Esquisses, vol. 22, no 2, été 2011

EncadréQuand la philo se mêle d'architecture

Marie-Claude Élie-Morin

En 2006, le philosophe britannique Alain De Botton signait un essai intitulé L’architecture du bonheur. Le jeune auteur, qui aime s’attaquer à des sujets très contemporains, s’était déjà penché sur La petite philosophie de l’amour (1994) et L’art du voyage (2002) avant de réfléchir aux constructions que l’on habite... et qui nous habitent.

Alain De Botton fait sienne l’affirmation de Stendhal selon laquelle « la beauté est la promesse du bonheur », et déplore que la notion de beauté soit devenue presque tabou en architecture, alors qu’elle est au cœur de notre rapport avec le monde qui nous entoure.

Nous renvoyant à l’architecture religieuse, il souligne le besoin de l’être humain de construire des bâtiments qui traduisent sa vision d’une vie juste et bonne. « Qualifier un bâtiment de “beau” relève de beaucoup plus qu’une affinité esthétique. Cela traduit une attirance pour le mode de vie particulier véhiculé par cette structure à travers la forme de son toit, ses poignées de porte, ses cadres de fenêtres, son escalier et son mobilier. Ressentir la beauté de quelque chose signifie que nous ayons trouvé une expression matérielle de ce qui nous semble bon dans la vie.

Parallèlement, nous serons offensés par un bâtiment non pas parce qu’il enfreint une préférence visuelle intime et mystérieuse, mais parce qu’il est en conflit avec notre conception de la vie – ce qui explique en partie pourquoi des disputes aussi sérieuses que vicieuses explosent souvent lorsqu’il s’agit de déterminer une architecture convenable », écrit-il.