Un peu d'histoire
L’Association des architectes de la province de Québec (AAPQ) voit le jour le 10 octobre 1890.
À l’époque, les architectes américains ont la cote. Beaucoup de bâtiments importants sont conçus par des Américains, comme les bureaux montréalais de la Canada-Vie (Richard Waite) ou la gare Windsor (Bruce Price).
Même les concours, forts populaires pour les constructions importantes, comportent régulièrement des dispositions qui avantagent les Américains. Ainsi, en 1890, le Montreal Board of Trade lance un concours pour la conception de ses nouveaux bureaux. Les six firmes des États-Unis invitées à soumissionner reçoivent 300 $ chacune, tandis que les architectes canadiens ne sont pas rémunérés pour leur participation.
Excédés, des architectes du Québec se réunissent pour trouver un moyen de contrer ce genre de pratique. À l’instar de leurs confrères ontariens, qui ont fondé 10 mois plus tôt la Ontario Association of Architects, ils décident de constituer une association professionnelle. Objectif : améliorer l’image des architectes québécois aux yeux du public en haussant les normes de pratique et en contrôlant l’accès à la profession.
Premiers pas
La réunion de fondation de l’association a lieu le 10 octobre 1890 au Mechanics Institute, rue Saint-Jacques à Montréal. Trente-cinq architectes sont présents, dont huit de Québec. John William Hopkins est élu président.
L’acte d’incorporation précise en ces termes les buts de l’AAPQ :
–Rendre plus facile l’étude de la profession par l’échange réciproque des connaissances de l’art que les membres se feront entre eux;
–Promouvoir les intérêts de la profession en démontrant le rôle important qu’elle joue dans les arts, les sciences et le cours ordinaire des affaires;
–S’efforcer d’obtenir de la législature les pouvoirs nécessaires pour l’admission régulière tant à l’étude qu’à la pratique de la profession.
La contribution annuelle est fixée à 10 $ (3 $ pour les élèves associés).
Pendant sa première année d’existence, l’AAPQ se fixe divers objectifs, dont : trouver des locaux, constituer une bibliothèque, élaborer un document pour encadrer les concours, établir une grille tarifaire.
En décembre 1890, à peine deux mois plus tard, l’Assemblée législative du Québec adopte l’acte d’incorporation de l’AAPQ, mais rejette la notion d’adhésion obligatoire. Il n’est donc pas nécessaire d’être membre de l’association pour pratiquer l’architecture.
Ce revers décourage les membres et l’intérêt pour l’association stagne. Les dîners-conférences qui ont lieu chaque mois sont peu courus. Toutefois, l’AAPQ continue son travail et contribue notamment à la création d’un programme d’architecture à l’Université McGill.
Ce n’est qu’en 1898 que l’AAPQ obtient le droit de contrôler l’accès à la profession. Dorénavant, les candidats doivent passer les examens de l’association pour avoir droit au titre d’architecte. Dans le procès-verbal de l’assemblée annuelle de cette année-là, on peut lire : « Non seulement les intérêts de la profession, mais surtout ceux du public sont maintenant protégés contre les praticiens sans connaissances ni responsabilités suffisantes. »
Du coup, les architectes québécois sont parmi les premiers à porter un titre exclusif sur le continent nord-américain. L’AAPQ compte alors 138 membres.
Mieux vaut tard que jamais
Quelques décennies plus tard, en 1942, Pauline Roy-Rouillard devient la première femme à adhérer à l’AAPQ. Il était temps! Le Québec est la dernière province à accueillir une femme dans la profession. Ailleurs au Canada, une poignée de pionnières pratiquent l’architecture depuis près de 20 ans.
Lors de l’assemblée annuelle suivante, le conseil de l’AAPQ lui accorde une mention particulière : « Elle est, en effet, la première de son sexe admise à porter les responsabilités de l’architecte et nul doute que les brillants succès remportés par Mademoiselle Roy, au cours de ses études, se répéteront et qu’une carrière des plus remarquable soulignera ce fait qui passe maintenant à l’histoire. »
Pignon sur rue
En 1959, l’AAPQ achète le 1825 de la rue Dorchester (aujourd’hui boulevard René-Lévesque), où les bureaux de l’Ordre sont toujours situés. La maison est l’œuvre de l’architecte montréalais William McLea Walbank, un des membres fondateurs de l’AAPQ. Prix : 51 500 $, dont 31 500 $ payés comptant.
Au départ, la propriété comprend un bâtiment principal donnant rue Dorchester et deux garages à l’arrière, surmontés d’un studio. En 1961, des travaux sont entrepris sous la direction de l’architecte Jean-Louis Lalonde. Doter l’association d’un club privé pour ses 730 membres est considéré comme une priorité.
Quelques années plus tard, Expo 67 amène de nombreux architectes étrangers à travailler ici. L’AAPQ les admet gratuitement comme membres temporaires et les associe chacun à un architecte d’ici.
Vers la fin de la décennie, l’AAPQ commence à publier un mensuel bilingue, le Bulletin.
Adieu AAPQ, bonjour OAQ
En 1974, le gouvernement du Québec instaure le système professionnel. Dorénavant, un regroupement professionnel ne peut plus assurer à la fois la protection du public et les intérêts de ses membres.
L’AAPQ souscrit entièrement à ces principes. Il s’agit d’ailleurs d’une voie dans laquelle elle est déjà engagée, puisqu’au cours des années précédentes, elle a adopté un nouveau code d’éthique et a abandonné les privilèges corporatifs.
L’Ordre des architectes du Québec (OAQ) figure parmi les premiers ordres professionnels créés au Québec. Jean-Luc Poulin en est le président. Un peu plus de 1200 architectes y adhèrent, dont 3 % sont des femmes.
Conformément au nouveau Code des professions, certaines structures sont établies : comité d’inspection professionnelle, comité d’assurance responsabilité professionnelle, embauche d’un syndic et d’un enquêteur, etc.
Parallèlement à ces grandes transformations, de nouveaux travaux sont entrepris au siège social en 1975, toujours par Jean-Louis Lalonde, pour aménager des espaces de bureaux supplémentaires. Le club est déménagé dans la partie arrière.
En 1978, l’Ordre remet pour la première fois les Prix d’excellence en architecture, qui visent à souligner les meilleures réalisations architecturales, réalisées au Québec et ailleurs dans le monde.
Outils de communication
En 1977, le Bulletin change : il est désormais imprimé sur du papier blanc, en trois colonnes, avec une illustration ou une photo en couverture. En 1982, il devient unilingue français.
L’année suivante, le périodique Nouvelles OAQ voit le jour, un mensuel sur « l’information qui intéresse l’architecte au jour le jour dans l’exercice de sa profession », comme l’indique le premier numéro. La publication d’une première publicité payée dans ses pages, en 1984, crée une certaine controverse.
Six ans plus tard, Nouvelles OAQ fait peau neuve et devient le magazine Esquisses, que l’OAQ publie toujours quatre fois par année.
En 1985, l’Ordre achète son premier ordinateur, « un petit IBM-PC qui devrait révolutionner certains aspects de son administration », s’enthousiasme-t-on dans une édition de Nouvelles OAQ. La même année, le prix du permis passe à 100 $.
100 ans
L’Ordre fête son centenaire en 1990. En croissance depuis les années 1970, le nombre de membres se stabilise autour de 2700 dans les années 1990. C’est un plafond qui ne sera pas dépassé avant les années 2000.
Plusieurs raisons sont mises de l’avant pour expliquer cette stagnation, notamment la retraite anticipée de certains architectes au moment où l’assurance professionnelle devient obligatoire et la modification de la Loi sur les architectes qui ouvre à tous une bonne partie du champ de l’architecture résidentielle.
Mais c’est surtout la complexification de l’accès à la profession avec la mise en place des examens nord-américains qui est en cause. La complexité et les coûts du processus en découragent plus d’un. Le nombre de nouveaux membres passe de 74, en 1996, à 34 en 2004.
L’Ordre aujourd’hui
En 2008, l’Examen des architectes du Canada (ExAC) est mis en place. Résultat : en trois ans, environ 700 nouveaux architectes grossissent les rangs de l’Ordre, qui compte désormais un peu plus de 3000 membres. Les femmes comptent pour environ 30 % de la profession.
Dans les dernières années, des ententes ont été conclues pour faciliter la mobilité des membres dans le reste du Canada et en France. Des discussions sont amorcées avec les États-Unis et le Mexique en vue de créer des ententes similaires.
Esquisses s’est refait une beauté et ses pages sont plus fournies que jamais. Le magazine est dorénavant distribué dans les facultés d’architecture de la province.
L’OAQ intervient régulièrement sur la place publique, prenant position sur des sujets comme les partenariats public-privé (PPP) et la tenue d’une éventuelle enquête publique sur les allégations de collusion dans l’industrie de la construction, ou encore en participant à des consultations sur des enjeux comme la construction durable.
Muse ou déesse?

Le mystère plane au-dessus de la muse ornant le sceau de l'Ordre des architectes. On ignore qui est cette femme aux seins dénudés, assise sur les talons, le bas du corps partiellement couvert d'un voile.
Même si l'on revient dans le temps, qu'on interroge d'anciens présidents de l'Ordre, le doute demeure et ne laisse place qu'à des suppositions : pourrait-il s'agir de la déesse Minerve? d'Athéna? d'un dessin d'Ernest Cormier?
En consultant les rapports annuels des années trente, on peut lire, dans l'Annuaire de l'Association des architectes de la province de Québec de 1936 : « L'Association remercie MM. Ernest Cormier et J. R. Smith pour leur travail sur ce Comité spécial [le comité sur le nouveau Sceau officiel] ». Il est donc évident qu'Ernest Cormier fut impliqué dans l'apparition du nouveau sceau. Mais l'on ignore cependant s'il en est le concepteur.









