Esquisses, vol. 23, no 1, printemps 2012

Murs végétalisésPièces montées

Plus abordables que les toitures vertes, les murs verts offrent les mêmes bienfaits environnementaux en conviant la verdure à quitter le sol du jardin pour escalader les façades du bâtiment.

« Les médecins peuvent enterrer leurs erreurs, les architectes, seulement conseiller à leurs clients de planter des plantes grimpantes, disait Frank Lloyd Wright. Aussi devraient-ils aller le plus loin possible de chez eux pour édifier leurs premières constructions. »

Côté architecture, il est vrai que la végétation murale a longtemps été confinée au camouflage de la banalité ou de l’erreur. Toutefois, l’engouement pour l’architecture verte lui accorde maintenant un rôle beaucoup plus actif.

En effet, au-delà des considérations esthétiques, le principal apport des façades végétalisées réside dans l’isolation du bâtiment et la régulation de la température ambiante. Durant la saison chaude, un revêtement végétal contribue à rafraîchir le bâtiment par évapotranspiration. Lorsque les plantes convertissent l’énergie solaire en oxygène et en eau, elles dégagent une humidité qui rafraîchit leurs feuilles et, par le fait même, l’air ambiant. De plus, les plantes qui recouvrent un mur empêchent le bâtiment d’absorber à outrance les radiations solaires qui se transforment ensuite en chaleur. Cette barrière naturelle contribue donc à minimiser l’effet d’îlot de chaleur urbain qui augmente la température suffocante des villes pendant les mois les plus chauds de l’année. La barrière de végétaux protège également les parois du bâtiment contre la dégradation prématurée due aux rayons ultraviolets, aux variations de température et aux intempéries.

Ajoutons que les murs végétaux ont un effet marqué sur la qualité de l’air. Ils constituent un filtre naturel pour les particules en suspension dans l’atmosphère urbaine. Les feuilles, les branches et les tiges des végétaux captent et « séquestrent » dans leurs tissus les résidus de poussière et autres corps hétérogènes véhiculés dans l’air ambiant, ce qui contribue à le purifier. Elles retiennent également les polluants contenus dans le sol qui, ainsi, ne sont plus disséminés dans l’air. Par ailleurs, la respiration cellulaire naturelle des végétaux agit sur la composition de l’air. Par photosynthèse, les plantes captent une partie du gaz carbonique contenu dans l’atmosphère pour le transformer en oxygène. Elles contribuent ainsi à combattre la pollution et l’émission de gaz à effet de serre.

Les surfaces végétales filtrent et retiennent également l’eau de pluie, qui ne ruisselle plus dans le système d’égout de la ville. En absorbant ainsi une partie des précipitations, les plantes et leurs terreaux diminuent donc la pression dans les canalisations, en plus de favoriser l’alimentation de la nappe phréatique. À ce chapitre, toutefois, il faut noter que la capacité de rétention et d’absorption des murs végétaux est moindre que celle des toits verts. Leur apport à la biodiversité urbaine, cependant, est équivalent, car ils recréent un habitat favorable à plusieurs espèces d’animaux, d’insectes et d’autres végétaux.

 

L'IMPLANTATION

En juin dernier, le Centre d’écologie urbaine de Montréal (CEUM) publiait Plantes grimpantes : Une solution rafraîchissante d’Anne-Marie Bernier*, un guide étoffé sur l’utilisation des plantes grimpantes pour ériger des façades végétales en milieu urbain. Convaincu des bénéfices esthétiques et écologiques des façades vertes, le CEUM veut les promouvoir et en faciliter l’implantation. « On veut donner envie aux gens de passer à l’acte pour verdir leur environnement! Avec le guide, on voulait démontrer qu’il est possible d’installer soi-même un mur vert à peu de frais. Pas besoin d’un expert ni d’un professionnel du bâtiment pour poser ce geste si bénéfique pour l’environnement urbain », explique Patrice Godin, conseiller en aménagement au CEUM.

La solution la plus facile et la plus abordable pour ériger un mur vert est évidemment la plantation de grimpantes qui investissent naturellement la paroi du bâtiment au fil des ans. Il suffit de planter quelques boutures au ras du sol pour que les plantes s’agrippent au mur et amorcent leur escalade. Il est également possible d’installer des supports pour éviter le contact direct entre les plantes et le mur. L’utilisation de treillis, notamment, permet de créer des structures végétales en trois dimensions.

Le CEUM tient à démentir la croyance populaire qui veut que les plantes grimpantes endommagent les infrastructures auxquelles elles se greffent. Il est vrai que certaines plantes grimpantes avec racines aériennes peuvent s’infiltrer dans la paroi du bâtiment, mais si les espèces sont bien choisies, le risque est écarté. « Il faut aussi veiller à installer les plantes sur des murs en santé, car, à long terme, elles pourraient aggraver certaines défaillances du crépi, du béton ou de la brique s’ils sont déjà en mauvais état », précise Patrice Godin.

 

LA CRÈME DES MURS VERTS: LES JARDINS VERTICAUX

Il existe une variante plus sophistiquée des murs végétaux : les murs vivants. Ils sont construits comme de véritables jardins verticaux et sont alimentés par un système d’irrigation installé à même la paroi du bâtiment. Alors que les grimpantes couvrant un mur peuvent être alimentées simplement par l’eau de pluie, les murs vivants nécessitent un système d’irrigation contrôlée. La végétation recouvre alors la totalité du bâtiment, créant un revêtement dense sur toute la façade.

C’est ce concept qui a été repris par Patrick Blanc pour réaliser, à Paris, ses fresques végétales spectaculaires, notamment au musée du Quai Branly et dans les serres du Jardin des plantes. Au Canada, la compagnie MUBI, de Vancouver, se consacre au développement de la technologie des murs vivants. Sa fondatrice, Geneviève Noël, souligne cependant que les murs vivants sont moins accessibles aux particuliers. « Le coût d’installation peut aller de 600 à 1200 $ le mètre carré. De plus, il faut veiller constamment à ce que les plantes soient bien irriguées. C’est beaucoup plus compliqué qu’une façade de grimpantes! » explique-t-elle. En outre, les jardins verticaux ne contribuent pas à isoler le bâtiment du froid puisqu’ils sont installés à même le mur. Ils ne représentent donc pas une solution optimale dans les régions où l’hiver est rigoureux.

En version luxueuse ou économique, les murs verts représentent une solution rafraîchissante et efficace pour embellir l’espace urbain et contribuent à assainir l’environnement. Et puis, il faut bien le dire, le camouflage de la banalité a aussi ses vertus quand on pense aux mauvaises décisions prises à une époque, pas si lointaine, où le minéral primait sur le végétal.

*On peut le télécharger en cliquant ici.