Esquisses, vol. 21, no 1, printemps 2010

ÉditorialTrois mots qui font la différence

André Bourassa, président

C’est l’occasion à saisir.

Comme vous le savez, l’Ordre des architectes travaille, à la demande de l’Office des professions, à un projet de nouvelle Loi sur les architectes. L’objet de toutes les attentions est l’article 16, qui définit ce qu’est l’architecture à travers les activités réservées aux architectes. Rappelons que l’article actuellement en vigueur, laconique, attribue aux architectes les seuls gestes de signer et sceller les plans et devis.

Il faut profiter de cette opportunité pour faire reconnaître la finalité de notre profession. Car, au-delà de l’édification de bâtiments, l’objectif de l’architecte n’est-il pas de réaliser des bâtiments harmonieux, fonctionnels et durables? L’OAQ propose donc, au-delà de la description des activités dévolues aux architectes, que ces notions soient explicitement affichées. Nous sommes dans la définition même de ce qu’est l’architecture. Ces trois mots – harmonie, fonctionnalité et durabilité – établissent la différence entre «construction» et «architecture».

Dans la suite de cette logique, une architecture de qualité est une architecture qui pousse chacun de ces trois critères le plus loin possible. Cette recherche d’équilibre passe forcément par des compromis, mais doit s’intéresser absolument aux trois aspects, pas seulement à l’un ou à l’autre. Peut-on imaginer un bâtiment qui serait, par exemple, harmonieux et durable, mais peu fonctionnel? Encore une fois, serait-ce vraiment de l’architecture? Évidemment, chacun de ces mots possède ensuite ses propres déclinaisons, qu’il s’agisse de sécurité du bâtiment, d’efficacité énergétique, d’accessibilité, d’intégration à l’environnement, de qualité de l’air, etc.

Allons plus loin. Au-delà de la conception en elle-même, la qualité architecturale ne peut faire abstraction de la réalisation. Notre proposition de nouvel article 16 comporte donc un autre élément primordial : la surveillance des travaux. L’Ontario et la Colombie-Britannique, pour ne citer que ces deux provinces canadiennes, ont intégré depuis longtemps cette obligation de placer la surveillance du chantier sous la responsabilité d’un architecte. Nous espérons que le Québec en fera autant prochainement. La protection du public ne peut que s’en trouver améliorée.

Les évolutions législatives que nous souhaitons et proposons là sont tout à fait raisonnables, et minimales. Car nous pourrions imaginer nous rendre bien plus loin encore en tant que société. Le gouvernement nous a en effet demandé d’aller voir ce qui se faisait en France et en Europe en matière d’accords sur la mobilité de la main-d’œuvre et de reconnaissance des qualifications professionnelles afin de nous inspirer de leurs démarches. C’était effectivement une bonne idée. Forcément, nous en avons profité pour nous intéresser aux lois sur l’architecture.

D’emblée, dès ses premières lignes, l’article 1 de la loi française sur l’architecture, qui date de 1977, fait rêver : «L’architecture est une expression de la culture. La création architecturale, la qualité des constructions, leur insertion harmonieuse dans le milieu environnant, le respect des paysages naturels ou urbains ainsi que du patrimoine sont d’intérêt public.» Le Conseil de l’Union européenne a adopté en 2001 une Résolution pour la qualité architecturale en Europe qui s’inscrit dans cette continuité. Le texte affirme également avec force l’intérêt public de la création architecturale et de la qualité des constructions.

Et cela ne ressemble pas à de vagues rapports oubliés sur des tablettes. Ces principes sont régulièrement renforcés par les discours des élus, dans les questionnements et débats publics, eux-mêmes concrétisés par l’évolution des normes de construction. S’il ne fallait citer qu’une seule règle française dont nous souhaitons que le Québec s’inspire aujourd’hui, ce serait celle de l’obligation d’avoir recours à un architecte pour toute construction de maison à compter de 170 m2 de surface au sol. L’architecture de qualité n’est pas que l’affaire des architectes; c’est l’affaire de la société dans son ensemble. Cela se partage. Comme le souligne le slogan de l’Ordre des architectes du Québec, «un environnement bâti de qualité, ça profite à tous».