Esquisses, vol. 24, no 1, printemps 2013

NorvègeEnjeux de société

La politique nationale de l’architecture adoptée en 2009 par la Norvège est l’une des plus récentes dans le monde. Et aussi l’une des plus ambitieuses.

Corinne Fréchette-Lessard

Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’Arkitektur.now, la politique nationale de l’architecture norvégienne, ratisse large. Du ministère de l’Enfance et de l’Égalité à celui du Pétrole et de l’Énergie en passant par la Défense et le ministère de la Culture, qui la coordonne, elle transcende à peu près tous les pans de la société. 

Cette politique propose une vision large de l’architecture. Elle stipule d’entrée de jeu qu’elle doit « contribuer à une meilleure qualité de vie par la création de bâtiments et d’environnements attrayants, fonctionnels et à vocation universelle ». Cette architecture de qualité doit être « l’expression d’une culture et d’une identité communes », peut-on y lire. Et pas qu’à petite échelle, car le champ d’intervention de la politique englobe aussi bien les bâtiments que les villes, agglomérations et paysages.

 

Une politique nationale, ça se prépare

Les différents ministères chargés d’appliquer cette politique – soit 13 sur un total de 18 – doivent relever trois défis majeurs : le développement durable et les changements climatiques, la transformation des environnements urbains et, enfin, la connaissance et l’innovation.

Pour que l’énoncé fasse écho à ces enjeux, certaines priorités ont été établies :

- L’architecture se distinguera par des solutions écologiques et moins énergivores

- Les villes et les grands centres urbains se développeront sur la base d’une architecture de qualité

- L’architecture bénéficiera des connaissances, de l’expertise et de la diffusion du savoir

- Leader en la matière, le gouvernement est garant de l’environnement culturel et du patrimoine bâti

- Le rayonnement de l’architecture s’étendra au-delà des frontières norvégiennes

Ces nobles intentions ne sont pas sorties d’un chapeau comme par magie. Le document a suscité de vastes et nombreuses discussions, notamment sur la notion de qualité architecturale. « Les échanges ont été menés aux plus hauts niveaux du gouvernement ainsi qu’aux échelons régional et municipal », explique Andreas Vaa Bermann, directeur de Norsk Form, la Fondation pour le design et l’architecture de Norvège.

Arkitektur.now a par ailleurs suscité un débat public de même qu’un dialogue enrichissant au sein de la profession architecturale. Elle rejaillit maintenant sur la pratique : par exemple, en s’appuyant sur la politique nationale, les architectes peuvent exiger des décideurs qu’ils insistent davantage sur la qualité architecturale.

 

Du concret

Adoptée il y a trois ans, cette politique a déjà donné naissance à près de 80 initiatives – événements, expositions, programmes – tels que la Triennale d’architecture d’Oslo, le projet Wild Card, qui vise à promouvoir le travail des architectes dans un contexte concurrentiel, ou encore le programme Citylab, un groupe de réflexion sur le développement urbain mené en collaboration avec des municipalités. Le ministère norvégien de la Culture reste, à l’heure actuelle, le principal bâilleur de fonds de ces initiatives. (Photo: Pilestredet Park, Oslo, Norvège, Bjørbekk & Lindheim Landscape Architects).

Dans plusieurs régions du pays, les agences d’architecture ont élaboré leurs propres stratégies architecturales, et certaines municipalités mettent sur pied des projets qui répondent aux critères de la politique nationale.

Mais la politique est encore jeune, et les défis ne manquent pas. « L’un de ceux-là consistera à faire en sorte que les différents ministères respectent leurs engagements », souligne Andreas Vaa Bermann.

Par ailleurs, dans la mesure où il s’agit d’une initiative portée par le Parti travailliste, au pouvoir depuis 2005, cette politique nationale pourrait « perdre une partie de son effet si le gouvernement venait à changer », note-t-il. Selon lui, elle devrait être conduite par le Parlement, comme c’est le cas pour d’autres politiques européennes en matière d’architecture. Histoire de s’assurer qu’elle soit inscrite durablement dans la loi.