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Adapter son domicile pour y demeurer jusqu’à un âge avancé peut entraîner des coûts importants. La nature et l’envergure des travaux dépendent des configurations existantes.

La crise sanitaire provoquée par la pandémie de COVID-19 a fait mauvaise presse aux résidences pour personnes âgées. Déjà répandu dans la population aînée, le désir de vieillir à la maison en sera probablement accentué, prévoit Sébastien Lord, professeur à l’École d’urbanisme et d’architecture de paysage de l’Université de Montréal. « Ce sera un enjeu important pour les villes et le système de santé au cours des prochains mois et des prochaines années. » Or, ce maintien à domicile se traduit par la nécessité d’adapter le logement à la perte d’autonomie progressive de ceux et celles qui l’habitent.

Bungalows, demi-niveaux ou plex

Dans les bungalows construits dans les années 1950 à 1970, « l’absence d’étage et d’escaliers facilite grandement les travaux d’adaptation », constate Carole Després, professeure à l’École d’architecture de l’Université Laval et directrice du Groupe interdisciplinaire de recherche sur les banlieues. Même les aménagements pour relier l’intérieur et l’extérieur de la résidence sont plus simples sur les grands terrains généralement plats des banlieues, où l’entrée principale du bâtiment se situe souvent au niveau du sol ou à peine au-dessus.

Il en va autrement pour les maisons à demi-niveaux, les maisons à étages et les condos aux petites pièces, plus populaires depuis les années 1980. Des travaux de plus grande ampleur sont nécessaires afin de les adapter aux besoins d’occupantes et d’occupants en perte d’autonomie, notamment en raison des différents étages qu’ils comportent et de l’exiguïté de certaines pièces.

Les plex plus anciens ont quant à eux des avantages en matière d’adaptation de domicile : « Ils sont plus facilement adaptables en raison de leur conception d’origine, qui comportait souvent de grandes pièces ouvertes et de grands rez-de-chaussée. Ils se transforment d’ailleurs en de belles résidences intergénéra­tionnelles », signale Sébastien Lord (voir « Habitations intergénérationnelles : Un antidote à la solitude »).

Mais quelle que soit l’époque de construction et la typologie, rares sont les habitations qui comportent des prises de courant et des interrupteurs à une hauteur aisément accessible pour les personnes qui se déplacent en fauteuil roulant.

Défis financiers

« Dans tous les cas, la principale difficulté est le coût de ces travaux, qui dépasse de beaucoup les sommes allouées par les programmes d’habitation, affirme Carole Després. Les factures des transformations du bain, de la douche et de l’accès à la maison s’accumulent rapidement, et ce n’est que la pointe de l’iceberg. » En effet, selon la condition physique de l’occupant, il faut parfois abattre des murs, reconfigurer les pièces du domicile ou installer un appareil élévateur.

Afin de générer les fonds nécessaires à ces transformations, Carole Després propose une avenue originale : la vente d’une bande latérale du terrain de banlieue. « On pourrait y construire une petite maison à étages de 800 à 850 pi2 [environ 75 à 80 m2] qui serait prisée par les jeunes. Cela permettrait aux aînés de rester dans leur quartier », estime Carole Després. Cette solution est envisageable dans certaines municipalités, qui autorisent une réduction de la marge de recul latérale.

Schéma d’implantation d’une deuxième maison se greffant à un bungalow existant, réalisé dans le cadre d’un cours de Carole Després par David Law Chune, étudiant à la maîtrise en design urbain, 2016. Image : Université Laval
Schéma d’implantation d’une deuxième maison se greffant à un bungalow existant, réalisé dans le cadre d’un cours de Carole Després par David Law Chune, étudiant à la maîtrise en design urbain, 2016. Image : Université Laval

Accessibilité universelle : un réflexe à acquérir

Prévoir les contraintes physiques des occupants dès la conception des habitations permet d’éviter de coûteuses transformations au fil du temps. La RBQ prévoit déjà des normes minimales, mais il y a moyen de faire plus.

Une cuisine construite selon les principes du design universel : armoires démontables, couloirs larges, prises de courant et interrupteurs faciles d’accès pour une personne en fauteuil roulant. Expérience 303, Montréal, Société Logique Photo : Société Logique
Une cuisine construite selon les principes du design universel : armoires démontables, couloirs larges, prises de courant et interrupteurs faciles d’accès pour une personne en fauteuil roulant. Expérience 303, Montréal, Société Logique Photo : Société Logique

La nouvelle réglementation de la Régie du bâtiment du Québec (RBQ), entrée en vigueur en septembre 2020, oblige les constructeurs à se conformer aux normes de visitabilité et d’adaptabilité des logements. Ces normes s’appliquent aux nouveaux logements situés à l’étage d’entrée ou desservis par un ascenseur, dans les bâtiments de plus de deux étages et de plus de huit logements.

Tel que le définit la Société canadienne d’hypothèques et de logement, le concept de visitabilité garantit un accès universel au rez-de-chaussée d’une résidence, grâce à une entrée de plain-pied, à un accès en fauteuil roulant à la salle de bain ainsi qu’à des portes plus larges que les portes standard.

L’adaptabilité, quant à elle, assure que la conception des pièces favorise la circulation et l’adaptation aux besoins futurs des usagers et usagères, dont les personnes âgées, comme le fait de prévoir l’installation éventuelle de barres de soutien et d’installer des interrupteurs et prises de courant à la portée des personnes en fauteuil roulant.

Un projet modèle

Le projet Expérience 303, réalisé par la Société Logique, va plus loin. Dans un immeuble d’habitation datant de 1988 qu’il possède dans l’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie, à Montréal, cet organisme voué à la promotion du design universel a entièrement rénové et réaménagé l’un des appartements – le 303 – afin d’offrir un modèle d’application des principes du design universel à un bâtiment existant. L’aménagement assure un accès et une utilisation par quiconque, sans discrimination liée aux capacités physiques ou mentales ou encore à l’âge.

Par exemple, la porte d’entrée comporte deux judas à deux hauteurs différentes, certaines portes intérieures sont équipées de charnières en retrait qui maximisent l’ouverture afin de laisser passer un fauteuil roulant, et la composition des murs de la salle de bain facilite l’installation éventuelle de barres d’appui. « C’est un logement tout à fait ordinaire, mais qui répond dès la conception aux besoins futurs sans qu’il soit nécessaire de bouger des murs et de se lancer dans de grands travaux », résume Anna Kwon, architecte et consultante en design universel à la Société Logique. 

Anna Kwon souhaite que les architectes, les entrepreneurs et les promoteurs s’appro­prient cet éventail de solutions qui favorisent le maintien à domicile des personnes aînées, mais qui s’adressent aussi à toute personne vivant avec des limitations ou des besoins spécifiques.