Esquisses, vol. 21, no 1, printemps 2010

Une littérature disparate et morceléeEncadré

Faute de trouver un expert capable de donner une définition limpide de la qualité, nous avons fait un petit tour du côté de l’écrit, à commencer par l’Organisation internationale de normalisation (ISO), qui définit la qualité comme «l’ensemble des caractéristiques d’un produit ou d’un service qui touchent sa capacité à répondre à des besoins exprimés ou implicites». Quelques principes reconnus par les industriels sont ensuite énumérés : «(...) la qualité relève davantage de l’administration que du personnel ou de la main-d’œuvre; la qualité s’applique à la fois au produit et à son processus de création; il en coûte habituellement moins cher d’éviter les erreurs que de les corriger; il faut planifier la qualité, plutôt que de se contenter de la constater après coup; lorsque la qualité augmente, certains coûts diminuent.»

Pour la qualité en architecture spécifiquement, on repassera! Rares sont les ouvrages qui la définissent précisément, même si de nombreux documents en font mention. Dans l’actualité, on peut penser au projet de Loi sur le patrimoine culturel qui classe comme immeuble patrimonial celui «qui présente un intérêt pour sa valeur architecturale». Rien de plus. Le Conseil des Arts du Canada, à qui est dévolue une mission de promotion et de sensibilisation dans le domaine, n’a pas non plus cherché à circonscrire la qualité en architecture. Elle souhaite pourtant ardemment la faire partager, si l’on en croit Sarah Gelbard, agente de programme au Service des arts visuels. «Au Canada, le grand public connaît mal l’architecture. Nous voulons développer un discours autour de l’architecture afin qu’il s’y intéresse.» Mais quel discours?

Du côté des attributions de prix, le flou règne encore. «Un jury de professionnels de cinq personnes évalue les projets en compétition dans le cadre d’une discussion, reprend-elle. Il n’y a pas de grille déterminée. Chaque jury a ses propres critères, révisés chaque année. L’un mettra de l’avant le développement durable, un autre la théorie architecturale. L’architecture est un cadre dynamique en évolution constante», justifie-t-elle.

À la décharge du Conseil des Arts, peu de prix exposent une méthode d’évaluation objective. La façon dont le jugement est porté est expliquée uniquement dans le cas des médailles du Gouverneur général, qui soulignent «l’excellence de l’art en architecture» : «Le principal critère d’évaluation sera le mérite artistique du concept architectural, ce qui comprend notamment la clarté du concept architectural, la compatibilité avec le site, la qualité des détails, l’innovation et l’originalité, la conception durable.» C’est un début.

Parcs Canada affiche les critères d’évaluation en architecture du Bureau d’examen des édifices fédéraux du patrimoine : conception esthétique (proportion, échelle et détails en fonction du type ou du style d’architecture), conception fonctionnelle (efficacité du choix des matériaux, agencement et méthodes de construction en fonction des techniques de l’époque et des types fonctionnels), qualité de l’exécution et de l’utilisation des matériaux, illustration ou non du travail d’un concepteur important.

Dans d’autres pays, la littérature n’est pas plus concrète. Étonnamment, la Résolution pour la qualité architecturale en Europe, adoptée par le Conseil de l’Union européenne, ne définit pas la qualité. La Charte pour une architecture de qualité, en Suisse, réunit architectes, acteurs publics et maîtres d’ouvrage, mais reste également une déclaration d’intention.

En France, la Mission interministérielle pour la qualité des constructions publiques (MICQ) indique sur son site que la qualité architecturale «recouvre de nombreuses exigences d’ordre urbanistique, esthétique, fonctionnel, technique et économique», affirmation qui est immédiatement enrichie par la suivante : «Dans tous les cas, un ouvrage public doit répondre à l’attente de tous ceux qui sont appelés à l’utiliser et pouvoir offrir une certaine permanence. Il est en cela symbolique des valeurs de la société pour laquelle il est créé.»

Les sites des Conseils d’architecture, d’urbanisme et d’environnement – il en existe un par département dans l’Hexagone – précisent parfois ce qui est entendu par qualité architecturale. Leur définition reste succincte, à l’exception de celle du regroupement d’Île-de-France, qui a monté un Observatoire de la qualité architecturale. Dans une note de synthèse, une définition relativement exhaustive et accessible à tous est proposée. Le concept est abordé sous deux angles complémentaires. D’une part, les critères de la qualité architecturale sont énumérés : montage, conduite et gestion de l’opération; insertion urbaine; dimensions esthétiques; fonctionnalité, habitabilité, valeur d’usage; choix constructifs et techniques; innovation; dimension environnementale. D’autre part, la notion de qualité architecturale est précisée dans un court texte ainsi introduit : «La qualité d’une opération s’exprime à la fois dans sa conception (dans le prolongement de la commande), dans sa réalisation et, après sa livraison, dans l’utilisation – et la gestion – qui en est faite.» La suite donne une synthèse des éléments qui doivent être «subtilement combinés» pour aboutir à la qualité. L’ensemble de la description est accessible ici (cliquer sur «note de synthèse»).

L’ouvrage La qualité de la construction en Europe est publié par l’Agence Qualité construction. Dans cette étude, qui s’intéresse aux mécanismes mis en place dans neuf pays européens pour promouvoir la qualité des bâtiments, une définition est proposée d’entrée de jeu : «La qualité d’un bâtiment revêt plusieurs aspects : la qualité d’insertion dans le site (cela concerne le respect des règles d’urbanisme et d’occupation des sols, le respect de l’environnement, incluant sa non-pollution), la qualité esthétique (sa volumétrie, ses formes), la qualité d’usage ou fonctionnelle (les services rendus par le bâtiment, incluant le confort, la stabilité, la sécurité en cas d’incendie) et la qualité d’exécution des ouvrages (leur finition, leur bonne tenue dans le temps).» Voilà une réflexion finalement assez poussée pour cette association française à but non lucratif qui regroupe des entrepreneurs. Il est plutôt rassurant de constater que ces acteurs de la construction s’intéressent à ce concept encore mal compris qu’est la qualité.