Esquisses, vol. 24, no 1, printemps 2013

ÉcosseAppel de phare

Même si l’Écosse n’est pas un État, cela n’a pas empêché cette nation de quelque 5,2 millions d’habitants, rattachée au Royaume-Uni depuis trois siècles, d’adopter une politique nationale de l’architecture en 2001. Des pistes pour le Québec ? 

Martine Roux

Pour le gouvernement écossais, le bilan est clairement positif : 12 ans après son adoption, la politique nationale a contribué à élever les standards de design et d’architecture d’un bout à l’autre du pays, nous explique l’architecte Jim Mitchell, de l’organisme gouvernemental chargé de sa mise en œuvre.

Il faut dire que les Écossais avaient hissé la barre bien haut. Parmi les 40 engagements de la politique, on note par exemple la promotion de la bonne architecture comme moteur de développement social, économique et culturel, tant au plan national que local.

L’adoption de la politique a notamment entraîné la création d’Architecture + Design Scotland (A + DS), un organisme indépendant qui fait la promotion de la qualité en architecture et en aménagement par la mise en œuvre de programmes d’actions ciblant des gestes précis : urbanisme, design, développement durable, architecture scolaire, architecture de la santé. Un exemple concret de son activité : la création d’un jeu en ligne sensibilisant les enfants aux enjeux de développement durable dans le bâtiment, My Sust House.

La jadis tristounette Glasgow, ville la plus grande et la plus peuplée d’Écosse et métropole culturelle, a pour sa part subi toute une cure de rajeunissement. En prime, elle a désormais pour phare un des plus importants centres d’architecture en Europe, le Lighthouse, installé dans les anciens locaux d’un quotidien. L’an passé, ses conférences, ateliers et expositions sur l’architecture et le design ont attiré plus de 300 000 visiteurs.

Selon Johnny Rodger, professeur à l’école d’architecture de Glasgow, le Lighthouse agit comme un véritable catalyseur de la politique de l’architecture écossaise : il a l’avantage de provoquer des discussions sur l’architecture et le design, même dans le grand public.

« Il a engendré une immense pépinière de talents, pas seulement chez les architectes et les designers, mais également parmi les artistes : sculpteurs, peintres, musiciens, écrivains, comédiens. À tel point qu’on peut dire du Lighthouse qu’il a non seulement remis au goût du jour l’adage selon lequel l’architecture est la mère de tous les arts, mais qu’il joue aussi un rôle avant-gardiste en positionnant cette discipline en tant que mère de toutes les créations. »

Encore plus loin

En dépit de son jeune âge, la politique nationale de l’architecture écossaise a récemment fait l’objet d’une vaste consultation publique visant à en revoir les fondements. Plutôt que de laisser aux officines ministérielles le soin de déterminer les priorités, le gouvernement écossais a décidé de laisser le public s’exprimer librement.

En effet, le gouvernement veut ratisser large, précise Jim Mitchell. Loin de se limiter aux observations des professionnels, la consultation avait pour but de recueillir l’opinion du quidam quant à l’architecture et à l’aménagement écossais. Aucun sujet de discussion n’a été imposé, ce qui a laissé libre cours à la créativité de tout un chacun. Le gouvernement, qui a passé les derniers mois à colliger ces idées éparses, doit publier un nouveau texte en avril 2013. (Photo: Maisons abordables Tigh-Na-Cladach, Dunoon, Écosse, Gökay Deveci Architect. Crédit: Andrew Lee)

Enfin, les enjeux de développement durable et de changements climatiques doivent être intégrés aux objectifs de planification urbaine et d’environnement bâti, et la nouvelle mouture de la politique leur fera plus de place, soulignent les autorités gouvernementales. 

Tout n’est pas parfait au royaume d’Écosse, cependant. La crise économique frappe dur, stoppant du même coup certaines initiatives. Des projets d’architecture exemplaires sont retardés ou mis en veilleuse, tandis que les secteurs du design, de la construction et de l’aménagement tournent au ralenti.

Fait intéressant à noter lorsqu’on la compare au Québec, l’Écosse compte un mouvement indépendantiste plutôt actif. Un gouvernement souverainiste est au pouvoir depuis cinq ans, et un référendum sur la souveraineté est prévu pour 2014. Bien qu’exempte de partisanerie, la politique nationale de l’architecture renforce indirectement une certaine identité écossaise. Voilà qui pourrait donner des idées à certains Québécois…