Esquisses, vol. 24, no 4, hiver 2013-2014

Martine Ouellet aux architectes« Impliquez-vous! »

Stade Telus de l'Université Laval, ABCP et Coarchitecture <br \>Photo: Stéphane Groleau

La promotion de l’utilisation du bois en construction, une promesse électorale du Parti québécois, s’incarne maintenant dans une Charte du bois. La ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, explique comment la démarche placera ce matériau à égalité avec l’acier et le béton.

Hélène Lefranc

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour les architectes, quels sont les changements apportés par la Charte du bois ?

Même si le Québec est un pays de forêts, il est assez surprenant de voir à quel point on construit peu avec le bois. Nous voulions que le « réflexe bois » soit aussi présent que le réflexe acier ou béton pour l’ensemble des spécialistes, en particulier pour les architectes. 

Il s’agit d’un changement de culture. La première mesure de la Charte, c’est ce qu’on appelle le leadership gouvernemental. Pour chaque édifice financé en tout ou en partie par l’État, on exige que le bois soit envisagé et que l’on compare les émissions de gaz à effet de serre avec celles des autres matériaux. Une grande partie de la réalisation de cette mesure passe par la Société immobilière du Québec. Pour le reste, chacun des ministères ajoutera dans ses conditions d’aide financière que la solution bois doit être évaluée. 

Ainsi, les architectes, les ingénieurs et les techniciens devront développer pour le bois les mêmes habiletés de calcul qu’ils ont déjà pour l’acier ou le béton. Nous espérons que, par la suite, ce réflexe se transférera à tous les projets privés.

 

D’où est venue l’initiative de la Charte ?

Elle a été lancée par le ministère des Ressources naturelles, mais elle réunit plusieurs ministères. Par exemple, le Conseil du Trésor est impliqué, car il supervise la Société immobilière du Québec, tandis que le ministère du Travail est concerné dans la mesure où il est chargé de faire appliquer le Code du bâtiment. À cet effet, il faut dire qu’une autre mesure prévoit que les immeubles de cinq et six étages pourront être construits en bois sans qu’il soit nécessaire de passer par les mesures d’exception de la Régie du bâtiment (RBQ), une démarche tellement complexe qu’elle décourageait les promoteurs. Pour faciliter la mise en œuvre de ces projets, la RBQ a récemment publié un guide, soit une mesure de transition en attendant les modifications au Code, prévues en 2014.

 

La Colombie-Britannique permettait la construction de bâtiments en bois de cinq et six étages depuis 2009. En quoi le Québec se distingue-t-il ?

À l’heure où l’on cherche à densifier le tissu urbain, souvent en montant les bâtiments à cinq ou six étages, il faut pouvoir utiliser le bois. Pour les entrepreneurs, c’était jusqu’ici trop compliqué. Désormais, ils peuvent le faire plus facilement, bien que certaines règles s’appliquent.

L’aspect novateur vient du leadership gouvernemental. Comme je le disais, l’utilisation du bois devra être systématiquement évaluée dans tous les projets financés par l’État, qu’il s’agisse de stades de soccer, d’édifices gouvernementaux ou de bureaux. Ça couvre beaucoup de projets et ça fait toute une différence ! 

Certaines entreprises québécoises – comme Chantiers Chibougamau, Barrette-Chapais et plusieurs autres scieries – ont développé des produits à valeur ajoutée grâce à la deuxième ou à la troisième transformation. Mais si on veut que leur démarche soit viable, il faut que le marché utilise leurs produits. Pour nous, c’était important d’agir en ce sens. Cela va créer des emplois partout au Québec.

J’ai visité différentes constructions en bois. Le stade Chauveau, par exemple, affiche des poutres en bois apparentes qui en font un bâtiment magnifique. Le bois présente aussi l’avantage de se marier harmonieusement au verre et à l’acier. Je trouve que le bois est un matériau qui donne une âme aux bâtiments. Ça nous ressemble beaucoup, c’est un matériau qui fait écho à l’identité québécoise.

 

Vous ne l’opposez donc pas aux autres matériaux ?

Pas du tout ! Même si le gouvernement veut que le bois soit systématiquement envisagé, la décision ultime appartiendra toujours au promoteur et au concepteur. Il faut simplement que l’option du bois soit quantifiée sur le plan des coûts et des émissions de gaz à effet de serre afin que le choix se fasse en toute connaissance de cause. Souvent, cette solution n’est même pas examinée, soit parce que le concepteur n’est pas habitué à travailler avec ce matériau, soit parce que le bois d’ingénierie est méconnu, etc. Nous voulons que cela devienne une habitude. Je veux encourager les architectes, tant ceux qui pratiquent que ceux qui enseignent, ainsi que leurs étudiants, à développer le « réflexe bois », tout autant qu’ils ont le réflexe de recourir à l’acier ou au béton.

 

L’adoption des modifications au Code est-elle une priorité pour le gouvernement ?

Ça va de soi. Si ce gouvernement a adopté la Charte du bois, c’est qu’il y croit ! Nous avons reçu beaucoup d’échos positifs, tant de l’industrie de la construction que du milieu forestier. Le fait qu’on en parle, c’est comme si ça donnait un petit coup de pouce supplémentaire à ceux qui avaient déjà le goût de faire ces projets, tels que les promoteurs de District 03, un bâtiment de six étages en construction à Québec. L’engouement pour le bois se développera avec le temps. Il est certain qu’on va demeurer à l’écoute des propositions et initiatives pour faire avancer la construction en bois au Québec.

 

Avez-vous un message à livrer aux architectes, cinq mois après la présentation de la Charte ?

J’aurais le goût de leur dire de s’impliquer et de devenir eux-mêmes des agents de changement et des promoteurs du bois, lorsque son usage s’applique. En plus d’être complémentaire aux autres matériaux présents sur le marché, il est transformé au Québec. C’est un beau moteur de la fierté du Québec !

 

 

Bâtiment d'accueil du Parc national du Lac-Témiscouata, Charron Architecte<br \>Photo: Stéphane Groleau

En attendant la révision du Code de construction

La Régie du bâtiment du Québec (RBQ) a émis des directives permettant la construction d’habitations en bois d’au plus six étages sans passer par des demandes de mesures équivalentes. Complétées par un guide explicatif, ces directives se déclinent en 25 points, dont les suivants :

• Elles s’appliquent à un bâtiment dont le seul usage est l’habitation, à l’exception des résidences privées pour aînés (au sens de la Loi sur les services de santé et les services sociaux)
• Aucun des planchers ne doit être à plus de 18 m du sol et le point le plus haut de la toiture ne peut être à plus de 25 m
• La superficie du bâtiment ne peut dépasser 1440 m2 pour 5 étages et 1200 m2 pour 6 étages
• La ventilation doit être conçue pour que le taux d’humidité puisse être géré dans chaque logement
• Les toits verts ne sont pas permis

Par ailleurs, plusieurs exigences concernent le risque d’incendie. En voici quelques-unes.

• Un quart du périmètre de l’édifice doit être à moins de 15 m d’une rue
• La voie d’accès pour le service de sécurité incendie doit être à moins de 2 m du premier étage
• Les planchers, tout comme le toit, doivent former une séparation coupe-feu ayant un degré de résistance au feu d’au moins une heure
• S’il s’agit d’un bâtiment à ossature légère, le système de gicleurs doit être installé selon les critères du chapitre 11 de la norme NFPA 13 pour un « risque ordinaire groupe 1 » au lieu du « risque faible » habituel pour l’usage résidentiel
• Les vides de construction des planchers doivent être remplis d’isolants incombustibles
• Le bâtiment ne doit pas contenir de foyer nécessitant une cheminée 

Dès la planification du projet, le service de sécurité incendie et la municipalité doivent être consultés, car ils peuvent avoir des exigences supplémentaires. Rappelons aussi qu’un formulaire doit être rempli auprès de la RBQ.

 

 

Guide de construction d’habitations en bois de 5 ou 6 étages

Ce guide, publié en complément des directives, vise à favoriser « l’utilisation du bois en tant que matériau différent » et à inciter concepteurs et constructeurs à l’utiliser. Les constructions visées sont les suivantes :

– Ossature légère en bois de type plate-forme

– Poutres et colonnes en gros bois d’œuvre, bois d’ingénierie structural et bois lamellé-collé

– Bois lamellé-croisé

– Hybride (bois/acier/béton) ou une combinaison des systèmes précédents

Pour plus d’information, consultez le site de la RBQ