Esquisses, vol. 26, no 2, été 2015

BoumeursQu'adviendra-t-il des maisons des boumeurs?

2033. Voilà une année que les courtiers immobiliers devraient craindre. C’est le moment où, en théorie, ils pourraient se buter à un sérieux manque d’acheteurs pour des centaines de milliers de maisons.

Annick Poitras

Les 2,3 millions de bébé-boumeurs québécois sont nombreux à être propriétaires d’une maison unifamiliale en ville, en banlieue ou dans les villages aux quatre coins de la province. Si on ajoute les chalets et autres maisons de campagne qu’ils possèdent, le marché de l’immobilier pourrait bien être inondé de résidences à vendre lorsque cette génération vieillissante migrera vers des habitations mieux adaptées à ses besoins – logements, condos ou résidences pour aînés.

La question est de savoir quand. « Les aînés déménagent beaucoup dans des logements plus petits à partir de l’âge de 70 ans, note Frédéric F. Payeur, démographe à l’Institut de la statistique du Québec. Mais avec une meilleure santé et une espérance de vie prolongée, une majorité de boumeurs pourraient rester dans leur maison jusqu’à 75 ans. »

Ils auront beau avoir la forme, plusieurs pourraient avoir du mal à joindre les deux bouts, avec l’étiolement des régimes de retraite. Pour ceux-là, planter une pancarte « à vendre » plus tôt que tard s’imposera, car leur maison constituera le principal actif pouvant financer leur « âge d’or ».

 

Vendre pendant qu’il est temps

Alors, le temps venu, y aura-t-il assez d’acheteurs potentiels pour ces centaines de milliers de maisons ? Personne n’a de boule de cristal. Mais à notre demande, le démographe a calculé l’évolution de deux cohortes, celle des 70-74 ans et celle des 30-34 ans, cette dernière constituant le groupe d’acheteurs le plus probable.

Le constat est surprenant. « Entre 2027 et 2037, il y aura justement un creux chez les 30-34 ans au moment où le nombre de personnes âgées de 70-74 ans sera au sommet », explique Frédéric F. Payeur. En 2033, alors que l’effectif de ces boumeurs culminera avec quelque 571 000 personnes, le nombre de jeunes sera à son plus bas, avec à peine 492 000 personnes.

Selon ces projections, les bébé-boumeurs auraient de meilleures perspectives de vente de leur propriété entre 2020 et 2025, soit pendant que le bassin de jeunes en âge de fonder une famille sera à son zénith, avec près de 600 000 personnes, un sommet qui ne sera pas atteint de nouveau avant les années 2050. 

Reste à savoir si les jeunes voudront rénover ces maisons énergivores construites dans la deuxième moitié du
20e siècle.

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Quelle famille ?

L’ère de l’habitation multigénérationnelle se fait encore attendre. Selon une étude menée en 2014 par la Fédération des chambres immobilières du Québec, ce type d’habitations n’a représenté que de 1,5 à 2 % des transactions depuis 2008 dans la province. Et la formule pourrait encore tarder à s’implanter, car les boumeurs ont fait moins d’enfants que leurs prédécesseurs. Par conséquent, les proches aidants seront potentiellement moins nombreux.

 

Photo en-tête: Kurt Bauschardt