Esquisses, vol. 24, no 4, hiver 2013-2014

FormationCôté cours

Loggias Bourgeoys<br \>Jérémia Gendron architecte<br \>Photo: Amélie Clouâtre

La Charte du bois du Québec prévoit un plan de formation à l’intention des architectes et des ingénieurs. Comment s’articulera-t-il concrètement ? 

Rémi Leroux

En janvier 2013, une vingtaine d’architectes et d’ingénieurs québécois ont participé à un voyage de formation en France sur l’usage du bois dans la construction. Un classique signé Université du Québec à Chicoutimi, qui organise régulièrement ces séjours dans l’objectif de renforcer l’expertise sur le bois au Québec.

Voilà qui tombe pile dans les objectifs de la nouvelle Charte du bois, qui vise précisément à accroître l’offre de formation sur le bois et sur son utilisation dans les structures. 

En 2012, le rapport du Groupe de travail visant à favoriser une utilisation accrue du bois dans la construction, présidé par Léopold Beaulieu et dès lors surnommé rapport Beaulieu, préconisait d’ailleurs que « les directions de programmes de génie civil des universités rendent obligatoires et offrent sur une base régulière aux étudiants en génie civil un cours de base sur les structures de bois, de même qu’une série de cours plus avancés ». 

Malgré cette bonne volonté, les futurs ingénieurs et architectes sont-ils au fait des dernières avancées de l’industrie ? Seront-ils prêts, demain, à concevoir et à bâtir un projet en bois ? 

« Ce dont nous avons besoin au Québec aujourd’hui, avance Richard Desjardins, directeur du programme de production de bois d’ingénierie chez FPInnovations, ce sont d’acteurs qui campent bien leur rôle respectif. Que le normatif adopte et diffuse la réglementation, que l’industrie produise les matériaux, que les architectes les utilisent, que les organismes de transfert technologique ou de soutien en assurent la promotion et que les collèges et universités forment adéquatement leurs étudiants. » Une synergie, quoi. 

Le 2-22, Sainte-Catherine Est, Montréal, Aedifica et Gilles Huot architectes<br \>Photo: Stéphane Brügger

Fondamentale recherche

En réalité, depuis plusieurs années, les universités québécoises et certains organismes comme Cecobois mettent de l’avant plusieurs des principes échafaudés par la Charte du bois, dont la recherche et l’innovation. 

À titre d’exemple, les universités Laval et McGill sont membres du réseau Forest Innovation by Research and Education (FIBRE). Créé en 2011, ce regroupement a pour but « de développer des produits permettant de revitaliser l’industrie du bois et de former une nouvelle génération de chercheurs dans le domaine forestier », précise son porte-parole, Theo van de Ven, professeur à l’Université McGill. Il réunit huit réseaux universitaires de recherche et de développement financés par le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada. Les universités Laval et McGill y participent par l’entremise du réseau ForêtValeur pour l’une, et du Réseau sur les fibres vertes pour la seconde.

 

Écoconstruction

Pour sa part, l’Université Laval a créé cet été la Chaire industrielle de recherche sur la construction écoresponsable en bois, un prolongement de la Chaire industrielle sur les bois d’ingénierie structuraux et d’apparence. Objectif : renforcer le rôle du bois dans le bâtiment durable en démontrant scientifiquement sa valeur et ses vertus écologiques. Le programme d’enseignement sera ouvert aux différentes professions, ce qui va dans le sens des recommandations du rapport Beaulieu de 2012. 

À l’École d’architecture de l’Université de Montréal, certains programmes abordent désormais la construction en bois. L’architecte Daniel Pearl y enseigne les techniques de construction résidentielle des bâtiments de plus de six étages en bois. « C’est un cours assez récent, précise-t-il. Il y a quelques années à peine, son contenu était trop éloigné de la réalité. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. » De son côté, l’École de technologie supérieure de Montréal dispense un enseignement sur les structures en bois et les fausses charpentes à ses futurs ingénieurs.

 

Sans frontières

Parallèlement au réseau universitaire, des organismes comme Cecobois proposent des séances de formation continue aux professionnels soucieux de mettre leurs connaissances à jour. Le sujet semble populaire : en octobre, un séminaire sur les bâtiments de moyenne hauteur en bois organisé à Montréal affichait complet plusieurs semaines à l’avance. 

Ailleurs au Canada, les acteurs de la filière bois déploient eux aussi des antennes en Europe et aux États-Unis. Début 2013, une collaboration entre FPInnovations, l’American Wood Council et plusieurs autres partenaires américains a permis d’élaborer un manuel des applications du bois lamellé-croisé aux États-Unis. Cette publication, qui complète une brochette d’outils mis à la disposition des professionnels concernés, confirme que la construction en bois n’a pas de frontières.