Esquisses, vol. 22, no 4, hiver 2011-2012

ÉditorialL'imagination au pouvoir

André Bourassa, président

Sans même juger de sa valeur architecturale ou patrimoniale, on peut dire que le Parc olympique n’est pas un modèle d’intégration dans son environnement, dont il est carrément déconnecté. Il semble même lui faire un pied de nez, notamment dans l’avenue Pierre-de-Coubertin, où des immeubles résidentiels font face à un grand stationnement surmonté d'un monument gigantesque, hors d'échelle.

Équipement national ne signifie pas environnement hermétique. Si l’on souhaite transformer ce parc désertique en espace animé, la population du coin est directement concernée. Il faut rendre une partie du Parc olympique à ceux qui vivent autour à l’année longue, il faut l’ouvrir aux habitants d’Hochelaga-Maisonneuve, retisser une trame qui doit aussi inclure le parc Maisonneuve.

Comment ? Il n’y a pas de réponse facile.

Aux défis locaux se superposent les enjeux nationaux. Le Parc olympique n’a de parc que le nom. On y trouve un ensemble de bâtiments et d’usages, mais il est difficile de percevoir les liens entre tous ces éléments. Au fil des ans, on y a ajouté un cinéma, un stade de soccer, on a transformé le vélodrome en Biodôme. Puis on a décidé d’y construire le Planétarium. La ville évolue, c’est normal, mais on peut tout de même se demander selon quel plan d’ensemble le Parc olympique a évolué au cours des 30 dernières années. Certains réduisent le stade à un stationnement. D’autres à un point de vue en hauteur sur la ville. Sauf que l’observatoire de la tour ferme ses portes à 17 h. Pouvez-vous imaginer la Tour Eiffel, l’Empire State Building ou la Space Needle de Seattle fermés le soir ?

Il faut bien l’avouer, le Parc olympique est la plupart du temps sans vie. Là n’était sûrement pas l’intention des concepteurs, pas plus que celle du gouvernement du Québec. Comment lui redonner vie ? Les possibilités ne manquent pas : des allées de pétanque aux jeux d’eau, en passant par l’aménagement de kiosques convertibles, polyvalents, transformables en restaurants ou en scènes de théâtre, les seules limites sont celles de l’imagination. Encore faut-il laisser la chance à nos créateurs, à nos penseurs, de soumettre leurs idées.

Pour ce qui est du stade, on a tendance à en juger la valeur par sa capacité pouvant aller jusqu’à 67 000 places. Pourtant, bon an mal an, depuis le départ des Expos, il ne se déroule qu’un nombre infime d’événements qui exploitent les caractéristiques de « la plus grande salle multifonctionnelle du Québec, le seul endroit couvert où il est possible d’accueillir des événements de très grande envergure ». Pour atteindre le demi-million de spectateurs en 2010, il a fallu compter les 76 000 personnes qui s’y sont fait vacciner contre la grippe H1N1. On peut se demander en quoi il importe d’avoir un équipement de cette envergure si c’est pour y tenir des salons d’animaux de compagnie ou des tournages publicitaires.

Ce qui revient à la question suivante : le Québec a-t-il vraiment besoin de cet équipement pour être « sur la mappe » ? Si nous n’utilisons que deux fois par année les 56 000 sièges, peut-être que le stade n’en a-t-il pas besoin d’autant. Osons pousser la réflexion plus loin. Certes, le stade a une valeur symbolique et identitaire pour Montréal. Doit-on pour autant en figer les usages et en limiter les modifications? La ville continuera d’évoluer. En attendant, pourquoi ne pas faire appel à l’imagination des professionnels de l’aménagement pour explorer son potentiel et s’assurer qu’il soit utilisé de façon optimale?

Le Parc olympique est un actif de premier plan pour le Québec. Mais l’heure n’est pas aux conclusions précipitées. Bien sûr, il y a le toit. Une urgence, diront certains. Nous nous en passons depuis 13 ans. Peut-être peut-on s’en passer encore, le temps d’une nécessaire période de réflexion. Quand nous saurons quel usage nous voulons pour le stade, nous saurons de quel toit il a besoin. Pas avant.

Il n’existe pas 36 manières de procéder, mais une seule : un concours d’idées. C’est ce que je suis allé proposer devant le comité-conseil présidé par Lise Bissonnette. Un vaste concours d’idées, dont les balises restent à déterminer, permettra de profiter de l’expertise des architectes, urbanistes et autres professionnels de l’aménagement. Après tout, si Montréal est une ville UNESCO de design, ce n’est pas tant par ses acquis que par son potentiel en matière de design. Il est temps de faire contribuer tous ces cerveaux créatifs à la revitalisation d’un lieu trop longtemps négligé et qui, nous l’espérons, fera un jour l’unanimité chez les Québécois.

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