et des systèmes », ajoute-t-elle.

 La conservation des ressources est un enjeu capital. « À mon avis, l’aspect le plus important est la réduction de la consommation des ressources pendant l’utilisation du bâtiment, puisqu’on peut en bénéficier pendant 100 ou 150 ans », explique Ron Rayside, architecte spécialisé en architecture à vocation sociale. Les questions d’efficacité énergétique et de conservation de l’eau occupent donc une place de choix.

 Toutefois, comme le précise Cécile Bulle, agente de recherche au Centre interuniversitaire de recherche sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG), pour qualifier un bâtiment de durable, encore faut-il un point de comparaison. « On peut être plus durable que quelque chose, qu’une référence. Mais en réalité, un bâtiment durable ça n’existe pas. Tous les bâtiments ont un impact sur l’environnement! »