Esquisses, vol. 24, no 2, été 2013

MultimédiaLivres et applications

99% Invisible

Baladodiffusion signée KALW, American Institute of Architects, City of San Francisco et Center for Architecture and Design

Produite par Roman Mars

Toutes les deux semaines, cette baladodiffusion sans prétention de 10 minutes explore une thématique fascinante et incongrue en lien avec l’architecture, l’aménagement et le design. Le défi est de taille : comment décrire oralement des objets conçus pour être vus ? Vous l’aurez compris : cette contrainte représente justement l’attrait irrésistible de 99% Invisible. L’animateur ne s’attarde pas à décrire les objets, mais raconte plutôt les histoires qui y sont liées. Et quelles histoires ! D’une voix délectable, Roman Mars nous relate les sonorités d’un bâtiment pour aveugle, la débâcle des logements sociaux du Pruitt-Igoe ou les secrets d’un hôtel aux couleurs extravagantes. Vous n’aurez pas à chercher le bouton « Désabonner » : une fois qu’on y a goûté, on ne renonce pas à notre micro-dose d’architecture et de design. D’autant qu’elle est gratuite.

99percentinvisible.org/ 

 

Retisser la ville

Volume 1 : [Ré]articuler urbanisation, densification et transport en commun

Volume 2 : Leçons de cinq expériences de transit-oriented development

Ouvrage collectif

« Il faut mieux construire nos bâtiments, nos rues, nos quartiers, nos agglomérations. » Certains reconnaîtront ici le credo de Vivre en Ville, un vaillant organisme qui se consacre au développement de collectivités viables au Québec. Dans ces deux volumes, il explique comment. Exercice nécessaire s’il en est, car même si certaines agglomérations ont amorcé le virage vers l’intégration de l’aménagement du territoire, du cadre bâti et du transport en commun, les initiatives en la matière restent encore marginales, incomplètes ou isolées. 

Le premier tome vise à enrichir le bagage de connaissances à cet égard. Concrètement, on y présente notamment huit « pierres d’assise » favorisant l’émergence d’une ville à échelle humaine. Le second étudie cinq quartiers TOD (pour transit-oriented development). Ces exemples sont principalement nord-américains, histoire de faire échec au sempiternel argument stipulant que les écoquartiers européens ne s’exportent pas sous nos latitudes. Le contenu est clair, riche, tangible, compréhensible pour les élus et les promoteurs, à qui il est principalement destiné. Ajoutons-y les professionnels de l’aménagement, car qui est mieux placé qu’eux pour faire évoluer la clientèle et, du même coup, les mentalités ? 

Vivre en Ville, 2013, 120 pages (1); 108 pages (2)

 

Architectures de la connaissance au Québec

Sous la direction de Jacques Plante 

Après nous avoir enchantés avec le très beau Architectures du spectacle, Jacques Plante remet ça en s’attaquant cette fois à l’univers des bibliothèques. L’auteur a eu la bonne idée de ne pas réinventer la roue et reprend essentiellement la même formule pour présenter les lieux du livre : des textes descriptifs efficaces accompagnés des plans, coupes et photographies qui permettent une bonne compréhension des 33 projets sélectionnés. La magie opère comme la première fois : on ressort de cette lecture avec l’impression que les architectes québécois sont des spécialistes en matière de bibliothèques. S’il y a un bémol, c’est que les textes de la première partie, réalisés par une quinzaine d’invités, n’ont pas tous la même valeur : nous aurions pris quelques bibliothèques de plus.

Publications du Québec, 2013, 249 pages

 

Façades: Design, Construction, Technology

Lara Menzel 

Ce livre est facile d’accès avec ses nombreuses photos qui montrent l’allure générale ou pointent un détail, ainsi que ses plans et ses courtes descriptions qui n’excluent pas les informations techniques. La diversité des 133 bâtiments présentés, classés selon leur fonction, fait de l’ensemble un bon aperçu du rôle et de la diversité des façades dans l’architecture actuelle. Bien sûr, certains projets médiatisés ont déjà été vus, mais l’ouvrage permet de les comparer, ce qui fait qu’on y porte un autre regard. Un constat : au-delà des architectes qui répondent à une commande destinée à marquer le paysage, certains réfléchissent vraiment à l’aspect de la façade dans des bâtiments moins emblématiques. Le voisinage doit apprécier. 

Braun, 2012, 220 pages

 

AutoCAD WS

Application pour MacOS, aussi disponible pour iOS et Android (extension de navigateur compatible avec tous les systèmes)

Par Autodesk inc.

Sans trop de fla-fla, AutoCAD WS intègre les outils de son célèbre logiciel aux tablettes, téléphones intelligents et même aux fureteurs Web. Simple à utiliser, l’appli permet de consulter, d’annoter et de modifier sommairement des plans en format .dwg. Pour l’utiliser, on crée un compte gratuit qui peut être relié à n’importe quelle version récente des logiciels Autodesk. L’appli permet aussi le travail collaboratif, le partage de fichiers et la synchronisation avec n’importe quel serveur. Un seul hic : la lourdeur des fichiers cause parfois une fermeture inopinée. Au moins, toutes les modifications sont sauvegardées en temps réel ! AutoCAD WS semble être un excellent ajout à la palette d’Autodesk. Espérons que l’entreprise continuera de l’offrir gratuitement...

https://www.autocadws.com/  

 

L’architecture des lieux : Sémantique de l’édification et du territoire

Pierre Boudon

Voici un essai qui tente de déchiffrer la façon dont l’architecture s’inscrit dans l’espace en s’appuyant sur la sémantique. L’auteur, qui a été professeur en sciences de la communication et qui est actuellement directeur de recherche au Laboratoire d’étude de l’architecture potentielle (LEAP) à l’Université de Montréal, axe ses recherches sur l’analyse des formes architecturales et territoriales et sur l’analyse du discours. Pour lui, l’œuvre architecturale est le résultat d’un processus de construction, mais aussi un lieu où l’on vit. Il montre comment elle résulte du croisement constant entre deux logiques : la culture et l’usage ou encore l’esthétisme et la fonctionnalité au quotidien. La réflexion est théorique, mais le langage est accessible et la mise en page aérée, en plus d’être agrémentée d’illustrations.

Infolio, collection « Projet & théorie », 2013, 288 pages

 

Architecture Now! Houses vol. 3

Philip Jodidio

Le troisième tome de la série « Architecture Now! » sur les maisons individuelles présente 60 exemples édifiés durant les quatre dernières années. Le choix est subjectif, comme toujours, et fait la part belle aux maisons de starchitectes et aux réalisations luxueuses, souvent immenses. Il est pourtant frappant de constater que les petites réalisations fonctionnelles suscitent davantage d’innovation. Les architectes et les clients du Japon – où les terrains sont de taille réduite – sont chanceux de compter sur ces contraintes qui les obligent à réfléchir plus ! À noter : une résidence du Québec fait partie de la sélection. La House on Henry’s Meadow, sise à Vale Perkins et conçue par la firme torontoise Shim-Sutcliffe, se fond dans son environnement boisé et réinterprète avec humour la tradition de l’entreposage de la corde de bois.

Taschen, 2013, 416 pages

 

Grammaire de l’architecture

Sous la direction d’Emily Cole

Si votre mémoire vous joue parfois des tours et que vous n’arrivez plus à distinguer l’ordre corinthien de l’ordre ionique, cette grammaire est probablement le livre que vous devriez ajouter à votre bibliothèque. Étendant son savoir de manière chronologique à partir de l’Égypte ancienne jusqu’au début du 19e siècle, l’ouvrage, de facture très classique, aide le lecteur à identifier les éléments, les formes et les techniques utilisées au fil des siècles. Ne cherchez pas les photos : les exemples sont illustrés de magnifiques gravures d’une grande précision tirées d’ouvrages anciens. Le bouquin est complété d’une petite sélection d’éléments d’architecture utilisés universellement (portes, escaliers, voûtes, etc.) et d’un glossaire.

Larousse, 2013 (2e édition), 352 pages

  

Architecture, les chefs-d’œuvre de l’art

Philip Wilkinson

Avez-vous l’impression que pratiquement chaque fois qu’un nouveau recueil d’architecture paraît, il explore un filon auquel personne n’avait jamais pensé ? C’est encore le cas ici. Tout en photos, en plans et en coupes, ce voyage à travers le temps commence par nous transposer 2500 ans av. J.-C., bien sûr chez les amis égyptiens, pour finir chez Zaha Hadid et autres Calatrava de notre siècle. Entre les deux, on se familiarise avec une cinquantaine de monuments ayant marqué l’histoire de l’humanité en même temps que celle de l’architecture : le Colisée, l’Alhambra, le Taj Mahal, le château de Versailles, la Sagrada Familia, Fallingwater, le musée Guggenheim... L’approche de l’auteur est originale : il aborde l’œuvre dans sa globalité avant d’en faire le tour et de se pencher sur moult détails. La technique permet au lecteur d’apprécier le bâtiment dans son ensemble tout en pénétrant dans l’univers de l’architecte qui l’a conçu. Une expérience transcendante. 

Flammarion, 2012, 256 pages

 

Sur les traces de Joseph Venne, architecte (1858-1925)

Soraya Bassil, Michel Allard et René Binette 

Les monographies d’architectes québécois sont particulièrement rares. Aussi bien en profiter quand l’occasion se présente, d’autant que Joseph Venne a grandement marqué Montréal. Il a notamment collaboré à une soixantaine de projets d’église, dont la majorité sur l’île ou à proximité immédiate. Il a aussi travaillé en région et aux États-Unis. La première partie du livre décrit la vie et l’époque de ce bâtisseur, et propose une analyse critique de son travail signée par l’historien de l’architecture Jacques Lachapelle. La seconde partie présente, sous la forme de cinq circuits, 26 bâtiments de la métropole encore existants. Ce concepteur prolifique a également joué un grand rôle dans la professionnalisation du métier en fondant l’Association des architectes de la province de Québec (AAPQ), l’ancêtre de l’Ordre. 

Septentrion, 2013, 276 pages

  

 

Creating Shade: Design, Construction, Technology

Chris van Uffelen

S’ils servent souvent de prétextes malheureux pour regrouper des projets qui n’ont rien en commun, les thèmes se révèlent parfois d’une redoutable pertinence. Il en va ainsi de cette idée heureuse de présenter des structures de différentes échelles dont la principale caractéristique est de procurer de l’ombre. Peut-être un peu à cause de l’aspect ludique de la majorité des projets, on se laisse tout bonnement happer par le bouquin, abondamment illustré et très peu bavard. Évidemment, on cherche habituellement l’ombre pour se mettre à l’abri d’un soleil brûlant qui frappe davantage au sud : on pense par exemple au Metropol Parasol, à Séville, érigé pour protéger de la cuisson les flâneurs et autres passants de la place de la Encarnación. Mais il y a dans cet ouvrage des ombres pour tous les besoins, si l’on peut s’exprimer ainsi.

Braun, 2013, 271 pages