Esquisses, vol. 23, no 4, hiver 2012-2013

ChroniqueFaites vos voeux!

Pierre Frisko

À l’époque où je siégeais au conseil d’administration d’un CLSC-CHSLD, la représentante des bénéficiaires trouvait étrange qu’on parle d’elle et de ses pairs comme d’usagers. Elle ne le disait pas comme ça, mais on comprenait qu’elle entendait plutôt « usagés ». Vous savez comme ils sont susceptibles, les vieux. Pardon, les aînés. Ils ne veulent même plus qu’on les appelle vieux.

Le terme est passé dans l’usage courant. L’usager aussi. L’École nationale supérieure d’architecture de Paris-La Villette organisait récemment un colloque qui le mettait en vedette. Avec un titre qui intrigue : « Les métiers de l’architecture et de l’urbanisme à l’épreuve de l’implication des habitants et des usagers. »

À l’épreuve. C’est bien dit, non ?

Paraît que c’est dans l’air du temps, et que ça va aller en s’accentuant. Les citoyens veulent avoir leur mot à dire dans l’aménagement de leur ville et de leurs bâtiments. Alors ils s’impliquent. Ou cherchent à le faire quand on ne leur laisse pas la place.

Vous vous rappelez l’aventure du casino avorté à Pointe-Saint-Charles ? Débarqué avec ses gros sabots dans un quartier qui ne l’attendait pas, Loto-Québec a vu son projet rejeté par une population qui ne s’est pas laissé impressionner par les habituelles promesses de retombées économiques enrobées d’une couche de Cirque du Soleil. Un exemple parfait de ce qu’il ne faut plus faire, paraît-il.

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Nous sommes à l’ère de la concertation, de la participation citoyenne. Finie l’époque où l’on se contentait d’expliquer aux gens comment le joli projet allait ramener la prospérité et la joie dans le quartier en leur demandant d’attendre passivement qu’on le réalise.

En France, la concertation est prévue dans le processus réglementaire depuis un bout de temps. Ce qui a donné lieu à tout un processus de consultation et de participation en vue du réaménagement des Halles de Paris, là où se trouve cet épouvantable centre d’achats en plein cœur de Paris nommé Forum des Halles. La démarche a eu lieu de 2002 à 2010.

Vous direz que c’est un peu long. Mais qui va s’en soucier si, en bout de ligne, on a un meilleur projet et que tout le monde en ressort plus heureux ?

Bon, d’accord, tout le monde n’en est pas ressorti heureux. Pour tout dire, la concertation n’a réussi qu’une chose : déplaire à tout le monde.

C’est souvent comme ça, avec les nouveaux jouets, on ne sait pas trop comment les utiliser. Un peu comme si on jouait au Monopoly avec les règles du Clue. Mrs White sur l’Avenue du Parc avec un dé à coudre.

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À Montréal aussi, on consulte. On ne saisit pas toujours pourquoi, ça ressemble souvent à des consultations de pratique, genre pas pour vrai. Mais on consulte.

On en a un bel exemple avec le plan de développement urbain, économique et social des secteurs (PDUES) Marconi-Alexandra, Atlantic, Beaumont, De Castelnau. Pas vraiment un quartier, mais une espèce de « raboutage » à la jonction de quatre quartiers. Je ne vais pas vous dire tout le mal que je pense de la façon de consulter, là n’est pas la question. Commencée à la fin du printemps, elle n’est pas encore terminée : le rapport final n’a été ni publié, ni diffusé. Ce qui n’a pas empêché l’Office de consultation publique de Montréal de lancer, de son côté, une nouvelle consultation, pour une parcelle située à l’intérieur du secteur.

Je ne sais pas pourquoi, mais ça me fait penser à une autre grande consultation, tenue à l’automne 2011 celle-là. On devait enfin y régler le sort du mal-aimé, sous-utilisé et mal aménagé Parc olympique.

On a fait parler tout le monde, sa mère et son chien. On lui a permis de tout dire, et aussi son contraire. Et qu’a donc fait le comité avec toutes ces belles recommandations ? Un catalogue. Une liste d’épicerie. Et puis plus rien.

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À l’épreuve.

Faudrait juste tourner ça un peu autrement. « L’implication des habitants et des usagers à l’épreuve des consultants. »

C’est plein de potentiel.