Esquisses, vol. 24, no 3, automne 2013

Imaginons BellechasseMarchands de rêve

Le projet Imaginons Bellechasse vise à doter Montréal d’un modèle d’aménagement rarissime en Amérique du Nord : une véritable structure de participation citoyenne.

Martine Roux

Enclavé entre le Plateau-Mont-Royal et la Petite-Italie, le secteur Bellechasse est un no man’s land balafré de multiples tares urbaines : des garages municipaux, une voie ferrée, des bâtiments industriels décrépis, des terrains vagues, un viaduc. A priori, ce n’est pas la destination toute désignée pour un pique-nique familial.

Et pourtant, le secteur est bien vivant. Tout comme la Ville de Montréal, les riverains nourrissent de grands rêves pour lui, surtout depuis que s’est évanoui le projet d’aménagement d’un certain CHUM et que la Société de transport de Montréal a signifié son intention de déménager ses ateliers. Voilà un terrain fertile pour l’idéation d’un milieu de vie, ont réalisé quatre observateurs de la scène urbaine locale : Martin Blanchard, travailleur communautaire au Comité logement de la Petite-Patrie, Nik Luka, professeur à l’École d’architecture de l’Université McGill, Hoi Kong et Daniel Weinstock, tous deux de la Faculté de droit de la même université.

C’est de leur rencontre qu’est né le projet de recherche Imaginons Bellechasse. Depuis août, l’équipe – avec plusieurs étudiants en architecture, en design urbain et en urbanisme – aide les usagers du quartier à développer une vision citoyenne riche et diversifiée de l’aménagement éventuel du site. Elle sollicite leur imaginaire notamment au moyen de marches exploratoires et d’ateliers de design participatif. 

« Le but est de voir si les formes institutionnelles municipales sont adaptées à recevoir des participations citoyennes en amont, explique Martin Blanchard. Notre hypothèse est qu’il faudra des changements soit au plan législatif, soit dans les manières de gouverner en matière d’aménagement urbain. »

En Amérique du Nord, rares sont les projets d’aménagement résidentiel qui échappent au schéma classique : une fois le projet ficelé, promoteurs et autorités municipales « consultent » les citoyens à grand renfort de présentations PowerPoint généralement suivies de périodes de questions. Or, il faut les faire intervenir plus tôt dans le processus, croit Martin Blanchard.

« Les citoyens sont les véritables experts de l’usage. Ils connaissent le quartier, ont remarqué l’augmentation du camionnage, savent quels carrefours sont dangereux. Ils ont pas mal plus à nous apprendre que l’inverse. » La Ville de Montréal, qui devra à moyen terme consulter la population en vue du réaménagement du quartier – cette consultation a été repoussée en même temps que le projet de déménagement de la STM –, pourrait dès lors s’inspirer de cette expertise. 

Au bout du compte, Imaginons Bellechasse vise à intégrer cette expertise citoyenne à l’ensemble des démarches de consultation publique, et ce, en amont des projets d’aménagement. « Une fois qu’on peut démontrer que le projet Bellechasse serait beaucoup plus intéressant s’il intégrait les visions citoyennes, l’idée est de savoir comment faire pour que les structures démocratiques soient capables d’obtenir ces expertises », dit Martin Blanchard.

Les résultats seront présentés aux élus municipaux afin de maximiser les chances que le réaménagement du site corresponde aux besoins et aux souhaits de la communauté. De son côté, la mairie d’arrondissement se montre ouverte à la démarche et promet de prendre en compte ses conclusions.