Esquisses, vol. 23, no 1, printemps 2012

PPP20 ans après

Une situation « gagnant-gagnant ». Telle était l’idée des premiers partenariats public-privé (PPP), apparus en 1992 en Grande-Bretagne. Vingt ans et plus de 700 PPP plus tard, les Britanniques en dressent un bilan consternant.

Pris à la gorge par les remboursements de PFI (pour Public Finance Initiave, une forme de PPP), 60 hôpitaux frisent tout simplement la faillite, a averti l’automne dernier le ministre britannique de la Santé, Andrew Lansley. Le constat du gouvernement est clair : le financement d’un projet par le secteur privé coûte deux fois plus cher que par le gouvernement.

Ce constat  ne surprend guère Pierre J. Hamel, professeur-chercheur à l’INRS-UCS et spécialiste de la gestion des services publics. « Des sommes astronomiques sont versées pour le remplacement d’une ampoule ou d’un babillard... En fait, les consortiums [qui ont construit les hôpitaux] prennent des marges considérables pour toute intervention qui n’était initialement pas prévue au contrat. »

Le même sort guette-t-il les infrastructures québécoises construites en PPP ? Fort probablement, croit Pierre J. Hamel, particulièrement dans le cas des hôpitaux.

Le CHUM, illustre-t-il, dont la durée du partenariat a été fixée à 39 ans, n’a pas fait l’objet de réflexions en amont sur son adaptabilité future. « Or, que savions-nous des maladies nosocomiales ou de la micro-informatique il y a 39 ans ? Ce qui est à craindre, c’est que lorsque des aménagements plus conséquents seront nécessaires [à cause de l’évolution démographique, scientifique ou technologique, par exemple], il faille tout refaire et recommencer, à grands frais. »

Ce mode de construction des infrastructures publiques n’est pourtant pas en perte de vitesse, bien au contraire. Rendez-vous dans 20 ans pour un bilan de santé...