Esquisses, vol. 24, no 4, hiver 2013-2014

ÉditorialMénager nos énergies

Nathalie Dion, présidente, Ordre des architectes

Oubliez son image grano, le bois est désormais un matériau de construction high-tech ! Légèreté des structures et capacité de grande hauteur, facilité d’installation, économie de finition, résistance au feu, design contemporain : la liste de ses qualités est longue. Grâce au travail de réhabilitation et à la mise à niveau de la réglementation, il devrait naturellement prendre sa place dans la construction québécoise. Le dossier de ce numéro d’Esquisses fait le point à ce sujet. 

On connaît de mieux en mieux les propriétés environnementales du bois. Il est renouvelable s’il provient de forêts locales gérées de façon responsable. Il est également isolant et retient le dioxyde de carbone, l’utilisation d’un mètre cube de bois permettant d’éviter le rejet d’une tonne de CO2 dans l’atmosphère. Sa valorisation tombe à pic, puisque le Québec entend améliorer ses performances en matière de consommation d’énergie et d’émissions de gaz à effet de serre.

Une volonté bienvenue, car il y a des atouts qui finissent par devenir des faiblesses. Ainsi, au Québec, nous disposons d’hydroélectricité en quantité, une énergie bon marché et moins polluante que celle provenant d’autres sources. D’autres pays sont moins bien nantis que nous... mais sont plus chanceux ! Forcés d’entreprendre leur transition énergétique, certains d’entre eux font figure de précurseurs, notamment sur le plan de l’efficacité énergétique, ce qui leur permet d’être à la fois économiquement performants et plus « verts ». C’est le cas de la Finlande, de la Suède et de la Norvège, pays dont le climat n’est guère plus clément que le nôtre. 

L’efficacité énergétique est considérée comme une source d’énergie au même titre que les autres depuis plusieurs années. L’instauration des mesures d’économie coûte en effet beaucoup moins cher que l’ajout d’un moyen de production, quel qu’il soit : 2,5 cents le kWh, contre 5,9 cents le kWh pour les grandes centrales hydroélectriques. Or, au Québec, le total des économies d’énergie réalisé depuis 1990 correspond à moins de 3 % de notre production d’énergie. À l’évidence, la réduction à la source, ce n’est pas notre fort ! 

C’est pourquoi j’adhère aux objectifs ambitieux affichés par le gouvernement dans le cadre de la Commission sur les enjeux énergétiques du Québec. Rappelons qu’il entend faire de l’efficacité énergétique l’un des piliers de la transition énergétique et qu’il veut réduire de 25 % (par rapport au niveau de 1990) les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020. 

En ce qui concerne le cadre bâti, des mesures draconiennes s’imposent, car les résultats laissent à désirer. Par exemple, entre 1990 et 2009, la consommation du secteur commercial et institutionnel a augmenté de 43 %, selon le document de consultation rendu public par le gouvernement. L’augmentation de 33 % de la superficie des bâtiments est en partie en cause. Par ailleurs, le mazout et le gaz représentent encore plus de 50 % de l’énergie consommée dans le secteur. Au-delà de quelques expériences médiatisées, l’efficacité énergétique n’a pas mobilisé les propriétaires ou les locataires.

On se demande donc pourquoi les tentatives pour resserrer la réglementation sont si frileuses. Je disais que certains atouts peuvent devenir des faiblesses. Certains de nos traits culturels – comme la recherche constante de consensus et la peur de déplaire – nous paralysent aussi parfois collectivement. En ce qui concerne la qualité du cadre bâti, nous préférons y aller progressivement et ne rien imposer. Le dossier de l’efficacité énergétique montre les limites de cette approche.

Il faut rester ferme devant ceux qui nient les défis, qui demandent systématiquement des assouplissements, qui ne croient pas à l’imposition de normes pour faire avancer le bâtiment ou, pire, qui estiment que le Québec n’en a pas les moyens. Rappelons que le coût de l’inaction est bien supérieur. En ce qui concerne l’efficacité énergétique des grands bâtiments, les normes n’ont pas évolué depuis 1983 ! Nous étions alors des pionniers en la matière, mais c’est loin d’être le cas aujourd’hui.

L’OAQ a déposé un mémoire dans le cadre de la consultation destinée à recueillir des commentaires et des idées en vue de la rédaction de la future politique énergétique du Québec. Je vous invite à le lire. Il contient des recommandations concrètes, visant notamment à généraliser les bâtiments écoénergétiques.

Les architectes doivent se mobiliser. Ils doivent résolument innover et se positionner comme des experts en matière d’efficacité énergétique. Après tout, ils sont aux premières loges.