Esquisses, vol. 26, no 2, été 2015

PNA au DanemarkFaire des petits

L’un des grands objectifs de la politique de l’architecture du Danemark est que les villes du pays adoptent la leur. Elles le font.

Christine Lanthier

Vejle, 110 000 habitants, est la première ville danoise à s’être dotée d’une politique de l’architecture. C’était en 1997, soit 10 ans avant que le Danemark n’adopte la sienne.

« Au début, nous voulions simplement embellir notre ville, se souvient Henrik Stjernholm, architecte à la Ville et initiateur de la politique. Mais par la suite, c’est devenu un moteur de croissance. » En effet. Durant les huit premières années où la politique a été en vigueur, chaque dollar investi par la municipalité dans les infrastructures et les bâtiments publics en a généré trois de la part du secteur privé. Au cours des huit années suivantes, ce ratio est passé à un pour six !

Cette fructueuse politique est en voie d’être renouvelée pour inclure six grands axes : concours d’architecture, intégration des bâtiments au paysage, patrimoine, espaces publics, participation citoyenne et changements climatiques. « Notre vision de la qualité rend notre ville plus attractive pour les citoyens et les investisseurs. »

Modèle à reproduire

Aujourd’hui, Vejle est citée en exemple par le gouvernement danois, qui encourage toutes les municipalités du pays à adopter leur propre politique de l’architecture. Jusqu’à présent, le tiers d’entre elles ont mené à bien l’exercice, « et plusieurs y travaillent », affirme Jesper Dahl, architecte et chef de service au ministère danois de la Culture, qui coordonne la politique de l’architecture à l’échelle nationale.

Les retombées liées à la qualité architecturale ne se mesurent pas qu’en argent sonnant, tient-il à préciser. Ce n’est pas un hasard si la mouture 2014 de la politique de l’architecture du Danemark s’intitule Putting People First (Les gens d’abord). « Elle vise à renseigner les citoyens sur l’architecture afin qu’ils prennent part aux processus de création architecturale et de développement urbain. Au bout du compte, tout le monde bénéficie d’un environnement bâti de qualité. La valeur se traduit aussi sur les plans culturel et humain. » ‘

L’intention d’une telle politique n’est pas de servir l’architecture elle-même, mais bien d’aider la société à relever les défis qui lui sont propres, poursuit Jesper Dahl, en faisant référence au développement durable, à la lutte aux changements climatiques et à l’exode rural. « Notre environnement physique se transforme inévitablement, et l’architecture permet d’assurer la qualité durant ces transitions. » 

Planchodrome de Lemvig (Danemark), eFFeKt.<br \>Photos : Mads Krabbe Fotografi

Soutien aux villes

À l’échelle nationale, la politique a permis de coordonner l’action de différents ministères en ce qui a trait au cadre bâti. Par exemple, le ministère de l’Environnement, celui de la Culture de même que le Centre danois de l’architecture travaillent avec les villes pour améliorer leurs méthodes en matière de participation citoyenne. « Trop souvent, explique l’architecte, cette participation survient quand un projet est déjà à l’étape des esquisses. À ce stade, vous pouvez dire “j’aime” ou “je n’aime pas”, mais votre opinion ne peut pas servir à bonifier le projet. Par contre, si le public est consulté plus tôt, les opinions émises peuvent être prises en compte dans la conception. »

Quant à l’industrie du bâtiment, elle trouve avantageux de fonctionner selon des principes clairement énoncés, assure Jesper Dahl. « Ses représentants insistent sur le fait que les exigences de qualité devraient être les mêmes pour tout le monde. Si vous avez un projet et que vous investissez dans la qualité, vous ne voulez pas que le voisin néglige cet aspect, car cela affecterait la valeur de votre propriété. » Et comme les villes ont chacune leurs particularités, c’est à elles qu’il revient de fixer les exigences pour encadrer leur développement.

Incidemment, la plupart des villes danoises subissent plutôt le contraire du développement, soit la migration de leur population vers les grands centres. « Celles-là aussi doivent se doter d’une stratégie, soutient Jesper Dahl. Lorsqu’il faut faire des choix difficiles, comme regrouper des écoles, il est important de s’assurer que le processus politique est transparent. »

L’Association des architectes danois s’emploie aussi à encourager les villes en ce sens. « Les architectes issus des municipalités peuvent, s’ils le souhaitent, bénéficier du soutien de trois de nos membres “ambassadeurs” dans l’élaboration de leur politique de l’architecture », explique Annette Blegvad, directrice, politiques et relations internationales à l’association. Elle avoue cependant que le processus de conversion des villes est plutôt lent. « Il peut être difficile pour certaines municipalités de voir comment elles pourraient implanter une telle politique et ce qu’elles pourraient en tirer, en particulier si elles ne comptent pas d’architectes parmi leur personnel. Heureusement, mentionne-t-elle en faisant entre autres référence à Vejle, nous avons de bons exemples. »

Même au royaume du design, il reste du chemin à faire.

 

 

Trousse de départ pour une politique de l’architecture municipale

The Wave, immeuble résidentiel, Vejle (Danemark), Henning Larsen Architects.<br \>Photo: Ville de Vejle

Adapté d’une présentation d’Henrik Stjernholm, architecte à la Ville de VEJLE

1. Confiez la réflexion initiale à une personne pendant deux ou trois semaines.

2. Formez un groupe de travail interne à la municipalité.

3. Déterminez ce que la Ville fait bien et pourquoi.

4. Déterminez ce que vous souhaitez, demandez conseil, réseautez.

5. Organisez des voyages d’études pour les employés municipaux et les élus.

6. Soyez attentif à l’acceptabilité politique.

7. Créez un prix d’architecture, une journée de l’architecture.

8. Organisez des débats entre les citoyens, les architectes et les professionnels.

9. Commencez tout de suite. Vous n’en saurez pas davantage demain ou dans un an; vous n’aurez pas plus de ressources.

10. Une politique de l’architecture prend du temps au début. Elle génère de nouveaux défis, mais elle facilite l’administration.