Esquisses, vol. 22, no 4, hiver 2011-2012

Les locatairesLes taupes du stade

Dans les stationnements P-5 et P-6 du stade olympique convertis en bureaux, 600 travailleurs se partagent un labyrinthe de locaux sans fenêtres défiant les principes de la bonne architecture. Bienvenue dans l’univers insolite du 4545 avenue Pierre-de-Coubertin.

Martine Roux

« Il fait beau aujourd’hui, n’est-ce pas? » La question de la jeune dame qui nous accueille a de quoi étonner. Pour arriver jusqu’à elle, il a fallu traverser un corridor étroit, puis d’autres encore, puis une série de paravents gris, disposés en labyrinthe. Son bureau doit être situé à 10 minutes de marche de l’issue la plus proche : impossible de penser luncher ailleurs qu’à la cafétéria, à moins de prendre sa voiture.

C’est la réalité quotidienne d’environ 600 employés d’organismes relevant du gouvernement provincial et chapeautés par le Regroupement Loisir Québec, et des nombreux bénévoles qu’ils accueillent sporadiquement dans leurs locaux. Jusqu’en 1985, ces associations avaient pignon sur rue un peu partout sur l’île. Cette année-là, Québec a choisi de les rassembler sous un même « toit », ce qui assurait à la fois un groupement stratégique, un locataire sérieux pour la Régie des installations olympiques – dont les bureaux sont situés deux étages plus haut – et un minimum de vie dans un stade déserté. La mesure était temporaire. Des stationnements, on devait les déplacer vers le futur mât, projet abandonné une fois ce dernier achevé. Depuis, les aléas du toit ont monopolisé l’attention, reléguant aux calendes grecques la relocalisation des travailleurs troglodytes.

« À l’ère post-olympique, la stratégie de regroupement était logique, dit Daniel Caron, directeur général du Conseil québécois du loisir. C’est normal que le gouvernement veuille occuper ses locaux et, à cheval donné, on ne regarde pas la bride. Mais aujourd’hui, dans une société axée sur l’activité physique et le mieux-être, ces travailleurs méritent mieux. »

Si Daniel Caron s’accommode des locaux, d’autres employés ont développé une intolérance, explique-t-il. Il faut dire qu’en septembre 1991, le moral des troupes a chuté en même temps qu’une dalle de béton de 55 tonnes au-dessus de leur tête. Elle n’a pas fait de blessés, mais a laissé des séquelles. Depuis, la Fédération québécoise de hockey sur glace, Badminton Québec et la Fédération québécoise de camping et de caravaning ont plié bagage, quitte à assumer eux-mêmes le coût du loyer.

Ceux qui restent n’ont qu’une envie : sortir de terre. Question d’environnement de travail, mais aussi de visibilité auprès de leur clientèle. Les discussions menées avec les derniers ministres responsables de ce dossier (aujourd’hui Line Beauchamp, ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport) sont encourageantes, assure Daniel Caron, si bien que les travailleurs ne perdent pas espoir. Le Regroupement Loisir Québec a d’ailleurs exploré une vingtaine de sites susceptibles de les accueillir.

Mais même 20 pieds sous terre, ces travailleurs forment une masse critique dans le paysage de l’arrondissement Mercier–Hochelaga-Maisonneuve. À tel point que les acteurs socio-économiques ou les élus locaux n’ont aucune envie de voir les organismes quitter le 4545 avenue Pierre-de-Coubertin. Sensible à leurs arguments, Québec a mis le holà sur la relocalisation. « Une porte s’est refermée », soupire Daniel Caron.

N’empêche, le moment est venu de prendre le taureau par les cornes. Au nom du regroupement, le Conseil québécois du loisir a récemment participé aux consultations publiques sur l’avenir du Parc olympique. « On sent que ça bouge, c’est positif. Mais on aimerait aussi participer aux discussions. On trouve ici une centaine de disciplines et un potentiel incroyable en matière d’animation, de sport, de loisir. Peut-on écouter nos idées? » C’est ce qu’on leur souhaite.

 

L'entrée des travailleurs du stade