Esquisses, vol. 24, no 4, hiver 2013-2014

AilleursLe temps des faîtes

Des bâtiments en bois lamellé-croisé de 8 à 10 étages poussent un peu partout sur la planète, mais ce n’est qu’une question de temps avant que de plus hauts spécimens ne se pointent. Tour d’horizon.

Martine Roux 

Au moment d’écrire ces lignes, le plus haut bâtiment de la planète comportant une structure entièrement faite de bois est situé à Londres : il s’agit du Stadthaus, un immeuble résidentiel de 9 étages atteignant 34 m (Waugh Thistleton Architects).

Mais la compétition est féroce, et comme dans toute bonne course au record à la sauce Guinness, diverses données sont mises à contribution. Ainsi, la tour Forté Living de Melbourne, en Australie (Lend Lease) – qui accueille 23 appartements et quelques commerces au rez-de-chaussée – revendique le même statut : elle mesure « seulement » 32 m, mais – taratata ! – s’élève à 10 étages.

Bref, autant comparer des pommes et des oranges. Pour ne rien arranger, une ancienne bicoque rafistolée par des architectes du dimanche à Arkhangelsk, en Russie, a longtemps brouillé les cartes : du haut de ses 13 étages bringuebalants, elle prétendait elle aussi au titre de plus grande tour de bois au monde.

Qu’à cela ne tienne : le « vrai » champion de la catégorie bois en hauteur sera peut-être québécois. En novembre, l’arrondissement de La Cité-Limoilou, à Québec, annonçait en effet la construction d’un édifice de 10 étages à structure en bois dans le futur écoquartier de Pointe-aux-Lièvres. « Une première mondiale », claironnait le coloré maire de Québec en conférence de presse, car l’immeuble de condominiums doit atteindre la hauteur respectable de 38 m. Évidemment, il devra d’abord recevoir l’aval de la Régie du bâtiment pour déployer son squelette de bois d’ingénierie à une telle altitude, ce que le promoteur – une société en commandite formée notamment par Nordic Structures Bois et par l’architecte Yvan Blouin – est confiant d’obtenir.

Sur papier, toutefois, le « plusse » haut immeuble en bois du monde aurait dû naître dans les prochains mois à Kirkenes, en Norvège, soit au nord du cercle polaire. Hauteur projetée : 17 étages, un exploit ! Au grand dam des architectes de l’agence de Reiulf Ramstad, le projet est malheureusement sur la glace, vu un changement de garde sur l’échiquier politique. Le bâtiment devait accueillir les bureaux des autorités régionales locales.

À Stockholm, en Suède, les architectes Berg et C.F. Moller planchent quant à eux sur un projet d’immeuble résidentiel de 34 étages composé de panneaux de bois lamellé-croisé reposant sur un socle de béton. S’il se concrétise, il devrait voir le jour au début des années 2020.

On l’aura compris : pour l’heure, le photo-finish se joue à quelques mètres près, mais ce n’est qu’une question de temps avant qu’on change de gabarit. Plusieurs architectes ébauchent des projets de bâtiments à la structure de bois de 20, voire 30 étages, quitte à amalgamer le noble matériau à du béton ou de l’acier. Car même marié, le bois d’ingénierie présente une indéniable qualité sur le plan du développement durable : la lutte aux changements climatiques par la réduction de l’émission de gaz à effet de serre. En ce 21e siècle, aussi bien dire une urgence.

 

D’autres hauts bâtiments en bois lamellé-croisé

Life Cycle Tower, Dornbirm, Autriche (Hermann Kaufmann ZT GmbH) : 8 étages (avec béton)

H8, Bad Aibling, Allemagne (Schankula Architeckten) : 8 étages.

Photo: Stadthaus, Londres, Waugh Thistleton Architects. 
Crédit: Will Pryce