Esquisses, vol. 24, no 2, été 2013

Portrait chiffréUne profession en santé

Les statistiques disponibles sur la profession d’architecte permettent de dresser un portrait de la pratique qui déboulonne certaines idées reçues. On découvre un milieu en santé, des architectes très demandés, des salaires avantageux. Rassurant.

Hélène Lefranc 

Votre nom de code : 2151.

C’est du moins ainsi que la Classification nationale des professions désigne les architectes. Comme pour tous les métiers, Service Canada – à partir de données issues du dernier recensement et de Revenu Canada – compile un certain nombre de statistiques spécifiques au Québec et les met en perspective.

Après analyse des données, un constat s’impose : la profession est en santé. Par exemple, le revenu d’exploitation réel, après inflation, des entreprises québécoises de services d’architecture a fait un bond de 8 % en moyenne chaque année entre 2002 et 2010. Vous avez bien lu !

On découvre aussi une profession plutôt résistante aux crises économiques. D’une part, sur une période de 20 ans, le nombre d’architectes a augmenté plus rapidement que dans les autres métiers du secteur de la construction. Par ailleurs, la profession a bien résisté à la récession des années 1990 : alors que l’emploi diminuait fortement dans ce secteur, le nombre d’architectes, lui, demeurait stable.

 

Du pain sur la planche à dessin

Aujourd’hui, la croissance est revenue dans le secteur de la construction et les analystes de Service Canada constatent par ailleurs une augmentation de la demande de services en architecture. Ils prévoient donc, d’ici 2016, une augmentation de 0,8 % par an du nombre d’architectes. 

Tout aussi optimiste, Emploi Québec s’attend à des perspectives d’emploi favorables pour le métier, notamment en raison d’un faible taux de chômage et d’une forte demande pour les services d’architecture. Les experts se basent notamment sur la croissance projetée des services professionnels, scientifiques et techniques, secteur où travaillent la plupart des architectes. D’ici 2016, la demande de services d’architecture devrait progresser de 2 à 3 % annuellement, contre 0,9 % pour l’emploi en général au Québec. Une prévision non négligeable.

Plusieurs éléments expliquent cette progression. Selon Service Canada, il y aurait, d’une part, la popularité de l’accès à la propriété et, d’autre part, l’élargissement de l’éventail des services offerts. Ces services englobent notamment le design urbain, les études préliminaires, le service-conseil en gestion ou en coordination des projets et les études de faisabilité.

 

Des salaires à la hauteur

Voyons maintenant comment la bonne santé des entreprises se traduit dans les poches des architectes. C’est vrai, le revenu moyen d’emploi a diminué de 7 % entre 1991 et 1996, durant les mauvaises années de l’industrie de la construction. Cependant, les architectes ont rattrapé le temps perdu grâce à une augmentation de 50 % entre 1995 et 2005. En chiffres absolus, l’architecte moyen travaillant à temps plein touchait 64 000 $ en 2004 lors du dernier recensement, et on peut supposer que ce montant a progressé depuis. 

Les récentes données de l’Institut de la statistique du Québec, qui établit le salaire moyen des architectes salariés, sont encore plus éloquentes : selon l’organisme, la rémunération annuelle était de 79 432 $ en 2011 (taux horaire : 42,13 $). De son côté, Emploi Québec arrive à des chiffres sensiblement différents, soit un salaire horaire médian compris entre 26 et 28 $ pour 2010-2012. Mais il faut dire que l’organisme s’appuie sur l’Enquête sur la population active de Statistique Canada, qui exclut les travailleurs autonomes et comporte une marge d’erreur importante.

 

Confirmations

Quant aux conditions de pratique, un peu plus d’un tiers des architectes avaient un statut de travailleur autonome en 2006, soit beaucoup plus que pour l’ensemble des travailleurs québécois (11 %). Sans surprise, c’est dans la métropole que sont actifs la plupart des membres de l’OAQ : près de la moitié travaillent à Montréal, 13 % sont basés à Québec, et 37 % en région.

Le dernier recensement, dont les données ne seront connues qu’au cours de l’été 2013, risque toutefois de chambouler le portrait de la profession. Ainsi, dès 2006, avant même la signature de l’Arrangement de reconnaissance mutuelle avec la France, environ 19 % des postes d’architecte au Québec étaient occupés par des immigrants. C’était déjà une proportion beaucoup plus élevée que dans les autres professions, où la moyenne s’établit à 12 %. 

Enfin, le nombre de femmes architectes rattrape celui des hommes à la vitesse grand V : au 31 mars 2013, le tableau de l’Ordre montrait que la relève féminine dépasse sa contrepartie masculine. Au total, la profession demeure largement masculine (63 % contre 37 %), mais chez les 25-34 ans, par exemple, le portrait est inversé (58 % de femmes contre 42 % d’hommes). 

Non seulement la profession est en santé, mais elle se dirige tout droit vers l’égalité. Pourrait-on demander mieux ?



Des diplômés occupés

Le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport s’intéresse spécifiquement à l’intégration au marché de l’emploi des personnes récemment diplômées dans son enquête Relance, qui paraît tous les deux ans. En ce qui concerne les jeunes architectes, on y apprend dans la dernière édition – qui remonte à janvier 2011 – que 20 mois après avoir obtenu leur maîtrise, plus de 90 % des diplômés travaillent à temps plein. Les autres sont à la recherche d’un emploi (2,7 %) ou poursuivent leurs études (5,4 %), là encore le plus souvent en lien avec leur domaine d’étude initial. Ceux qui travaillent – donc essentiellement des stagiaires en architecture – gagnent en moyenne un salaire brut de 807 $ par semaine.