Esquisses, vol. 26, no 2, été 2015

Travailler pour des particuliersArchitecte de famille

La clientèle des particuliers représente seulement 7,8 % du revenu des firmes d’architectes au pays, selon Statistique Canada. Cela n’empêche pas quelques passionnés de s’y consacrer.

Hélène Lefranc

Travailler pour un particulier, c’est 60 % de psychologie et 40 % de technique », indique d’emblée Maryse Leduc dont la firme, surtout active dans le résidentiel, compte plus de 200 maisons à son actif. Son but est que ses réalisations suscitent encore un « wow » 10 ans après, d’autant que ses clients les transmettent plus tard à leurs enfants et la considèrent, elle, comme leur architecte à vie.

Un tel projet nécessite parfois jusqu’à 30 rencontres, relate celle qui a fait son doctorat sur les manières d’habiter dans la littérature. « J’ai toujours été attirée par la dimension symbolique et psychologique de l’habitat, les notions d’appropriation et de vécu du lieu, de patrimoine, ainsi que de la santé des occupants. »

L’architecte a souvent repris des projets commencés par des collègues ou des technologues dont les clients se plaignaient de ne pas être écoutés. « Le trip de l’architecte qui veut faire une sculpture et imposer sa vision ne correspond pas forcément aux besoins des gens », remarque-t-elle, en précisant cependant qu’« écouter ne suffit pas. Il faut guider le client et le faire évoluer vers une vision sur 20 ans ».

Dans les discussions, elle ramène donc ses interlocuteurs à l’essentiel : quelle serait la superficie adéquate ? Comment améliorer le partage de l’espace entre les occupants ? Et ainsi de suite. Prendre le temps de faire équipe dès le départ permet d’en gagner ensuite, car l’attention n’est plus dirigée sur des options accessoires. L’architecte peut se concentrer sur le terrain, la lumière naturelle, la fonctionnalité, la fluidité des espaces et la maîtrise du budget, tout en proposant des choix à son client.

Contre-jour, Abercorn, Yiacouvakis Hamelin, architectes<br \>Photo: Francis Pelletier
Contre-jour, Abercorn, Yiacouvakis Hamelin, architectes<br \>Photo: Francis Pelletier

De A à Z

Dans ce champ de pratique, il ne suffit pas d’être psychologue. « Il en manque un bout si on n’est pas aussi designer d’intérieur, car il faut décider, par exemple, du traitement des fenêtres et de la couleur des murs, sans compter qu’on doit parfois dessiner du mobilier et intervenir en architecture de paysage », reprend Maryse Leduc.

Stéphane Rasselet, du bureau naturehumaine, confirme : « On porte tous les chapeaux. On passe à travers tout le processus, depuis l’étude des besoins et la volumétrie jusqu’au suivi de chantier en passant par le choix de la céramique, le dessin de l’escalier, l’éclairage et la sélection des entrepreneurs. » Spécialistes, s’abstenir !


Service de luxe

Dans ce créneau, les honoraires des architectes se chiffrent à environ 10 % du budget de construction, un supplément que tous les particuliers ne peuvent pas se permettre. Stéphane Rasselet en est conscient : « Il faut que les gens aient les moyens et qu’ils soient persuadés que cela va apporter quelque chose. »

Le pourcentage peut paraître élevé, mais il est justifié compte tenu de l’engagement requis, poursuit l’architecte. « Cela entraîne beaucoup de frais de gestion et demande énormément d’énergie, surtout avec le stress en fin de chantier quand il y a des délais et des familles avec de jeunes enfants. Ça devient émotionnel. On travaille avec l’argent des particuliers. Si tu en as 12 comme ça... »

Aujourd’hui, Stéphane Rasselet accepte rarement des contrats pour des projets dont le budget est inférieur à 150 000 $, mais quand naturehumaine a été lancée, les rénovations de cuisine, de salle de bain ou de sous-sol à partir de 50 000 $ étaient bienvenues. Avis aux jeunes architectes : à cette échelle, les firmes établies ne vous feront pas concurrence !

 

Photo en-tête: Contre-jour, Abercorn, Yiacouvakis Hamelin, architectes. Photo: Francis Pelletier