Les militants de la maison verte: Banc d'essai
Grâce à leurs recherches, ponctuées d'essais et d'erreurs, la construction écologique se perfectionne et se répand. Incursion chez les zélés de la construction écolo.
Marie-Claude Élie Morin
« Les ateliers de formation que je donne sur la construction et la rénovation écologiques sont très souvent à guichet fermé. Il y a de plus en plus de gens qui choisissent cette voie. Ce n’est pas une nouvelle tendance, elle existe en dehors des villes depuis les années 1970, mais c’est en plein essor présentement », confirme Emmanuel Cosgrove, évaluateur senior pour LEED Canada pour les habitations et directeur d’Écohabitation. Il a lui-même entrepris, il y a quelques années, une rénovation majeure dans le but de transformer un triplex de l’avenue du Parc, à Montréal, en habitation certifiée LEED Platine. Portes de bois, planchers, ardoises : plusieurs éléments de la maison qu’il occupe avec sa famille en sont à leur deuxième vie. Tenace, il peut se vanter d’avoir récupéré et réutilisé davantage de matériaux usagés qu’il a fait entrer de matériaux neufs. « Le bilan de la maison est plus que neutre, il est positif », dit-il.
Mais l’aventure de l’autoconstruction verte n’est pas un long fleuve tranquille. Denis Brault en sait quelque chose. Il y a trois ans, il soulevait la première pelletée de terre pour creuser les fondations de sa maison qu’il a surnommée Maison Pur Énergie. Entrepreneur maître électricien de profession, il a voulu créer une maison autosuffisante sur le plan énergétique qui servira de banc d’essai pour les technologies vertes émergentes. Trois ans plus tard, la maison est toujours en chantier et la famille Brault vit encore dans un logement temporaire aménagé dans le garage voisin. « J’ai dû ralentir et même stopper plusieurs fois la construction parce que je ne trouvais pas les informations nécessaires sur tel ou tel produit, ou encore parce que les produits spécialisés que je voulais n’étaient pas disponibles », raconte-t-il. Il donne l’exemple de plaques de plâtre fabriquées en Europe qui, l’hiver, emmagasinent la chaleur le jour et la libèrent la nui : « J’attends encore qu’elles soient disponibles au Québec! » dit-il.
« La plupart des gens qui se lancent dans de tels projets font des recherches et accumulent de l’information un an ou plus à l’avance. C’est l’étape la plus longue », concède Emmanuel Cosgrove. En effet, la recherche et la comparaison de produits, matériaux et systèmes entraînent souvent des surprises et des remises en question. Cécile Bulle, chercheuse au Centre interuniversitaire de recherche sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG) peut en témoigner. En 2006, elle a entrepris de construire une maison durable : un banc d’essai parfait pour tester l’analyse du cycle de vie des différentes composantes d’une habitation. Le projet a aussi été un exercice d’humilité. « Je tenais par exemple à installer un système de récupération des eaux grises, mais j’ai constaté que la quantité d’énergie nécessaire pour aérer le système augmentait davantage l’empreinte du bâtiment que si je prenais directement mon eau du puits. Parfois, il faut accepter de renoncer à nos idées préconçues. »
Faut-il avoir une foi écologique particulièrement inébranlable pour surmonter tant d’embûches? « Pas du tout. Je n’ai pas entrepris mon projet par conviction écolo. Je veux surtout tester les différentes technologies pour pouvoir ensuite savoir de quoi je parle quand mes clients demandent des maisons vertes », dit Denis Brault.
Si écolo soit-elle, avec une superficie de 3000 pi2 sa maison de Saint-Basile-le-Grand ferait sourciller les tenants du mouvement des Tiny Houses. Un peu partout aux États-Unis, des gens choisissent de construire et de vivre dans des maisons minuscules (environ 10 x 8 pi), sans eau courante et avec des toilettes à compost. La simplicité volontaire, version extrême. Apparemment, l’espace restreint force au dépouillement et permet aux habitants de s’élever spirituellement.
À méditer.








