Esquisses, vol. 23, no 1, printemps 2012

Accessibilité universelleC'est arrivé près de chez vous

Les nouvelles stratégies pour rendre les habitations universellement accessibles gagnent en popularité. Nombreuses sont les municipalités qui mettent sur pied programmes, politiques et outils incitatifs. Lesquels favoriser? Petit tour du propriétaire.

Émilie Martineau, architecte à Société Logique

Pour encourager les promoteurs immobiliers à créer des aménagements accessibles et sans obstacles, Rivière-du-Loup a désormais son Guide pour la construction et spécifications techniques. De leur côté, des villes comme Québec et Gatineau ont élaboré une politique d’habitation misant sur l’augmentation du nombre de logements répondant aux besoins des personnes handicapées. Elles réagissent ainsi au problème engendré par le vieillissement de la population en créant des résidences pour les personnes âgées à proximité des services.

Il n’y a pas qu’au Québec qu’on observe cette tendance. Pour remédier à l’absence de réglementation en matière d’accessibilité des logements, le U.S. Green Building Council ajoutera sous peu des crédits LEED lorsque les concepteurs intègrent un accès de base aux maisons unifamiliales. Quant au Conseil du bâtiment durable du Canada, il a approuvé une Demande pour l’innovation et le design dans le cadre du système d’évaluation « LEED Canada pour les habitations 2009 », relativement à la « visitabilité » (voir plus loin) et à la conception universelle. Enfin, le programme « LEED 2009 pour l’aménagement des quartiers » comportera une exigence afin qu’au moins 20 % des unités résidentielles soient visitables.

Cet engouement généralisé envers l’accessibilité des habitations n’est pas étranger au contexte sociodémographique du Québec d’aujourd’hui, dont la population vieillit rapidement. Selon Ressources humaines et Développement des compétences Canada (RHDCC), plus du tiers des Québécois âgés de plus de 65 ans vivent quotidiennement avec une incapacité, tandis que la moitié des personnes de plus de 75 ans en ont déclaré une au dernier grand recensement de 2006. Les douleurs ainsi que les pertes de mobilité, d’agilité, d’audition et de vision limitent les activités de ces personnes.

Le vieillissement de la population s’accentuera dans un avenir proche. Au Canada, le nombre de personnes âgées de 65 ans et plus doublera au cours des 25 prochaines années, indique RHDCC. L’accroissement rapide de la population vieillissante et, par le fait même, du nombre de personnes vivant avec une incapacité fera augmenter considérablement la demande de logements accessibles.

Bien qu’aucune statistique ne permette de connaître avec précision le nombre actuel de résidences, d’habitations ou de logements accessibles au Québec, la pénurie générale de logements locatifs et l’absence de réglementation quant à l’accessibilité laissent croire que la quantité de logements adéquats est insuffisante pour accueillir la population vieillissante.

 

REMÈDE UNIVERSEL

L’importance de rendre plus accessible le parc immobilier résidentiel au Québec est indéniable. Mais comment s’y prendre?

Les lacunes sont nombreuses. D’une part, la majorité des petits bâtiments d’habitation existants (maisons unifamiliales et plex) sont inaccessibles en raison d’une tradition bien québécoise : les sous-sols et leurs inévitables marches à l’entrée de la maison, première barrière architecturale à l’accessibilité. Outre l’entrée, bien d’autres obstacles rendent difficile une circulation aisée : chambres à l’étage, cadres de porte trop étroits, salles de bain trop petites, cuisines exiguës, etc. Ces habitations conviennent peu aux personnes handicapées ainsi qu’à celles qui voient leurs capacités physiques diminuer en raison de l’âge.

Quant aux immeubles d’habitation existants, ils présentent souvent l’avantage d’offrir une entrée principale accessible ainsi qu’un ascenseur desservant les étages. Toutefois, l’intérieur des appartements présente les mêmes difficultés que l’intérieur des petits bâtiments d’habitation.

L’adaptation du domicile s’avère souvent la seule solution pour améliorer la performance en accessibilité de lieux existants. Selon le contexte, les travaux nécessaires peuvent s’avérer complexes, coûteux, longs à réaliser, et peuvent déboucher sur des aménagements à l’esthétisme douteux. Or, le parc immobilier existant n’est certes pas l’unique solution au manque de logements accessibles.

C’est ici que concepteurs, décideurs, donneurs d’ouvrage et promoteurs peuvent intervenir. Diversifier l’offre d’habitations en créant de nouvelles constructions plus accessibles serait un moyen d’offrir une variété de possibilités à chaque individu. Chacun pourrait ainsi choisir le type d’habitation qui lui convient le mieux.

 

ACCESSIBILITÉ 101

On peut adopter plusieurs approches pour rendre accessibles les nouvelles constructions résidentielles.

Le Code de construction du Québec propose bien une conception sans obstacles, mais ne précise aucune exigence pour les petits bâtiments d’habitation. Quant aux immeubles d’habitation, les exigences du code sont minimales. Elles ne s’appliquent qu’au parcours permettant d’accéder aux unités d’habitation et ne traitent pas de l’intérieur. La conception sans obstacles reproduit ce qui a été fait dans le passé. Résultat : un parc immobilier résidentiel peu accommodant et nécessitant des modifications coûteuses pour répondre aux besoins des personnes handicapées et des personnes vieillissantes. 

L’accessibilité universelle est la forme d’accessibilité la plus performante, la plus inclusive et celle qui répond le mieux aux besoins d’une majorité d’usagers (familles avec enfants, personnes handicapées, personnes blessées temporairement, personnes âgées, etc.). Ce type de construction permet de réduire à la source le nombre d’interventions ultérieures. Cette approche s’inscrit clairement dans les principes du développement durable ainsi que dans la volonté de la société québécoise de placer tous les citoyens sur un même pied d’égalité.

Cependant, dans certaines situations, l’accessibilité universelle est difficile à réaliser. Les maisons unifamiliales, par exemple, comportent souvent des chambres à l’étage. L’installation d’un ascenseur s’avère coûteuse, et l’aménagement des pièces du rez-de-chaussée n’est pas toujours possible.

Le concept de « visitabilité » est une option qui permet de rendre accessibles, du moins en partie, les petits bâtiments d’habitation. Le concept offre un niveau d’accessibilité suffisant pour autoriser les personnes ayant des capacités diverses à participer aux activités organisées chez leurs amis, leurs parents ou leurs voisins, plutôt que de les limiter à socialiser uniquement chez elles.

Une habitation visitable comprend : une entrée sans marches, des portes plus larges pour permettre le passage sans entraves et une salle de bain assez grande pour accommoder une personne se déplaçant en fauteuil roulant.

Certains éléments supplémentaires peuvent également faciliter la modification future de l’habitation ou simplifier la circulation des occupants en cas d’incapacité :

– Présence d’une pièce au niveau de l’entrée pouvant éventuellement être convertie en chambre à coucher

– Ajout de contreplaqué aux murs de la salle de bain pour l’installation éventuelle de barres d’appui

– Installation de poignées de type bec-de-cane

– Installation de robinets à levier unique dans la cuisine et la salle de bain

– Rehaussement des prises de courant pour en faciliter l’accès

– Abaissement des interrupteurs

L’aménagement visitable devrait cependant être réservé aux nouvelles résidences unifamiliales et aux petits bâtiments, soit les lieux où l’accessibilité universelle est plus difficile à atteindre.

La participation de plus en plus grande des personnes handicapées à la société ainsi que le vieillissement de la population suscitent une diversification des formes d’habitation. Des acteurs bien connus tels que le Conseil du bâtiment durable du Canada se penchent déjà sur les moyens permettant de diversifier l’accès aux nouvelles constructions résidentielles. Les concepteurs, décideurs, donneurs d’ouvrage et promoteurs sont aussi en mesure de contribuer à cette diversification.

Tout projet, même une résidence unifamiliale ou un logement en copropriété, peut être réalisé avec le souci d’améliorer le quotidien de celui ou celle qui y habitera. À terme, rendre plus accessibles les habitations du Québec permettra à chacun de choisir le milieu de vie dans lequel il veut évoluer, ce qui, du même coup, accroîtra le caractère durable des logements et des collectivités.

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