Esquisses, vol. 22, no 2, été 2011

Accessibilité universelleÉgalité et indépendance

L’accessibilité universelle favorise une conception plus durable et plus responsable qui améliore le confort de tous les usagers d’un bâtiment, handicapés ou pas. Qu’est-ce qu’on attend pour s’y mettre?

Sophie Lanctôt, directrice générale de la Société Logique

Société Logique fait la promotion de l’accessibilité universelle (AU) depuis bientôt 30 ans. Elle intervient notamment auprès des architectes par de la formation, des ateliers, la mention honorifique des Prix d’excellence en architecture et des articles comme celui que vous lisez présentement.

Récemment, Esquisses nous a proposé d’écrire une série d’articles sur le sujet. Nous avons eu l’idée de sonder des architectes avec qui nous avons travaillé en partenariat à différents projets de construction, de rénovation et d’aménagement. Nous leur avons demandé ce qui leur serait utile de connaître pour améliorer leur compétence en la matière.

Les réponses reçues nous ont convaincu d’une chose : il faut revenir à la base, à la définition même du concept. Car, malheureusement, l’AU et la réglementation sur la construction sont encore trop souvent confondues.

 

La vie et rien d’autre

L’AU provient des revendications des personnes handicapées en ce qui a trait au droit à l’égalité. Ces citoyens à part entière veulent étudier, travailler, s’amuser, s’informer, communiquer, avoir une famille et une maison, voyager, consommer, voter, se déplacer comme tout le monde. Or, notre société ne leur permet pas toujours d’exercer sans tracas les mille et un gestes du quotidien. Malgré l’adoption de quelques mesures ou services destinés à réduire les inégalités, les personnes handicapées portent encore souvent une étiquette de « citoyen de seconde zone ».

Comprendre comment une personne devient handicapée permet d’apprécier la richesse de l’AU comme moyen d’intervention. Ainsi, une personne est handicapée lorsqu’elle se bute à des obstacles qui font qu’elle ne peut réaliser ses aspirations. La situation de handicap n’est pas uniquement la conséquence des capacités et incapacités d’une personne, elle est aussi causée par l’environnement où cette personne évolue.

À l’inverse, une personne ayant des incapacités qui évolue dans un environnement lui permettant de faire ce qu’elle doit ou souhaite faire n’est pas une personne handicapée. Elle est sans doute différente, mais à bien y penser, qui ne l’est pas?

 

Comment intervenir?

Il existe plusieurs façons d’agir sur les obstacles... tout en évitant d’en créer de nouveaux.

Cas par cas : Adapter nos pratiques et nos installations aux besoins individuels est une façon de faire. Il en découlera une série de mesures spécifiques qui ne constitueront peut-être pas la solution pour d’autres individus ayant eux aussi des besoins. Par exemple, une rampe d’accès peut convenir aux personnes se déplaçant en fauteuil roulant motorisé, mais être difficile à utiliser par des personnes en fauteuil roulant manuel, à cause de l’effort rendu nécessaire par l’inclinaison et la longueur.

Conception sans obstacles (accessibilité minimale) : Il est également possible d’agir sur les obstacles de façon minimale, par des mesures ciblées répondant aux besoins de certains groupes d’utilisateurs, telles celles exigées par le Code de construction du Québec. Cette réglementation suggère des aménagements pour les personnes handicapées, telle la rampe d’accès, mais tient presque exclusivement compte que des besoins des personnes se déplaçant en fauteuil roulant manuel. Conséquemment, l’accessibilité est minimale, incomplète et implique une utilisation différente des lieux et des aménagements.

Concept liberté : Viser l’accessibilité universelle consiste à poser des gestes qui répondront aux besoins de certains tout en bénéficiant à l’ensemble, parce qu’ils sont incorporés à l’essence même du projet et des aménagements réalisés. Ainsi, les lieux doivent pouvoir être fréquentés de façon similaire par tous. La conception doit être simple, les parcours intuitifs et les aménagements repérables.

Le principe est simple : les obstacles auxquels se heurtent les personnes ayant des limitations fonctionnelles sont des révélateurs des difficultés vécues, à un degré moindre, par tous les utilisateurs. Pensons seulement aux aînés affligés de problèmes de vision, d’audition ou de mobilité. Aux parents avec poussette et aux voyageurs avec sacs et valises, pour qui les portes et les escaliers constituent tout un défi. Ou encore, aux nouveaux arrivants et aux personnes analphabètes qui ont des difficultés de lecture et de compréhension de la langue.

Agir par l’AU maximise l’impact de nos interventions maintenant et pour le futur, selon les principes du développement durable. L’AU est également un concept en évolution : ses principes sont appelés à être repensés au fur et à mesure que la société s’y ouvre, et que de nouveaux besoins émergent.

 

Inclure l’AU à chaque étape

Pour en retirer tous les bienfaits, l’AU devrait être considérée dès que le client et les professionnels définissent et raffinent leur vision du projet.

En effet, les choix effectués au tout début, notamment ceux relatifs à l’organisation du site et à l’implantation du bâtiment, conditionnent le résultat final. Ainsi, une organisation des fonctions favorisant des circulations distinctes et bien définies, des liens cohérents et de plain-pied avec l’environnement immédiat, une implantation du bâtiment ou un aménagement de plain-pied, sans dénivellation, permettront une lecture aisée de l’ensemble de même qu’un accès et une circulation faciles et sûrs.

Parallèlement, l’attention portée à l’emplacement et au traitement des entrées, à l’organisation de l’espace intérieur et aux circulations dans le bâtiment fera en sorte que l’orientation et les déplacements soient intuitifs, aisés et fluides.

Le traitement architectural des divers services contribuera à ce que l’activité qui se déroule dans le bâtiment soit, elle aussi, universellement accessible. Car ce n’est pas seulement le bâtiment qui doit être universellement accessible, mais tout ce qui contribue à l’expérience qu’on y vit! Dans une bibliothèque, par exemple, une attention particulière doit être apportée aux comptoirs de prêt, aux postes de recherche informatique, à la boîte de retour des livres, aux rayonnages, à l’éclairage, à la signalisation, aux revêtements de sol, etc.

Ce qui se conçoit bien en construction neuve s’applique également en transformation et en rénovation, à la différence que les contraintes sont plus nombreuses et les possibilités plus limitées, ce qui nécessite des décisions encore plus réfléchies et judicieuses.

 

Relevez le défi!

L’accessibilité universelle est loin de se borner à une liste d’exigences à cocher dans la section 3.8 Conception sans obstacles du Code de construction du Québec. En plus d’être audacieuse et judicieuse, l’architecture doit aussi être une réponse aux besoins des personnes qu’elle dessert et inclure tous les citoyens. Bref, notre architecture doit être humaine.

Et l’esthétique dans tout cela? Voyez les deux projets lauréats de la mention honorifique en accessibilité universelle des Prix d’excellence en architecture 2011. Force est de constater qu’il est tout à fait possible de conjuguer harmonie, créativité, audace, qualité architecturale et accessibilité universelle.

Alors, n’hésitez plus et donnez au suivant!

Vers le haut

L’accessibilité universelle favorise une conception plus durable et plus responsable qui améliore le confort de tous les usagers d’un bâtiment, handicapés ou pas. Qu’est-ce qu’on attend pour s’y mettre?

Sophie Lanctôt, directrice générale de la Société Logique

Société Logique fait la promotion de l’accessibilité universelle (AU) depuis bientôt 30 ans. Elle intervient notamment auprès des architectes par de la formation, des ateliers, la mention honorifique des Prix d’excellence en architecture et des articles comme celui que vous lisez présentement.

Récemment, Esquisses nous a proposé d’écrire une série d’articles sur le sujet. Nous avons eu l’idée de sonder des architectes avec qui nous avons travaillé en partenariat à différents projets de construction, de rénovation et d’aménagement. Nous leur avons demandé ce qui leur serait utile de connaître pour améliorer leur compétence en la matière.

Les réponses reçues nous ont convaincu d’une chose : il faut revenir à la base, à la définition même du concept. Car, malheureusement, l’AU et la réglementation sur la construction sont encore trop souvent confondues.

 

La vie et rien d’autre

L’AU provient des revendications des personnes handicapées en ce qui a trait au droit à l’égalité. Ces citoyens à part entière veulent étudier, travailler, s’amuser, s’informer, communiquer, avoir une famille et une maison, voyager, consommer, voter, se déplacer comme tout le monde. Or, notre société ne leur permet pas toujours d’exercer sans tracas les mille et un gestes du quotidien. Malgré l’adoption de quelques mesures ou services destinés à réduire les inégalités, les personnes handicapées portent encore souvent une étiquette de « citoyen de seconde zone ».

Comprendre comment une personne devient handicapée permet d’apprécier la richesse de l’AU comme moyen d’intervention. Ainsi, une personne est handicapée lorsqu’elle se bute à des obstacles qui font qu’elle ne peut réaliser ses aspirations. La situation de handicap n’est pas uniquement la conséquence des capacités et incapacités d’une personne, elle est aussi causée par l’environnement où cette personne évolue.

À l’inverse, une personne ayant des incapacités qui évolue dans un environnement lui permettant de faire ce qu’elle doit ou souhaite faire n’est pas une personne handicapée. Elle est sans doute différente, mais à bien y penser, qui ne l’est pas?

 

Comment intervenir?

Il existe plusieurs façons d’agir sur les obstacles... tout en évitant d’en créer de nouveaux.

Cas par cas : Adapter nos pratiques et nos installations aux besoins individuels est une façon de faire. Il en découlera une série de mesures spécifiques qui ne constitueront peut-être pas la solution pour d’autres individus ayant eux aussi des besoins. Par exemple, une rampe d’accès peut convenir aux personnes se déplaçant en fauteuil roulant motorisé, mais être difficile à utiliser par des personnes en fauteuil roulant manuel, à cause de l’effort rendu nécessaire par l’inclinaison et la longueur.

Conception sans obstacles (accessibilité minimale) : Il est également possible d’agir sur les obstacles de façon minimale, par des mesures ciblées répondant aux besoins de certains groupes d’utilisateurs, telles celles exigées par le Code de construction du Québec. Cette réglementation suggère des aménagements pour les personnes handicapées, telle la rampe d’accès, mais tient presque exclusivement compte que des besoins des personnes se déplaçant en fauteuil roulant manuel. Conséquemment, l’accessibilité est minimale, incomplète et implique une utilisation différente des lieux et des aménagements.

Concept liberté : Viser l’accessibilité universelle consiste à poser des gestes qui répondront aux besoins de certains tout en bénéficiant à l’ensemble, parce qu’ils sont incorporés à l’essence même du projet et des aménagements réalisés. Ainsi, les lieux doivent pouvoir être fréquentés de façon similaire par tous. La conception doit être simple, les parcours intuitifs et les aménagements repérables.

Le principe est simple : les obstacles auxquels se heurtent les personnes ayant des limitations fonctionnelles sont des révélateurs des difficultés vécues, à un degré moindre, par tous les utilisateurs. Pensons seulement aux aînés affligés de problèmes de vision, d’audition ou de mobilité. Aux parents avec poussette et aux voyageurs avec sacs et valises, pour qui les portes et les escaliers constituent tout un défi. Ou encore, aux nouveaux arrivants et aux personnes analphabètes qui ont des difficultés de lecture et de compréhension de la langue.

Agir par l’AU maximise l’impact de nos interventions maintenant et pour le futur, selon les principes du développement durable. L’AU est également un concept en évolution : ses principes sont appelés à être repensés au fur et à mesure que la société s’y ouvre, et que de nouveaux besoins émergent.

 

Inclure l’AU à chaque étape

Pour en retirer tous les bienfaits, l’AU devrait être considérée dès que le client et les professionnels définissent et raffinent leur vision du projet.

En effet, les choix effectués au tout début, notamment ceux relatifs à l’organisation du site et à l’implantation du bâtiment, conditionnent le résultat final. Ainsi, une organisation des fonctions favorisant des circulations distinctes et bien définies, des liens cohérents et de plain-pied avec l’environnement immédiat, une implantation du bâtiment ou un aménagement de plain-pied, sans dénivellation, permettront une lecture aisée de l’ensemble de même qu’un accès et une circulation faciles et sûrs.

Parallèlement, l’attention portée à l’emplacement et au traitement des entrées, à l’organisation de l’espace intérieur et aux circulations dans le bâtiment fera en sorte que l’orientation et les déplacements soient intuitifs, aisés et fluides.

Le traitement architectural des divers services contribuera à ce que l’activité qui se déroule dans le bâtiment soit, elle aussi, universellement accessible. Car ce n’est pas seulement le bâtiment qui doit être universellement accessible, mais tout ce qui contribue à l’expérience qu’on y vit! Dans une bibliothèque, par exemple, une attention particulière doit être apportée aux comptoirs de prêt, aux postes de recherche informatique, à la boîte de retour des livres, aux rayonnages, à l’éclairage, à la signalisation, aux revêtements de sol, etc.

Ce qui se conçoit bien en construction neuve s’applique également en transformation et en rénovation, à la différence que les contraintes sont plus nombreuses et les possibilités plus limitées, ce qui nécessite des décisions encore plus réfléchies et judicieuses.

 

Relevez le défi!

L’accessibilité universelle est loin de se borner à une liste d’exigences à cocher dans la section 3.8 Conception sans obstacles du Code de construction du Québec. En plus d’être audacieuse et judicieuse, l’architecture doit aussi être une réponse aux besoins des personnes qu’elle dessert et inclure tous les citoyens. Bref, notre architecture doit être humaine.

Et l’esthétique dans tout cela? Voyez les deux projets lauréats de la mention honorifique en accessibilité universelle des Prix d’excellence en architecture 2011. Force est de constater qu’il est tout à fait possible de conjuguer harmonie, créativité, audace, qualité architecturale et accessibilité universelle.

Alors, n’hésitez plus et donnez au suivant!

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