Esquisses, vol. 24, no 2, été 2013

Accessibilité universelleL'excellence pour tous

Les Prix d’excellence en architecture 2013 compteront à nouveau une mention honorifique en accessibilité universelle. Voici quelques réflexions qui vous aideront à la décrocher ! 

Sophie Lanctôt 

Faites le test en vous promenant en ville. Combien de gens lèvent les yeux, analysent les façades, observent les bâtiments qui les entourent ? Encore peu. Et c’est malheureux, car le citoyen moyen est un allié potentiel qui évolue dans les milieux que nous concevons et qui pourrait nous aider à faire reconnaître l’apport essentiel de l’architecture et de l’aménagement. Il faut dire qu’historiquement, il a eu peu de pouvoir – pas même celui de donner son opinion – sur les nouvelles constructions. Pas étonnant que, de façon générale, il ait été jusqu’à maintenant plutôt passif.

Mais la situation tend à s’inverser : les citoyens revendiquent de plus en plus de pouvoirs et les autorités commencent à leur en accorder un peu. Entendons-nous : on est encore loin de l’inclusion réelle, qui consisterait à prendre en considération ce que les citoyens ont à dire, puis à trouver des solutions en collaboration avec eux.

 

Aménagement pour tous

Voilà qui nous amène à l’accessibilité universelle. Que nous disent les citoyens qui ont des limitations fonctionnelles, à nous, les concepteurs de bâtiments ? « J’ai de la difficulté à entrer, à circuler, à me repérer, à voir, à entendre, à communiquer, à me sentir en sécurité. Tout est tellement difficile, tous les jours. Est-ce que ça ne pourrait pas être un petit peu plus facile au quotidien ? » Ce à quoi vous répondrez peut-être, avec en tête l’image d’une personne en fauteuil roulant : « C’est beaucoup demander pour si peu de monde... » 

Détrompez-vous : selon l’Enquête québécoise sur les limitations d’activités, les maladies chroniques et le vieillissement 2010-2011, publiée ce printemps par l’Institut de la statistique du Québec, le tiers des Québécois de 15 ans et plus déclare avoir une limitation fonctionnelle dont la durée est persistante (soit six mois ou plus). On parle ici de difficultés d’audition, de vision, de parole, d’agilité, de mobilité, de mémoire, d’apprentissage, de limitations intellectuelles et psychologiques. Notez que cette donnée surprenante n’inclut pas les personnes vivant dans un établissement d’hébergement.

Ajoutons à ces limitations fonctionnelles le vieillissement de la population, l’obésité et d’autres troubles de santé : en somme, presque tout le monde connaîtra, un jour ou l’autre, des limitations diminuant ses capacités physiques ou intellectuelles. 

Il est temps que les architectes s’intéressent sérieusement à l’accessibilité universelle. Celle-ci permet à toute personne de réaliser des activités de façon autonome, et passe d’abord et avant tout par l’aménagement des lieux publics. Il s’agit d’une condition préalable à l’inclusion sociale, à la participation, à la contribution de tous les citoyens à la communauté.

Vous l’aurez compris : l’accessibilité universelle ne concerne pas que les personnes handicapées. C’est pour tout le monde et, aujourd’hui, c’est d’ailleurs une composante incontournable de tout projet de développement durable. En plus, elle est souvent synonyme de bon design : esthétique, approprié au contexte et qui fonctionne bien pour tous les usagers. Tout à fait dans les compétences des architectes.

Sept grands principes d’accessibilité universelle

1.  Usage équitable

Assurer un usage similaire pour tous (même endroit, même moment et même façon), y compris pour les personnes ayant une limitation fonctionnelle. 

2.  Usage flexible

Prévoir des aménagements et des espaces auxquels tout usager peut accéder et dans lesquels il peut circuler, quels que soient sa taille, sa posture, son niveau de mobilité, sa façon de s’orienter, de se repérer ou de communiquer.

3.  Usage simple et intuitif

Favoriser des aménagements et des espaces facilitant l’orientation ainsi qu’une signalisation simple et facile à comprendre par tout usager, quels que soient ses capacités, son expérience, ses connaissances, ses habiletés linguistiques, ses capacités cognitives ou son niveau de concentration. 

4.  Usage diversifié

Prévoir des aménagements variés, répondant à des nécessités différentes, qui permettront de mieux satisfaire les usagers et qui faciliteront l’adaptation à des besoins futurs. 

5.  Usage sûr

Choisir des matériaux antidérapants et non éblouissants, des équipements aisément perceptibles ainsi que des aménagements facilitant l’évacuation et favorisant la sécurité en cas d’urgence. 

6.  Effort réduit

Adopter des configurations pouvant être utilisées par tous les usagers avec un minimum d’effort physique, et qui sont faciles à entretenir. 

7.  Information adéquate

Concevoir des aménagements et des équipements favorisant l’accès à l’information pour tous, notamment pour les personnes ayant une limitation visuelle, auditive ou intellectuelle. Les signaux sonores ou visuels doivent demeurer simples.  

 

Source : adaptation libre de « Principles of Universal Design », par Molly Follette Story, Center for Universal Design, North Carolina State University.

Photo en-tête: Parc de la Villette, Paris. Crédit: Nacho Rascon