Esquisses, vol. 26, no 1, printemps 2015

LEED v4Élever la barre

La certification LEED en est à sa quatrième version, lancée en juin 2014. Le temps dira si cette nouvelle grille saura rallier les détracteurs du sceau environnemental le plus populaire en Amérique du Nord. En attendant, coup d’œil aux changements apportés.

Éric Grenier

 

Certaines marques ont plus d’aura que d’autres, y compris dans le domaine des certifications environnementales de bâtiments. C’est le cas de LEED, qui n’a pourtant pas été épargnée par les critiques depuis sa création, en 1998.

Or, depuis les derniers mois, les organismes qui régissent LEED, le US Green Building Council en tête, présentent aux architectes, constructeurs et gestionnaires immobiliers une toute nouvelle version de la certification, dite v4. Au Québec, le Conseil du bâtiment durable du Canada (CBDCa) a tenu une séance de formation en février. Cela dit, « la version 3, appelée aussi LEED 2009, demeure en vigueur jusqu’en octobre 2016 », précise Bruno Demers, directeur Éducation et recherche, à la Section du Québec du CBDCa.

LEED s’est imposée en très peu de temps comme la référence internationale. Présente dans 130 pays, elle a cautionné plus d’un million de projets – des bâtiments industriels, commerciaux, résidentiels, voire des quartiers entiers et certains aménagements publics. Elle vise non seulement les nouvelles constructions, mais aussi la rénovation ainsi que l’exploitation et l’entretien de bâtiments existants.

Le principe qui a fait son succès est fort simple : une grille de pointage évalue dans quelle mesure l’empreinte écologique d’un bâtiment est réduite. La consommation d’eau, d’énergie et de matériaux est prise en compte, de même que la protection de la santé des occupants, ce qui inclut l’ergonomie. Selon le pointage obtenu, le bâtiment obtient la cote LEED Certifié, Argent, Or ou Platine. ‘

Mais comme tout ce qui gagne rapidement en popularité, LEED a ses détracteurs. Certains architectes et environnementalistes lui ont souvent reproché de manquer de considération pour le cycle de vie des matériaux et du bâtiment et de mal s’adapter aux situations particulières : par exemple, un hôpital pouvait se voir refuser des points s’il était dépourvu de moquette ! Et, jusqu’à récemment, le système accordait plus d’importance à l’utilisation optimale de l’eau qu’à l’isolation, ce qui frise l’impertinence au Québec.

« Des critiques, il y en a des tonnes, mais elles s’adressent moins au système qu’aux équipes de projet et à l’utilisation détournée qu’elles en font », affirme sans hésitation Bruno Demers. Il cite le fait d’employer une toiture blanche pour un bâtiment en Arctique afin d’obtenir des points supplémentaires, « alors qu’une toiture foncée augmenterait le chauffage passif et l’efficacité du bâtiment » !

780, Brewster, Montréal (certifié LEED Argent), Lemay. Photo : Claude-Simon Langlois

Approche presque holistique

Avec sa version 4, LEED pourrait couper court à ces griefs. Ainsi, puisque les changements climatiques constituent désormais le groupe de critères le plus important, les économies d’énergie et les faibles émissions de carbone des bâtiments, donc l’isolation, seront mieux pris en compte.

De plus, la grille valorise davantage le soin apporté au choix de l’emplacement. Par exemple, un centre de distribution obtiendra des points s’il est situé dans un quartier industriel plutôt qu’aux abords de résidences ou de milieux naturels. En outre, un crédit supplémentaire sera accordé pour les projets érigés en terrains présentant des contraintes de construction importantes, comme des sols contaminés.

Pour Maryanne Cliche, conseillère en développement durable à l’Association de la construction du Québec, un regroupement d’entrepreneurs en construction de grands bâtiments, cette mouture de LEED constitue en soi une petite révolution. « La logique est dorénavant inversée; le cadre bâti pourra devenir un élément positif pour la société, en ayant des effets concrets sur le milieu auquel il est intégré. »

En d’autres termes, les immeubles ne doivent  plus seulement être empêchés de nuire à l’environnement, ils doivent l’améliorer en plus de bonifier la qualité de vie de leur voisinage élargi : atténuer les effets des changements climatiques, assurer la santé humaine, protéger les ressources en eau, favoriser la biodiversité, enrichir l’économie et la collectivité, etc. ‘

Selon Bruno Demers, les responsables de la certification, comme le CBDCa et l’organisation mère de LEED, le US Green Building Council, ne cherchaient pas tant à répondre aux détracteurs de LEED, mais plutôt à en hausser les exigences. « La nouvelle version a été conçue pour élever la barre des pratiques, en se basant sur les avancées du secteur du bâtiment durable. »

En plus, bien entendu, d’asseoir un peu plus l’autorité de ce sceau vert dans le lucratif marché du bâtiment durable.
 

Centre de transport Stinson de la Société de transport de Montréal (convoite la certification LEED Or), Lemay. Illustration : Lemay

Nouveaux critères

Parmi les nouveaux critères qui devraient susciter le plus d’enthousiasme, mentionnons ceux reliés au transport, qui prennent maintenant en compte la proximité des transports en commun et la présence d’espaces de stationnement électrifiés.

Autre point de discorde potentiellement réglé : LEED a été adapté à 21 types de bâtiments ou d’aménagements. Ceux-ci auront leurs propres critères, histoire de prendre en compte les spécificités et les objectifs de chacun, hôpitaux (justement !), écoles, usines ou encore centres de données.

Enfin, l’évaluation récompense désormais l’analyse du cycle de vie et le recours à des matériaux faisant l’objet de déclarations environnementales, ce qui apaise certaines préoccupations liées à l’utilisation des ressources.

Pour le moment toutefois, la plupart des universitaires spécialisés en architecture durable refusent de commenter l’arrivée de LEED v4. Daniel Pearl, architecte associé de l’ŒUF, professionnel agréé (PA) LEED et professeur à l’École d’architecture de l’Université de Montréal, croit que c’est à l’usage qu’on saura si les améliorations apportées à la certification porteront vraiment leurs fruits. « Dès que j’aurai une demande pour un projet à concevoir, je pourrai en dire plus », s’est-il contenté de répondre.

Qui bâtira verra, autrement dit.

 

 

Complexe de soccer Chauveau, Québec (certifié LEED Argent), ABCP architecture et coarchitecture. Photo : Stéphane Groleau

 

L’évaluation LEED au Québec

• Offerte depuis : 2002

• Organisme de référence : Conseil  du bâtiment durable du Canada (CBDCa), section du Québec, organisme sans but lucratif

• Évaluateurs au Québec : pour les habitations, un fournisseur de services LEED et un évaluateur énergétique (un inspecteur Novoclimat, par exemple); pour  les autres bâtiments, une firme spécialisée sous contrat avec le CBDCa

• L’évaluation se fait une fois le projet terminé, avec preuve documentaire à l’appui, sauf pour l’habitation, où deux visites sur place sont exigées, dont une avant la pose des panneaux de gypse.

• Coût : autour de 2 % du coût de construction pour la certification de base d’une maison unifamiliale (1 % dans le cas des immeubles); jusqu’à 5 % pour la certification Platine

• Nombre de bâtiments certifiés : plus de 400, dont la Tohu et la Maison symphonique, à Montréal; le magasin JC Perrault, à Laval; le siège social de La Capitale Groupe financier, à Québec

• Nombre de bâtiments en voie de certification : plus de 500, dont le Centre universitaire de santé McGill, à Montréal; l’entrepôt de Sobey’s, à Terrebonne.

 

Les sept ensembles de critères  de LEED v4, par ordre d’importance

1 Changements climatiques

2 Santé humaine

3 Ressources en eau

4 Biodiversité

5 Économie verte

6 Collectivité

7 ressources naturelles

 

 

Quartier général de la Sûreté du Québec à Mascouche (certifié LEED Or), Lemay. Photo : Stéphane Brugger