Esquisses, vol. 28, no 2, été 2017

MinimaisonsGrandes questions

Minimaison, Pozuelo, Espagne
Photo: Nicolas Boullosa

À première vue, le concept de la minimaison séduit, tant par son caractère écologique que par son faible coût. Or, tout dépend de l’usage qu’on en fait, disent certains experts.

Rémi Leroux 

Sur son terrain situé à Brébeuf, dans les Laurentides, Cecyl Valz-Senovilla a transformé une ancienne remise en minimaison de 20 m2. Dans ce logement qu’elle offre en location, l’enseignante en technologie de l’architecture au Collège Montmorency, à Laval, a pensé à tout : une large baie vitrée et plusieurs fenêtres horizontales pour « agrandir l’espace »; des portes coulissantes plutôt que battantes pour fermer la salle de bain; un comptoir escamotable au-dessus de la laveuse à chargement vertical...

Après ce coup d’essai, Cecyl Valz-Senovilla envisage de créer une entreprise pour proposer des plans de minimaisons. « Ce type d’habitations répond à un besoin actuel, explique-t-elle. De nombreuses personnes souhaitent aujourd’hui vivre avec moins. »

Né aux États-Unis en réponse à la crise immobilière de 2008, le Tiny House Movement est un mouvement social prônant la simplicité volontaire par l’habitation dans de petites maisons. « Les gens se joignent à ce mouvement pour de nombreuses raisons, mais les plus populaires incluent les préoccupations environnementales, les problèmes financiers et le désir de disposer de plus de temps et de liberté », peut-on lire sur le site américain The Tiny Life.

Les maisons en question ont une superficie qui varie de 9 à 93 m2. Les plus petites sont qualifiées de micromaisons et sont souvent construites sur des remorques. Les mini-maisons (jusqu’à 46 m2) et les petites maisons (entre 46 et 93 m2 environ) peuvent être construites sur des fondations ou sur des pieux.

Bien qu’encore marginal au Québec, le phénomène des minimaisons fait son chemin auprès du grand public, relayé par certains promoteurs. Les grands salons de l’habitat de Québec et de Montréal sont désormais prétextes à exposer les dernières tendances dans l’univers de l’habitation format réduit. En août 2016, le 2e Festival des minimaisons de Lantier, dans les Laurentides, a attiré 5500 visiteurs ainsi qu’une cinquantaine d’exposants, et les organisateurs vont récidiver en août 2017 dans le Vieux-Port de Montréal.

Permis ou non ?

Certaines villes surfent sur la tendance. À Lantier, le conseil municipal a autorisé en 2015 l’aménagement d’une zone « écorésidentielle » destinée à accueillir une centaine de minimaisons. Pour cela, la municipalité a dû revoir sa réglementation et fixer à 33 m² la superficie minimale d’une habitation dans le secteur du projet.

Selon Claude Trépanier, directeur du développement chez Habitat Multi Générations et promoteur immobilier du projet de Lantier, une trentaine de municipalités québécoises ont autorisé ou seraient sur le point d’autoriser la construction de minimaisons sur leur territoire. Par exemple, dans la région de Québec, la municipalité de Sainte-Brigitte-de-Laval a donné son feu vert à la construction d’un lotissement d’habitations de moins de 65 m². Un projet pilote de 75 minimaisons organisées en coopérative a été présenté à Sherbrooke à la fin de 2016 et, à Drummondville, le conseil municipal a « ouvert la porte » en début d’année à des projets de minimaisons sous certaines conditions (ceux-ci doivent notamment éviter de favoriser la faible densité et l’étalement urbain et miser sur la qualité de l’aménagement extérieur).

Pierre-Yves Chopin, chargé de projet à l’organisme Vivre en Ville, rappelle cependant qu’au Québec la majorité des municipalités interdisent les habitations de moins de 70 m². Une précision corroborée par Jean Bouchard, président de la Commission de l’aménagement et des transports de l’Union des municipalités du Québec et maire de Mirabel. Celui-ci ajoute : « La décision de permettre ou non ce type de constructions est laissée à la discrétion des conseils municipaux, mais il y a clairement matière à réflexion parce que de tels projets visent une clientèle bien spécifique. » ‘

Abordable et écologique ?

Minimaison, Portland, Oregon
Photo : aehdeschaine

Par « spécifique », le maire de Mirabel entend des ménages aux revenus modestes qui accéderaient ainsi plus facilement à la propriété. Une perspective qui réjouit Claude Trépanier : « Ces projets domiciliaires permettent de satisfaire le besoin essentiel de se loger à moindre coût sans s’endetter à vie, de partager des infrastructures avec les voisins dans certains cas et de gagner en autonomie. » En moyenne, selon le site The Tiny Life, le prix d’une minimaison est de 30 000 $ CA lorsqu’elle est construite par son propriétaire. Usinée, elle peut coûter jusqu’à 85 000 ou 90 000 $ CA.

En plus de son coût abordable, les adeptes de la minimaison vantent son caractère écologique. Construire petit favorise en effet l’économie de matériaux, facilite l’utilisation du chauffage solaire passif (une simple baie vitrée orientée plein sud peut permettre de chauffer l’habitation au complet) et réduit les besoins énergétiques.

De façon plus générale, « la minimaison nous pousse à réinventer la façon dont nous habitons l’espace, estime Stéphan Langevin, architecte et associé principal chez St-Gelais Montminy (STGM). Concevoir ce type de logement oblige architecte et designer à jouer avec de nombreuses contraintes, sans sacrifier le confort ». Alors qu’elle n’est pas spécialisée dans l’architecture résidentielle individuelle, la firme STGM a été « approchée par plusieurs clients qui souhaitaient se lancer dans un projet de minimaison », précise Stéphan Langevin.

« Les minimaisons sont souvent des bijoux d’inventivité et de conception intérieure, reconnaît Pierre-Yves Chopin. Si nos appartements étaient conçus de façon aussi ingénieuse, nous aurions des espaces de vie de bien meilleure qualité. »

Étalement urbain... en campagne

C’est à peu près le seul avantage que Pierre-Yves Chopin concède aux minimaisons dans leur utilisation actuelle. « Du point de vue de l’occupation du territoire et dans une perspective de développement durable, créer des lotissements de minimaisons est très discutable, en particulier en milieu rural où on aurait plutôt intérêt à consolider les centres existants. Or, les projets de minimaisons actuels sont pour la plupart éloignés du cœur de village ou du centre-ville. »

Si par ailleurs, poursuit-il, « il faut construire de nouvelles routes, déboiser ou détruire des milieux naturels, même si c’est avec un impact réduit, l’argument écologique associé à la minimaison ne tient plus ».

Claude Trépanier, pour sa part, ne comprend pas que les minimaisons fassent l’objet de tant de critiques quand les lotissements de monster houses, ces maisons unifamiliales surdimensionnées, continuent à se multiplier et à se vendre à des prix qui contribuent au surendettement des Canadiens.

Densification douce

La perspective est cependant différente en milieu urbain, admet Emmanuel Cosgrove, directeur de l’organisme Écohabitation : « La minimaison peut devenir un outil de densification très intéressant et nous aimerions que les municipalités québécoises considèrent des projets comme on commence à en voir ailleurs au Canada, à Vancouver ou à Toronto notamment. »

Dans ces villes, l’explosion des prix de l’immobilier, ces dernières années, a rendu l’accès à la propriété quasi impossible. Les aménageurs cherchent donc des moyens économiques et écologiques d’atténuer cette crise du logement, explique Anne McMullin, présidente et directrice de l’Urban Development Institute de Vancouver, dans un article paru sur le site Vancity Buzz. L’une de ces solutions envisagées est la gentle densification ou « densification douce ». Une approche qui, selon elle, offre « une solution de rechange aux tours d’habitation et permet, en modifiant le zonage existant, de subdiviser des lots pour accueillir plusieurs petites maisons ».

Maisonnettes d’arrière-cours, cabanons ou garages de ruelle convertis en logements… quelle que soit la forme de minimaison retenue, « elle ne change presque pas le caractère des quartiers, souligne Pierre-Yves Chopin, et peut permettre de doubler la densité des secteurs résidentiels, en particulier ceux des premières couronnes
de banlieue composées de bungalows des années 1960-1970 construits sur de grands terrains ». Jean Bouchard y voit une avenue intéressante pour les villes de la grande région de Montréal aujourd’hui obligées de se densifier pour répondre à une forte croissance démographique.

À l’automne 2015, la municipalité d’Ottawa a réalisé une consultation publique sur le principe d’autoriser ce type « d’annexes résidentielles » en centre-ville : 60 % des propriétaires sondés ont déclaré souhaiter en construire une. « Dans des secteurs où la population vieillit, poursuit Pierre-Yves Chopin, cette stratégie peut parfois favoriser l’habitat intergénérationnel et permettre à des personnes âgées de continuer à vivre dans leur quartier. » Et dans le confort et l’ingéniosité d’une minimaison adaptée à leurs besoins.