Esquisses, vol. 23, no 1, printemps 2012

Table ronde sur l'avenir du Parc olympiqueRencontre au sommet

C’est au sommet de Montréal, dans la tour du stade, qu’a eu lieu, le 8 décembre, le lancement du précédent numéro d’Esquisses. Une table ronde réunissant Marie-Claude Lortie, Martin Houle, Sylvain Lefebvre et André Bourassa a permis d’échanger des réflexions sur l’avenir du Parc olympique.

Hélène Lefranc

« Je ne suis pas une fille de l’est de Montréal, mais ça ne veut pas dire que je ne suis pas attachée au stade olympique, même s’il est étrange, énorme et qu’il a coûté cher. »

Globe-trotter et chroniqueuse à La Presse, Marie-Claude Lortie a lancé le débat sans détour. « Bien que Montréal soit plutôt reconnue pour un style de vie, j’aimerais avoir ma tour Eiffel, un monument qui représente la ville à l’étranger. C’est étonnant d’avoir une construction aussi gigantesque que le stade, avec une tour croche, et de ne pas en tirer davantage de fierté. Pour reprendre confiance, il suffit pourtant de regarder la perspective que l’on a du stade depuis le chemin Camilien-Houde sur le mont Royal. »

Conserver le Parc olympique, mais pour quoi faire? Marie-Claude Lortie n’hésite pas : « Le nouveau stade de soccer [le stade Saputo] n’est pas d’une élégance folle, mais au moins c’est du sport. Le Planétarium et le Biodôme sont encore acceptables. Par contre, la construction du cinéma m’a donné envie de pleurer. Chez plus de gens qu’on ne le croit, il y a encore un feeling rattaché aux Olympiques et les chiffres démontrent un engouement pour le sport. Les compétitions se multiplient. Il doit bien y avoir moyen de faire quelque chose avec l’athlétisme et le sport! En tous les cas, il faut retrouver l’envie de rêver. » La chroniqueuse ose imaginer une piste de ski sur le site, puisqu’il faut miser sur l’originalité et sur l’hiver. Mais le canevas de réflexion idéal serait un concours permettant à des équipes d’architectes de repenser tout le quadrilatère, dit-elle.

Martin Houle est né dans l’ouest de Montréal en 1976, l’année des Jeux olympiques, et habite aujourd’hui à un jet de pierre du fameux quadrilatère. Pour le directeur de Kollectif.net, la revitalisation du Parc olympique n’est pas un projet d’architecte, mais de société. Il faut d’abord commencer par se demander si on veut conserver le stade, dit-il, avouant être déchiré entre nostalgie et prudence. « On nous dit que le stade est payé, mais veut-on payer encore un nouveau toit pour un bâtiment vide? » L’architecte en lui est également inquiet : « Le budget à moyen et à long terme ne peut être chiffré, car le bâtiment est mal adapté à son climat, peu isolé, en plus du toit à changer et des chutes de glace l’hiver. »

Deux dates clés approchent, comme l’a fait remarquer Martin Houle : le 375e anniversaire de la métropole, en 2017, et le 50e anniversaire du stade, en 2026. « Cela nous laisse quelques années pour décider quoi en faire et le célébrer », explique celui qui a organisé une exposition de maquettes du stade au Forum des architectes, en juin dernier, dans l’objectif de susciter la réflexion chez ses pairs.

 

MISER SUR LE SAVOIR-FAIRE EXISTANT

Spécialiste des grands équipements sportifs en milieu urbain, Sylvain Lefebvre, urbaniste et directeur du Groupe de recherche sur les espaces festifs (GREF) de l’UQAM, croit que le Parc olympique souffre du « complexe de Cendrillon » : « Une fois les jeux partis, les équipements persistent et on ne sait qu’en faire. » Il pourrait même s’agir d’une épidémie : Londres a connu les mêmes symptômes et, désormais, dans un souci de prévention, les villes réfléchissent en amont aux « après-Jeux », d’autant plus que les investissements deviennent considérables. « Personnellement, même si c’est compliqué et qu’il est logique de se poser la question, je crois qu’une ville comme Montréal doit conserver ce que j’appelle la Sainte-Trinité, c’est-à-dire le stade, le parc et sa tour. »

Une fois le diagnostic posé, quelle thérapie proposer? La priorité : renverser l’image négative accolée au lieu. Ça tombe bien, puisque la Régie des installations olympiques (RIO) semble animée des mêmes intentions. Selon le chercheur, il faut expliquer à la population que, malgré des gestes malheureux, on a réussi à maintenir sur le site un certain héritage olympique et des activités sportives. Comme le faisait remarquer Marie-Claude Lortie, la construction du nouveau stade Saputo, en cours d’agrandissement, en témoigne.

Autre défi de taille selon Sylvain Lefebvre : l’absence de vision d’ensemble dans la gouvernance, dans le lien avec le quartier et avec les autres grands pôles récréotouristiques de la métropole. « Cette gouvernance a souvent été évoquée mais, dans les faits, elle n’existe pas. Les premières consultations publiques, celles qui ont permis récemment à la vision citoyenne de s’exprimer, constituent un pas en avant, mais il en faudra d’autres. » M. Lefebvre trouve qu’il serait souhaitable de passer aux idées plus concrètes, tout en reconnaissant qu’il y aura bien sûr « des choix à faire et des contraintes à prendre en compte ». Malgré tout, il reste optimiste : « Si on pense aux Bassins du Havre ou au Quartier des spectacles, il y a un réel savoir-faire à Montréal. Le Parc olympique a autant de potentiel, sinon plus! »

 

OSER TOUCHER AU SACRÉ

Peut-être parce qu’il a vu se construire le stade alors qu’il étudiait l’architecture et que le chantier illustrait tout ce qu’il ne fallait pas faire, André Bourassa, président de l’OAQ, est critique. « La bonne architecture, ce n’est pas seulement un coup de design. C’est le bon matériau à la bonne place et de la fonctionnalité. Si le stade était fonctionnel, on l’utiliserait. Or, dans son état actuel, c’est un “tue ambiance”! » Cela n’empêche pas la recherche de solutions, à condition d’être réaliste. « À cette échelle, un petit geste se perdrait. Il va falloir forcément un grand geste. Il sera forcément coûteux. »

Les options devront donc miser sur l’ambiance et sur la fonctionnalité. Cela implique d’accepter de faire des modifications en profondeur, poursuit l’architecte. « Si on ne touche pas aux bancs, autrement dit, si on ne prévoit pas une enceinte à géométrie variable, ça ne sert à rien. L’enceinte sportive, cette mal-aimée, a bien besoin d’attention. » Le choix d’un toit et, naturellement, la pleine utilisation du lieu découleront des réponses trouvées, et non l’inverse. La recommandation de l’Ordre? Un concours d’idées, soit un processus organisé, productif et transparent qui permette de faire jaillir mille propositions.(Photo : Jean-Sébastien Dénommé)

Un dialogue s’est amorcé après les présentations des panélistes, et l’esplanade du stade a particulièrement retenu l’intérêt. On a notamment suggéré d’y aménager des espaces ombragés et des micro-espaces, des terrasses, des jeux d’eau, des pistes de vélo extrême ou de roller, des parois d’escalade et, bien entendu, des commerces, ainsi que de l’événementiel, autant à l’échelle locale que nationale. Mais encore? Des cuisines de rue comme à Miami, s’est enthousiasmée Marie-Claude Lortie. Sylvain Lefebvre apprécierait pouvoir y acheter un sandwich et un breuvage, tandis que Martin Houle aimerait trouver le nettoyeur qui fait défaut dans le quartier. Tous s’entendaient sur une chose : s’il faut retisser le lien entre le parc et le quartier, l’avenue Pierre-de-Coubertin doit cesser d’être une barrière psychologique. Il faut la réduire, la verdir, y encourager les transports actifs.

André Bourassa énumère des gestes concrets, peu coûteux et immédiats. « Ce genre d’acupuncture urbaine permettrait d’animer les lieux et de ne pas perdre le momentum, en laissant le temps de brasser des idées plus complexes et de les mettre en œuvre. » Sylvain Lefebvre renchérit : « Une reconversion urbaine passe rarement par un seul geste, même si c’est celui d’un starchitecte. »

En attendant la grande intervention, celle qui doit être mûrement réfléchie, la table ronde a permis de constater que le Parc olympique avait tout pour redevenir cool, un peu comme le silo no 5, dans le Vieux-Port de Montréal. Si le stade a longtemps été vu comme une soucoupe volante atterrie ici par hasard, aujourd’hui, porter un tee-shirt en reproduisant la silhouette ne vous donne pas des allures d’extra-terrestre, mais de Montréalais branché!

Pourvu que la RIO sache profiter de ce capital de sympathie pour insuffler au Parc la vie qui lui a toujours manqué!

 

RECOMMANDER OU PAS LES COMMANDITES?

L’annonce par la Régie des installations olympiques (RIO) d’une commandite Financière Sun Life pour l’esplanade du Parc olympique et de sa nouvelle appellation a suscité une diversité de réactions, selon Réal Ménard, maire de l’arrondissement d’Hochelaga-Maisonneuve, présent à la table ronde. Le débat n’est pas clos. Étant donné les sommes en jeu pour mettre en œuvre les projets, toutes les ressources sont bienvenues et il est intéressant de constater que le site suscite l’intérêt du privé. Reste à savoir dans quel ordre faire les choses. Les panélistes auraient préféré qu’on laisse émerger les idées avant qu’une telle décision soit prise. La méthode semble un peu trop proche des anciennes manières de faire de la RIO.