Esquisses, vol. 22, no 2, été 2011

Flairer le danger

Dans un espace clos, l’air est de trois à quatre fois plus pollué qu’à l’extérieur et cause de nombreuses maladies chroniques. Tour d’horizon des principaux polluants à éviter dans vos constructions.

Lydia Paradis Bolduc, directrice des communications chez Écohabitation

Entre les années 1930 et 2000, la production mondiale de produits chimiques est passée de un million à plus de 400 millions de tonnes. Ces composés parfois toxiques sont aujourd’hui omniprésents dans notre quotidien, et on les trouve dans la nourriture, l’eau, les plastiques, le mobilier, la peinture, les isolants, les détergents, les tissus et les produits cosmétiques.

Au cours des 20 dernières années, le nombre de cas d’asthme, de cancer, de leucémie et de tumeurs au cerveau a doublé ou même triplé. La pollution de l’air intérieur est souvent montrée du doigt. Heureusement, il est possible, grâce à une conception et une construction réfléchies du bâtiment, de réduire l’exposition humaine à ces composés clandestins, voire de les éviter.

 Voici les principaux contaminants, leurs effets sur la santé et des moyens de les éviter.

 

Phtalates et bisphénol A (BPA)

Quoi : Ces agents plastifiants sont présents dans tous les produits en polychlorure de vinyle (PVC) — planchers de vinyles, stores, matériaux de rembourrage, papier peint, rideaux de douche, colle époxyde, polycarbonates, bref, un peu partout.

Risques : Ils s’accumulent dans les chairs et peuvent causer des troubles reproductifs, neurologiques, ainsi que des troubles de comportement et de développement.

Plan B : Il est conseillé d’opter, par exemple, pour des planchers en Marmoleum (une version écolo du linoléum), des rideaux de douche en tissu ou du verre traditionnel.

 

Moisissures

Quoi : Micro-organismes fongiques causés par un taux d’humidité trop élevé. Les surfaces des maisons peuvent s’imprégner de moisissures qui, en plus de dégrader esthétiquement et mécaniquement le bâti, produisent des allergènes.

Risques : Toux ou congestion nasale, maux de tête, aggravation de l’asthme, gêne respiratoire, essoufflement.

Plan B : Lors de la conception de la maison, il faut notamment prévoir un bon système de ventilation, surtout dans la cuisine, éviter toute infiltration d'eau dans le bâtiment et placer le jet de la gouttière aussi loin que possible de la maison.

 

Radon

Quoi : Gaz inodore et incolore, naturellement présent dans l’environnement. Le radon peut pénétrer dans la maison par les microfissures de la fondation. Sa présence, qui ne peut être détectée que par des tests, est aléatoire. Toutes les maisons sont à risque.

Risques : Au Québec, on estime que 10 % de tous les cancers du poumon sont associés au radon.

Plan B : Afin d’éviter une exposition éventuelle, l’installation d’une colonne de dépressurisation passive est recommandée. Cette mesure, qui est un préalable de la certification LEED Canada pour les habitations, prévoit l’intégration d’un tuyau d’environ 10 cm à la maison avec un départ sous la dalle pour une sortie au toit. Son coût est d’environ 200 $.

 

Composés organiques volatils (COV)

Quoi : Les composés organiques volatils (COV) forment une bonne partie des polluants chimiques présents dans le bâtiment. Le formaldéhyde, le benzène, le méthanol, le toluène, les alcools, les essences minérales et les gaz combustibles (propane, méthane, butane, etc.) sont les COV les plus courants. Ils sont présents dans de nombreux produits : peinture, scellant, colle, mobilier, panneaux d’aggloméré, etc.

Risques : Troubles respiratoires, nausées, irritations cutanées.

Plan B : Les taux de COV dans le bâtiment sont directement liés au choix des matériaux. À l’achat, on conseille de :
- Choisir des produits à faible émissivité de COV (certifiés ÉcoLogo ou Green Seal). Il existe de plus en plus de peintures sans COV et chaque scellant a son équivalent à base d’eau.
- Opter pour des isolants à base de cellulose ou de matières renouvelables (laine, liège, chanvre, coton bio).
- Éviter les tapis et le bois aggloméré, ces derniers contiennent des liants qui dégagent un taux important de COV.
- Assurer une bonne ventilation du bâtiment.
- Isoler les sources connues de pollution, tel le garage.

 

Un exemple courant de COV : le toluène

Quoi : Ce COV liquide, transparent et incolore est un dérivé commercial du pétrole.

Les sources intérieures de toluène comprennent les matériaux de construction (le bois traité, par exemple), les diluants à peinture, les teintures et peintures, les produits à polir, les colles et adhésifs, les vernis, les tapis.

Risques : Irritation des yeux, du nez et de la gorge, maux de tête, étourdissements, effets neurologiques.

Plan B : Choisir des matériaux bruts, sans agglomérés, et opter pour des peintures, teintures et vernis à base d’eau. Éviter les moquettes, particulièrement celles fixées à l’aide d’une colle.

 

Retardateurs de flamme halogénés (produits à base de chlore ou de brome)

Quoi : Le chlore et le brome sont des éléments chimiques utilisés dans certains matériaux isolants, le polystyrène, les textiles d’ameublement, les vêtements ou les plastiques pour les ignifuger. Ils sont persistants dans l’environnement et finissent par se retrouver dans la chaîne alimentaire par bioaccumulation.

Risques : Ce sont des substances dangereuses qui peuvent provoquer des troubles du système reproductif, des troubles de la grossesse, des malformations et des cancers.

Plan B : Il n’existe aucun isolant de polystyrène sans retardateur de flamme à base de brome. Solution de remplacement : la laine de roche en panneaux rigides pour application sous le niveau du sol. Sinon, on peut aussi faire pression sur les fabricants avec qui on traite pour qu’ils changent leurs procédés.

 

Champs électromagnétiques

Quoi : C’est l’ensemble des ondes, radiations et rayonnements non ionisants produits par les mille objets électroniques ou électriques du quotidien, tels portables, téléphones sans fil, micro-ondes, radios, gradateurs d’intensité lumineuse, appareils domotiques, réfrigérateurs.

Risques : Maux de tête, fatigue chronique, insomnie, nausée, leucémie infantile, diminution de mélatonine, troubles neurovégétatifs (sommeil, concentration, migraine, perte de mémoire, fatigue, dépression, stress) et, potentiellement, cancer.

Plan B : Le respect du Code de l’électricité, l’application de bonnes pratiques de câblage ainsi que l’éloignement des sources émettrices permettent de minimiser l’exposition. On évite, par exemple, de prévoir l’emplacement d’un lit de l’autre côté du mur d’un réfrigérateur. On peut mesurer le champ magnétique p avec un gaussmètre pour repérer les endroits du bâtiment les plus exposés. Enfin, on peut également opter pour la mise à la terre directe du fil neutre à l’aide de tiges métalliques.

 

Photo : seier+seier

La liste rouge du Living Building

L’International Living Building Institute (LBI) est une organisation non gouvernementale qui se consacre à encourager l’établissement d’un cadre bâti durable à l’échelle de la planète.

 Partant du constat que les produits les plus dangereux ont d’abord été utilisés en toute insouciance avant d’être finalement interdits, le LBI applique le principe de précaution. Il a donc dressé une liste rouge de 14 produits à proscrire dans toute construction :

• Formaldéhyde
• Retardateurs de flammes halogénés
• Polychlorure de vinyle
• Amiante
• Cadmium (anciennement appelé carbonate de zinc)
• Polyéthylène chloré ou chlorosulfoné
• Chlorofluorocarbures (CFC)
• Chloroprène (Néoprène)
• Hydro chlorofluorocarbures (HCFC)
• Plomb (ajouté)
• Mercure
• Fertilisants pétrochimiques et pesticides
• Phtalates
• Traitements du bois contenant de la créosote, de l’arsenic ou du pentachlorophénol

 

Trousse à outils

En cas de doute sur un matériau, vous pouvez consulter les organismes et guides suivants.

Écohabitation: OBNL qui favorise l’émergence d’habitations saines, économes en ressources et en énergie, abordables, accessibles et caractérisées par leur durabilité. 

Guide de l’architecte pour la conception d’immeubles en fonction du développement durable: Une mine d’or publiée par Travaux publics et Services gouvernementaux Canada, axée sur l’environnement et sur la santé des occupants d’une habitation. 

SCHL : La Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) a produit plusieurs guides très utiles qui donnent de bonnes indications pour mener à bien tout projet de construction saine. Il est possible de les télécharger gratuitement sur le site de la SCHL. http://www.cmhc-schl.gc.ca/