Mousse isolante
Photo : Kenneth Freeman (flickr)

L’efficacité énergétique des nouveaux bâtiments commerciaux, institutionnels et industriels est appelée à faire un grand bond en avant avec l’entrée en vigueur, en juin dernier, d’un nouveau chapitre du Code de construction. À noter : la période transitoire se termine le 27 décembre 2021.

Fruit d’une collaboration entre la Régie du bâtiment du Québec (RBQ) et Transition énergétique Québec (TEQ), le nouveau chapitre I.1, Efficacité énergétique du bâtiment, du Code de construction du Québec, remplace des règles qui s’appliquaient depuis… 1983 ! Il s’agit d’une adaptation du Code national de l’énergie pour les bâtiments (CNEB) de 2015 au contexte énergétique du Québec, une province où l’électricité est plus abordable et où on a beaucoup moins recours aux énergies fossiles pour chauffer qu’ailleurs au pays. Les dispositions concernant l’enveloppe, l’éclairage et la mécanique du bâtiment sont beaucoup plus détaillées dans ce nouveau règlement que dans  le précédent.

Performance améliorée

Les nouvelles exigences devraient permettre d’améliorer la performance énergétique des bâtiments neufs de 27,9 % en moyenne par rapport aux exigences actuelles, selon la RBQ.

TEQ estime à 3,5 % l’augmentation des coûts de construction liée à ces nouvelles normes. L’organisme calcule que la période moyenne de rendement du capital investi simple sera de 6,8 ans.

« C’est clair qu’il y aura des impacts sur les entreprises, mais nous sommes favorables au choix de société de miser sur l’économie d’énergie », affirme Guillaume Houle, porte-parole de l’Association de la construction du Québec. Les entreprises du secteur du bâtiment devront en effet former leur personnel à ces nouvelles mesures et à leurs conséquences. Elles devront aussi expliquer à leurs clients pourquoi ces nouvelles règles entraînent une hausse des coûts de construction.

Une vision renouvelée

La nouvelle réglementation québécoise se révèle en général plus audacieuse que  le CNEB de 2015. Par exemple, bien que la résistance thermique exigée pour les murs y soit inférieure, l’attention portée aux ponts thermiques est quant à elle plus détaillée, et les exigences en matière de récupération de chaleur sont supérieures. 

Cette adaptation du CNEB se distingue aussi par sa façon d’envisager la performance énergétique d’un bâtiment dans son ensemble et de l’évaluer autrement qu’en additionnant les coefficients de chaque composante, souligne l’architecte spécialiste des enveloppes Richard Trempe. « La partie modélisation a été complètement révisée, souligne-t-il. On voit l’efficacité énergétique de manière globale, en incluant la mécanique du bâtiment. »

La conformité aux exigences pourra être atteinte à l’aide d’une de ces trois méthodes :

• La méthode prescriptive, qui consiste à suivre les exigences du règlement ou les schémas d’assemblage proposés;

• La méthode des solutions de remplacement, qui consiste à proposer des matériaux ou des assemblages équivalents aux exigences prescriptives;

• La méthode de la performance énergétique, c’est-à-dire la réalisation d’une simulation énergétique informatisée sur l’ensemble du bâtiment.

Isolation et ponts thermiques

La résistance thermique exigée pour les murs, toits, planchers et dalles (voir tableau ci-dessous) augmente presque du simple au double. Il s’agit essentiellement d’un rattrapage sur la partie 11, « Efficacité énergétique », du chapitre Bâtiment  du Code de construction du Québec, en vigueur depuis 2012 dans le petit résidentiel.

Si on se contente de RSI 3,6 (R20) pour l’isolation des murs, c’est parce qu’il est désormais question de résistance totale effective plutôt que de résistance thermique totale. « On considère la meilleure valeur du mur, celle de l’isolant, et aussi la pire valeur, celle de l’ossature », explique Simon Lortie, coordonnateur, réglementation et normalisation chez TEQ.

Plutôt que d’imposer des épaisseurs supplémentaires d’isolant dans les murs, le nouveau règlement exige de meilleurs assemblages de matériaux pour isoler les ponts thermiques, que ce soit sur un mur coupe-feu, une poutre structurale, une saillie ou une dalle de balcon.

Portes et fenêtres

Le nouveau règlement fixe désormais à 2,0 le coefficient de transmission thermique global pour les fenêtres et les portes avec fenêtres. Les produits qui atteignent ce coefficient sont déjà largement offerts sur le marché. Ils n’ont pas à être homologués Energy Star.

Les ouvertures ne pourront pas compter pour plus de 40 % de l’enveloppe. Cette exigence pose un défi pour les murs rideaux des grandes tours de verre, car la partie opaque du revêtement peut difficilement atteindre la résistance thermique exigée.

« Ces bâtiments devront se conformer en simulant [par ordinateur la performance énergétique du] bâtiment, prévient l’architecte de la RBQ, Nathalie Lessard, qui a participé à l’élaboration du règlement. Les concepteurs devront proposer des performances qui vont au-delà des prescriptions du Code, grâce, par exemple, à une meilleure mécanique du bâtiment ou à la production d’énergie renouvelable. Beaucoup de modifications ont été apportées pour minimiser les possibilités de passe-droits qui n’amèneraient pas l’efficacité recherchée. »

Éclairage intérieur et extérieur

Afin de réduire la consommation totale d’électricité par l’éclairage, le nouveau règlement dicte des densités de puissance d’éclairage maximales pour chaque type de pièce. Par ailleurs, des dispositifs tels que minuteries ou photocommandes doivent être installés afin de limiter la consommation d’électricité dans ce domaine. Il ne sera pas nécessaire d’utiliser des technologies avancées ou de recourir à des DEL partout pour atteindre l’efficacité requise, souligne Simon Lortie.

En effet, on peut aussi se conformer aux exigences par des solutions de rechange. Dans ce cas, on fondera ses propositions sur la consommation totale d’énergie plutôt que sur la densité de puissance de chaque appareil d’éclairage.

Récupération de chaleur

Le nouveau chapitre hausse les seuils de récupération de chaleur pour les installations de ventilation, de chauffage et de conditionnement de l’air. La réglementation touche aussi les piscines, équipements de réfrigération et hottes commerciales. Des équipements qui permettent d’atteindre ces seuils sont déjà offerts sur le marché.

Formation

Afin d’outiller les architectes à l’égard des nouvelles exigences, l’OAQ propose l’activité de formation intitulée Le nouveau Code de l’énergie pour les bâtiments au Québec : Application et impact sur l’enveloppe. Elle est donnée par l’architecte Richard Trempe et par Claudio Bardetti, technologue professionnel et directeur technique chez UL science du bâtiment. Consultez le calendrier des activités de formation de l’OAQ pour connaître les dates. TEQ, la RBQ et les associations professionnelles comptent publier des documents explicatifs et des logiciels de modélisation à la fin de 2020 ou au début de 2021.

Résistance thermique exigée, zones 4, 5, 6 et 7A (sud du Québec)



Exigences du Code de construction du Québec (1983)
valeur RSI (valeur R)


Exigences du nouveau chapitre I.1 (2020)
valeur RSI (valeur R)
Murs hors sol≈ 2,38 (R-13,5)3,60 (R-20,4)
Murs en contact avec le sol2,20 (R-12,5)2,64 (R-15)
Planchers exposés2,20 (R-12,5)5,46 (R-31)
Toits3,10 (R-17,6)5,46 (R-31)
DallesAucune exigenceRSI 1,76 (R-10)*
* Exigence pour une largeur de 1,2 m sur le périmètre des planchers en contact avec le sol, sans conduits de chauffage intégrés.
Source : Régie du bâtiment du Québec, 2020.

Les nouvelles mesures d’efficacité énergétique touchent :

•  l’isolation des murs, des toits et des planchers et la couverture des ponts thermiques;

•  la performance thermique des portes et fenêtres;

•  l’isolation thermique des conduits et le calorifugeage de la tuyauterie;

•  la puissance d’éclairage intérieur et extérieur;

•  la récupération de chaleur exigée dans les installations de chauffage, de ventilation et de conditionnement d’air, y compris les piscines, les équipements de réfrigération et les hottes de cuisines commerciales.

Source : Régie du bâtiment du Québec