Esquisses, vol. 26, no 1, printemps 2015

ÉditorialRevisiter les standards

Nathalie Dion, présidente, Ordre des architectes

À force d’entendre parler de certifications environnementales des bâtiments, on oublie parfois qu’elles sont jeunes. L’Allemagne a érigé ses premières Passive House en 1990, année où BREEAM voyait le jour en Grande-Bretagne. Au Québec, Novoclimat date seulement de 1999 et LEED a débarqué en 2002. Dans un contexte où l’impact environnemental du cadre bâti doit être amélioré, on ne saurait se passer des certifications. Elles servent de guide, donnent un but et permettent de reconnaître les efforts fournis.

Il faut cependant garder un esprit critique. Les certifications posent problème quand elles ne sont pas localement adaptées aux codes existants, au climat, aux techniques ou aux matériaux. Pensons simplement à l’isolation : on ne peut lui accorder la même importance en Californie et au Québec. À cet égard, le lancement récent de la quatrième version de LEED, qui corrige plusieurs failles, est une bonne nouvelle.

Saluons aussi l’arrivée des normes Passive House et Haute qualité environnementale (HQE) au Québec. En effet, dans tout marché, et le monde des « labels verts » en est un, il est préférable d’éviter les situations de monopole. Or, à entendre les concepteurs, propriétaires et constructeurs de bâtiments LEED crier sur les toits leur exemplarité et à voir cette marque s’imposer dans les appels d’offres, on a tendance à oublier que la pensée unique n’est jamais une bonne chose, encore moins en construction.

La prochaine étape serait de prendre du recul par rapport aux bâtiments certifiés. Nous devons connaître leur performance réelle sur la durée. Les données recueillies doivent non seulement permettre d’évaluer les choix faits par les concepteurs et l’efficacité des innovations, mais aussi de comparer les différentes certifications. Jusqu’ici, les résultats concrets n’étaient pas mesurés. C’est en train de changer.

Nous devons en effet garder en tête que l’objectif n’est pas d’obtenir des certifications, mais bien d’en arriver à un cadre bâti de meilleure qualité, respectant mieux nos ressources. N’est-il pas déconcertant que  28 à 35 % des bâtiments certifiés utilisent plus d’énergie que des bâtiments conventionnels comparables, selon une première étude sur le sujet?  D’où l’importance de partager l’information, y compris les échecs. Car c’est en apprenant les uns des autres que nous progresserons collectivement.

Une conséquence positive des certifications est d’ailleurs qu’elles obligent les architectes à travailler en équipe, de même qu’en collaboration avec d’autres professionnels et acteurs de l’industrie du bâtiment. En effet, dans un projet de construction durable, les actions de chacun sont particulièrement  interreliées.

Il faudrait sans doute rappeler cet état de fait au ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles et à celui du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques. En effet, le Plan d’action sur les changements climatiques, la Stratégie gouvernementale de développement durable et la Politique énergétique devraient être harmonisés. Or, on a souvent l’impression qu’ils sont élaborés et mis en œuvre isolément et qu’en plus les décisions politiques sont prises à la pièce, en complet décalage avec nos grandes intentions en tant que société.

J’en arrive à la consultation gouvernementale en cours sur la Politique énergétique du Québec 2016-2025 : non seulement celle-ci a-t-elle été lancée dans l’urgence, sans transparence, mais elle reprend la démarche de grande ampleur qui avait eu lieu un an avant. Aux yeux de l’actuel gouvernement, il semble que les commissaires penchaient trop pour la transition énergétique et pas assez pour l’exploitation des énergies fossiles.

Pour sa part, l’Ordre réitère que la transition énergétique est inévitable, que plus tôt on s’y mettra, moins se sera difficile, et que le milieu de la construction a un rôle à y jouer. Les concepteurs ont les compétences et la motivation nécessaires pour construire des édifices plus efficaces, comme le montre l’engouement pour les bâtiments verts. Mais ces derniers ne représentent qu’une infime portion des constructions nouvelles ou rénovées chaque année.

Il n’y a pas 36 solutions si l’on vise l’excellence à grande échelle : il faut des normes de base plus contraignantes. Or, en matière de réglementation, le Québec accuse du retard par rapport aux territoires auxquels il peut  se comparer sur le plan du climat et du développement. La future Politique énergétique doit nous permettre de prendre l’engagement ferme d’améliorer le bilan énergétique de notre cadre bâti, donc de rehausser sans délai les exigences du Code de construction. Les bâtiments verts ne doivent plus être l’exception, mais la règle.