Esquisses, vol. 23, no 4, hiver 2012-2013

Intégration des architectesLa force de l'expérience

Jusqu’à tout récemment, plusieurs architectes d’expérience, formés et reconnus à l’étranger, ne pouvaient pratiquer l’architecture une fois installés au Canada. Une iniquité que corrige le Programme pour les architectes de l’étranger possédant une vaste expérience, qui vient d’entrer en vigueur.

Carole Giard et Cédryc Viens

Milos vit au Québec depuis deux ans*. La chance lui a souri : peu après son arrivée, il décrochait un emploi dans un bureau d’architecte. Il faut dire qu’en quittant son pays d’origine, Milos a laissé derrière lui une pratique établie depuis une vingtaine d’années et la reconnaissance de ses pairs, un bagage qui a séduit son employeur québécois. Sauf qu’ici, pour l’instant, il n’est encore ni architecte ni stagiaire.

Jusqu’à maintenant, les architectes étrangers d’expérience comme Milos hésitaient à entreprendre les longues démarches menant au permis d’exercice. Mais une nouvelle avenue s’offre maintenant à eux.

Grâce à un appui financier de Ressources humaines et Développement des compétences Canada, les 11 ordres d’architectes du Canada ont créé le Programme pour les architectes de l’étranger possédant une vaste expérience (AÉVE). À l’ère de la mondialisation et de la mobilité des talents, cette mesure, lancée le 21 septembre dernier, offre une voie d’accès à la profession aux architectes étrangers qui désirent obtenir un permis d’exercice au Canada. Efficace et équitable, ce programme évalue l’expérience de travail et les compétences des architectes étrangers par rapport aux normes pancanadiennes de compétence exigées pour l’exercice de la profession.

Auparavant, aucun programme national approprié n’était en place pour les architectes autorisés à exercer la profession ailleurs dans le monde. Ainsi, un architecte immigrant devait faire évaluer son profil universitaire, effectuer un stage de deux ou trois ans et réussir l’examen d’admission, et ce, même s’il avait réalisé des projets d’envergure pendant 20 ans dans son pays d’origine. Pour un architecte qui a fait ses études il y a longtemps, on peut comprendre qu’il soit assez difficile de se retrouver dans les souliers d’un stagiaire. C’est d’autant plus incongru dans le cas d’une personne jouissant d’une reconnaissance internationale en architecture.

Le programme AÉVE corrige cette iniquité et tient compte de l’expérience acquise à l’étranger tout en protégeant le public, puisqu’il exige six mois d’expérience architecturale au Canada. Au cours de cette expérience, l’architecte étranger acquiert une connaissance de la réglementation canadienne qui régit le cadre bâti ainsi que des particularités locales propres à la pratique de l’architecture, notamment en ce qui concerne le climat et l’environnement. Naturellement, une bonne connaissance de la langue est nécessaire pour exercer la profession : au Québec, à moins d’en être dispensé sous certaines conditions, un examen de français est obligatoire.

 

Critères précis

Désormais, les architectes étrangers qui ont au moins sept ans d’expérience et satisfont à tous les critères d’admissibilité du programme peuvent faire reconnaître leurs compétences par le biais d’une auto-évaluation et d’une entrevue conduite par des architectes canadiens. Le candidat qui se conforme à la norme de compétence reçoit un certificat lui permettant de présenter une demande d’inscription auprès de l’ordre d’architectes de son choix. Si le candidat ne démontre pas une compétence suffisante, la certification d’AÉVE est refusée. Par contre, si ses lacunes se limitent à certains domaines, des mesures correctives (comme des cours, un stage ou un examen) sont prescrites.

La communauté architecturale voit de grands avantages à l’admission d’architectes formés à l’étranger, car ils apportent des idées, des expériences et des points de vue qui peuvent enrichir la profession. Les architectes étrangers qui font du Canada leur terre d’accueil auront désormais la possibilité de pratiquer plus rapidement que par le passé et de contribuer, à la hauteur de leurs compétences, à la société canadienne.

• Pour connaître les critères d’admissibilité au programme AÉVE et pour présenter une demande en ligne, voir le site du Conseil canadien de certification en architecture.

• Vous êtes un architecte praticien ou à la retraite ayant au moins cinq ans d’expérience diversifiée de la pratique et vous souhaitez vous impliquer dans le programme AÉVE à titre d’évaluateur ? Communiquez avec Nathalie Cabrera à ncabrera@oaq.com. Il s’agit d’une implication bénévole. Les frais de déplacement et de séjour sont remboursés.

* Cas fictif.