Esquisses, vol. 26, no 1, printemps 2015

Compte rendu de rechercheLes bâtiments verts sont-ils meilleurs?

La qualité de l’environnement intérieur et l’efficacité énergétique des bâtiments verts sont généralement supérieures à celles de bâtiments courants comparables. C’est ce que démontre une étude approfondie portant sur l’évaluation des immeubles de bureaux écologiques une fois les occupants installés.

Guy R. Newsham, Benjamin J. Birt, Chantal Arsenault, Alexandra J. L. Thompson, Jennifer A. Veitch, Sandra Mancini, Anca D. Galasiu, Bradford N. Gover, Iain A. Macdonald, Gregory J. Burns 

Cet article a d’abord été publié en anglais dans le numéro GBD-Q0413 du Canadian Journal of Green Building & Design. La présente version française est une adaptation d’Esquisses.

 

Le nombre de bâtiments dotés de certifications écologiques augmente rapidement, et de plus en plus d’États, de provinces ou de municipalités exigent qu’on intègre des caractéristiques écologiques aux nouvelles constructions. Dans la plupart des cas, toutefois, la performance écologique de ces bâtiments est évaluée au moment de leur conception, et il y a peu de suivi pour déterminer si elle répond toujours aux attentes initiales après l’emménagement. Même si on recense de nombreuses études de cas sur ces bâtiments, celles-ci se limitent à de petits échantillons et ont une portée restreinte. Face à cette absence de données objectives, le Conseil national de recherches Canada (CNRC) a lancé une étude sur le terrain pour recueillir un vaste ensemble de données. La taille de l’échantillon et l’éventail des mesures pris en compte dans cette recherche étaient sans précédent. Elle visait à comparer directement des bâtiments verts et des bâtiments courants – par ailleurs semblables – sur les deux aspects sans doute les plus importants de la performance écologique : la qualité de l’environnement intérieur et l’efficacité énergétique.

 

 

La qualité de l’environnement intérieur

L’étude de terrain sur la qualité de l’environnement intérieur a été réalisée en 2010-2011. Les chercheurs du CNRC ont apparié des bâtiments aussi semblables que possible à divers égards (taille et âge, zone climatique, type d’employeurs et travail exercé par les occupants), mais dont l’un était vert et l’autre pas. Cette méthode permettait d’assurer que les différences mesurées seraient attribuables aux caractéristiques écologiques des bâtiments et non à d’autres facteurs. Les 24 bâtiments choisis pour l’étude (associés en 12 paires) étaient tous des immeubles de bureaux situés au Canada et dans le nord des États-Unis, dont les usagers étaient des employés des secteurs privé et public. La taille des bâtiments, construits entre 1956 et 2009, variait entre 1300 et 38 500 m2. Parmi les bâtiments verts, la majorité avait obtenu une certification LEED ou était en voie de l’obtenir, alors que les autres avaient obtenu un autre type de certification. Fait à noter, les bâtiments verts n’étaient pas tous récents, certains étant des constructions existantes ayant été rénovées.

Des mesures physiques ont été effectuées in situ au moyen d’un appareil mobile conçu expressément et doté de capteurs intégrés, familièrement appelé le « chariot NICE » (pour National Research Council Indoor Climate Evaluator). Ce chariot prenait un « instantané » des conditions environnementales dans des postes de travail représentatifs sur une période de 10 à 15 minutes pendant les heures normales de travail. On mesurait ainsi la température, la vitesse de l’air, l’humidité relative, la concentration de dioxyde de carbone, la concentration de particules respirables, l’exposition à la lumière et l’acoustique. En tout, 974 mesures ont été prises dans les 24 bâtiments. Un chercheur consignait aussi manuellement plusieurs autres caractéristiques du poste de travail. Une entrevue structurée avec le gestionnaire ou l’exploitant du bâtiment permettait ensuite de recueillir des données supplémentaires.

Tous les occupants des bâtiments à l’étude ont également été invités à remplir un questionnaire en ligne confidentiel. On y évaluait des aspects sur lesquels les bâtiments verts sont censés avoir une incidence, tels que la satisfaction à l’égard de l’environnement, la satisfaction au travail, l’engagement envers l’organisation, la santé et le bien-être, les attitudes face à l’environnement et les moyens de transport utilisés pour se rendre au travail. En tout, 2545 occupants ont répondu au questionnaire. ‘

Pour établir la performance générale d’un bâtiment, on s’est appuyé sur la valeur moyenne des mesures individuelles prises grâce au chariot ou au questionnaire. À l’aide de méthodes statistiques rigoureuses, on a ensuite comparé les bâtiments appariés en fonction de chacun des paramètres mesurés.

De façon générale, les conditions d’environnement intérieur de tous les bâtiments se situaient dans les limites des pratiques recommandées pour les mesures physiques et étaient jugées satisfaisantes par les occupants d’après les réponses au questionnaire (sauf en ce qui a trait à la confidentialité des conversations). De nombreux résultats ne révélaient pas d’écart statistiquement significatif entre les bâtiments verts et les bâtiments courants. Lorsqu’on observait des différences statistiquement significatives, les bâtiments verts, à une exception près, affichaient une performance supérieure. Cette tendance suggère que, dans l’ensemble, les bâtiments verts offrent effectivement un environnement intérieur de meilleure qualité. Toutefois, cela n’est pas nécessairement vrai pour chaque bâtiment vert pris individuellement. Le tableau ci-contre résume les différences significatives.

Efficacité énergétique

Le CNRC a aussi effectué une nouvelle analyse de données recueillies, et généreusement partagées, par le New Buildings Institute et l’US Green Buildings Council sur la consommation d’énergie après emménagement de 100 bâtiments LEED commerciaux et institutionnels d’Amérique du Nord sur une période d’un an. Là encore, on a employé la méthode d’appariement des bâtiments : on s’est appuyé sur des données sur la consommation d’énergie dans des bâtiments par ailleurs semblables provenant de la base de données du Commercial Buildings Energy Consumption Survey (CBECS).

En moyenne, les bâtiments LEED utilisaient de 18 à 39 % moins d’énergie par surface de plancher que les bâtiments courants. Toutefois, 28 à 35 % des bâtiments certifiés LEED utilisaient plus d’énergie que les bâtiments courants. Enfin, la corrélation entre la performance énergétique mesurée des bâtiments LEED et le nombre de crédits « énergie » obtenus à l’étape de la conception était faible.

 

Un rendement perfectible

La performance supérieure des bâtiments verts est une bonne nouvelle, puisqu’on en encourage de plus en plus la construction. Toutefois, il y a encore place à l’amélioration. Ainsi, les bâtiments verts ne répondent probablement pas tous aux attentes des propriétaires en matière de performance, ce qui pourrait ralentir le mouvement d’écologisation du bâtiment. Malgré le large éventail de données recueillies, celles-ci n’ont pas permis d’analyser en profondeur les raisons de la sous-performance observée.

Ajoutons que ces données ont été obtenues à partir d’un échantillon relativement restreint de bâtiments et s’appuient sur un ensemble de critères de performance qui, bien que vaste, n’est pas encore exhaustif. De plus, beaucoup de propriétaires ou d’exploitants de bâtiments participaient sur une base volontaire, et les bâtiments verts et rénovés n’étaient exploités que depuis peu. Il faudra certainement poursuivre les recherches pour approfondir ces résultats et en dégager des conclusions plus définitives. À ce jour, cette recherche constitue néanmoins l’étude la plus complète et la plus valable sur le plan scientifique pour déterminer dans quelle mesure les bâtiments verts répondent aux attentes. Si les résultats sont généralement encourageants, certains aspects des bâtiments verts doivent encore être améliorés, et certaines prétentions validées, ce qui ne devrait pas étonner les défenseurs de la construction écologique. Dans ce contexte, une étude comme celle-ci est une étape nécessaire pour bonifier les constructions écologiques. 

 

Pour en savoir plus

Des publications plus détaillées sur les résultats de cette étude sont accessibles  sur le site du CNRC. 

Rapport final sur l’environnement intérieur
Analyse énergétique (en anglais seulement)

Les lecteurs peuvent adresser leurs questions à Chantal Arsenault, agente technique, construction, CNRC : Chantal.Arsenault@nrc-cnrc.gc.ca

 

En-tête : Maison symphonique de Montréal (LEED Certifié), Diamond Schmitt Architects et Ædifica architectes. Photo : Tom Abran