Esquisses, vol. 24, no 2, été 2013

ÉditorialUne politique d'ouverture

André Bourassa, président 

Il n’est pas facile de faire le bilan de quatre mandats de président, tant ceux-ci ont été divers. Il y a toutefois, me semble-t-il, un fil conducteur : l’ouverture.

L’ouverture envers les jeunes architectes d’abord. D’emblée, j’ai souhaité reprendre la maîtrise de notre examen d’accès à la profession. Le NCARB américain, mal adapté à notre réalité, empêchait de nombreux stagiaires de se joindre à l’Ordre. Depuis 2008 et la mise en place de l’ExAC, l’OAQ a gagné plus de 800 membres. Je suis fier d’avoir ainsi contribué à apporter du sang neuf à la profession.

Cette ouverture s’est aussi exprimée envers d'autres professions. Nous avons été actifs au sein du Conseil interprofessionnel du Québec. Par ailleurs, nos collègues paysagistes, urbanistes et designers d’intérieur, pour ne citer qu’eux, ne sont plus des concurrents, mais des partenaires. Rappelons que l’OAQ a cofondé l’organisme qui nous réunit – Mission Design – en 2010.

Avec les autres ordres d’architectes au Canada, la confiance et le travail en commun se sont renforcés. Non seulement se sont-ils ralliés à notre initiative autour de l’ExAC, mais nous travaillons ensemble à développer la mobilité. La signature de l’Arrangement de reconnaissance mutuelle entre l’OAQ et l’Ordre des architectes de France ne les a d’ailleurs pas inquiétés. Au contraire, nous avons utilisé l’expertise acquise pour négocier avec les États-Unis, le Mexique et l’Europe.

L’Ordre s’est également ouvert à la réflexion sur les matériaux. Mon credo est connu : tous ont leur place dans le cadre bâti, à condition que ce soit la bonne ! Les architectes, formés à être créatifs, doivent aussi maîtriser cette matière première, sur laquelle les connaissances évoluent. Depuis que je suis à la tête de l’Ordre, nous avons donc collaboré avec plusieurs organismes spécialisés, notamment le Centre québécois de recherche et de développement de l’aluminium, le Conseil de l’enveloppe du bâtiment et la Régie du bâtiment. Et n’oublions pas les associations du bois telles que Cecobois. Sans fausse modestie, je pense que l’OAQ a contribué à modifier la perception qu’avaient les professionnels de ce matériau.

Vous l’aurez compris : j’apprécie particulièrement les collaborations. J’ai toujours souhaité des alliances dès que les intérêts sont complémentaires et les valeurs partagées. L’Association des architectes en pratique privée a souvent été un allié de choix, notamment dans notre opposition aux partenariats public-privé.

Depuis que j’ai été élu, l’OAQ n’a cessé de se positionner dans les débats qui concernent l’architecture et le cadre bâti. Nous avons abandonné notre préoccupante discrétion pour revendiquer la place qui nous revient dans l’espace public. L’Ordre doit assumer pleinement son rôle de leader sur les sujets touchant le cadre bâti et la protection du public.

Leaders, nous le sommes dans la concrétisation de la Maison de l’architecture, du design et de l’urbanisme, cet immeuble du 420, rue McGill qui nous appartient et où sont hébergées d’autres organisations de notre domaine. Le déménagement de notre siège social était un de mes engagements, tout comme la mise en œuvre de l’ExAC et la révision de la Loi sur les architectes.

Le projet de la nouvelle Loi sur les architectes a subi quelques péripéties dues au changement de gouvernement, mais il devrait être présenté devant l’Assemblée nationale cet automne. Le texte proposé, qui nous doit beaucoup, bonifie grandement la loi actuelle. Je serai heureux lorsqu’il aura été adopté.

Il est temps de préciser ici que ce dossier, comme d’autres, n’a pu avancer que grâce à l’équipe de permanents et, notamment, à notre précieux directeur général, Jean-Pierre Dumont. De plus, sans le soutien de mes collègues du conseil d’administration et du conseil exécutif, je n’aurais pas pu agir.

Mon expérience à titre de président m’a convaincu d’une chose : il est temps de doter le Québec d’une politique nationale de l’architecture. Ce geste inspirant marquerait notre engagement collectif envers un cadre bâti de qualité qui profiterait à tous. Une telle politique me paraît la condition essentielle pour que le Québec progresse, sur les plans de la qualité architecturale et de l’aménagement, au même rythme que son industrie du bâtiment. Une chose est certaine : ce dossier, qui me tient particulièrement à cœur, ne peut aboutir sans la mobilisation des architectes eux-mêmes. 

J’adresse mes vœux de succès à mon successeur et l’assurance de ma collaboration. Je souhaite que la communauté des architectes puisse prendre la parole, que ce soit collectivement ou individuellement, en ménageant parfois un peu moins ses arrières.

Un immense merci pour votre confiance !