Esquisses, vol. 24, no 1, printemps 2013

Tour d'horizon européenContrôle qualifié

En 2001, l’Union européenne a émis une directive incitant ses membres à adopter une politique guidant l’intervention sur le cadre bâti. Plusieurs pays ont emboîté le pas. Ailleurs, personne n’est allé aussi loin. Voici un résumé de quelques initiatives européennes quant à l’encadrement de l’architecture. Puis, zoom sur trois politiques dont pourrait s’inspirer le Québec : celle des Pays-Bas, pionnière et exemplaire, celle de la Norvège, ambitieuse, et celle de l’Écosse, dont les revendications rappellent une certaine québécitude. 

Martine Roux 

 

Allemagne

L’Allemagne n’a pas encore adopté de politique nationale de l’architecture, mais le ministre fédéral des Transports, de la Construction et de l’Habitation a lancé en 2000 l’Initiative Architektur und Baukultur (soit un bureau de l’architecture et des bonnes pratiques de construction). Il est formé d’une quarantaine d’organismes gouvernementaux, universitaires, professionnels et privés, dont une d’organisations liées au design. Ce regroupement s’intéresse à la façon dont l’environnement bâti est créé, rénové et utilisé.


Autriche

Comme l’Allemagne, l’Autriche est un État fédéral. Ses neuf Bundesländer sont responsables d’implanter les politiques architecturales, qui varient donc d’un État fédéré à l’autre. Dénominateurs communs : l’architecture en tant qu’enjeu d’intérêt public pour sa contribution à la qualité de vie de chacun, son potentiel de développement économique et le rayonnement qu’elle accorde au pays au-delà des frontières. À la demande du parlement autrichien, les politiques sont revues tous les cinq ans.

 

Danemark

Adoptée en 2007, la politique nationale de l’architecture danoise priorise la qualité de vie en même temps que la qualité en architecture. Fait intéressant, elle a été déposée conjointement par les ministres de l’Économie et de la Culture puisque, selon le point de vue danois, une architecture de qualité stimule à la fois le tourisme et les exportations, entre autres avantages.

 

France

Pionnière en la matière, la France n’a pas mis en place de politique nationale de l’architecture à proprement parler, mais une série de dispositions législatives et de règlements encadrant, définissant et défendant la qualité en architecture. Ainsi, la Loi sur l’architecture, adoptée en 1977 – qui a déclaré l’architecture d’intérêt public – a institué les Conseils d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement (CAUE), aujourd’hui présents dans chaque département français. Il s’agit d’organismes de droit privé qui assurent des missions de service public pour la promotion et le développement de la qualité architecturale, urbaine et environnementale.

Tout en haut de l’échelle, l’architecte des bâtiments de France – l’équivalent d’un « architecte national en chef » appuyé par des représentants régionaux – a pour mission l’entretien et la conservation des monuments, protégés ou non, ainsi qu’un rôle général de conseil indépendant, ceci au sein des Services territoriaux de l’architecture et du patrimoine (STAP).

Enfin, fruit d’une volonté politique, la Mission interministérielle pour la qualité des constructions publiques a été créée par décret le 20 octobre 1977. Placée auprès du ministre chargé de l’architecture, sa vocation est de promouvoir la qualité architecturale dans le domaine des constructions publiques. Qu’il s’agisse d’ouvrages neufs ou à réhabiliter, ce domaine englobe les bâtiments, les infrastructures et les espaces publics qui sont sous la responsabilité de l’État ou des collectivités territoriales.

 

Italie

L’Italie est, et de loin, le pays comptant le plus grand nombre d’architectes per capita sur la planète. Or, son projet de politique nationale est resté dans les cartons, faute de volonté politique pour le faire adopter. Toutefois, le gouvernement a créé en 2001 la Direction générale pour l’architecture et l’art contemporain, un organisme qui se base sur un modèle décentralisé. Un peu comme les CAUE de France, sans pour autant avoir la même portée.

 

Pays-Bas

En 1991, soit 10 ans avant la directive émise par le Conseil de l’Europe, les Néerlandais ont été les premiers à adopter une réelle politique nationale d’architecture, exception faite des initiatives françaises en la matière. Il s’agit d’une politique avant-gardiste qui a mené à la création de nouvelles institutions de renom qui agissent en chiens de garde de la qualité en architecture et en design urbain, dont Architectuur Lokaal.

 

Grande-Bretagne

Il n’y a pas de politique nationale de l’architecture en Grande-Bretagne (à l’exception de l’Écosse). Par contre, le gouvernement britannique a créé en 1999 la Commission for Architecture and the Built Environement (CABE), une agence publique vouée à la promotion et à l’amélioration de l’architecture, de l’urbanisme et des espaces publics. Sa mission : faire en sorte que les décideurs en matière de design, de gestion et d’entretien de l’environnement bâti reconnaissent, priorisent et choisissent la qualité.

 

Écosse

Bien qu’elle ne forme pas un État – c’est l’une des trois nations qui constituent la Grande-Bretagne –, l’Écosse a adopté une politique nationale de l’architecture en 2001. Son objectif principal est de promouvoir les rôles économique, social, culturel et environnemental de la bonne architecture. En mai dernier, le gouvernement écossais lançait une vaste consultation publique afin de l’élargir et de la rafraîchir.

 

Norvège

Adoptée en 2009, cette politique nationale est l’une des plus récentes et des plus novatrices. De très grande portée, elle touche 13 des 18 ministères norvégiens. Pour les élus norvégiens, l’architecture est un important facteur de développement économique et touristique. Rappelons que la Norvège n’est pas membre de l’Union européenne. Parmi les autres pays non membres, la Turquie et la Macédoine ont aussi mis en place des politiques nationales de l’architecture.

 

Hors de l'Europe

 

Australie

En Australie, des voix s’élèvent pour réclamer une politique nationale de l’architecture et du design. Parmi elles : l’Australia Design Alliance de même que le président de Hassel, l’une des plus importantes entreprises d’architecture australiennes. Le projet est peu avancé, ses défenseurs en étant pour l’instant aux représentations auprès du gouvernement. S’ils parviennent à leurs fins, l’Australie sera le premier pays hors du continent européen à adopter une telle politique.

États-Unis

Bien que dépourvus de politiques visant la qualité architecturale – à notre connaissance, l’enjeu n’a pas fait son chemin dans les officines politiques –, les États-Unis ont néanmoins esquissé au fil des dernières décennies quelques initiatives en matière de design et d’architecture. Citons notamment le Federal Design Improvement Program, les Guiding Principles for Federal Architecture (qui établissent des normes pour les immeubles fédéraux) et les Presidential Design Awards. De bien timides mesures en comparaison des politiques nationales européennes.

 

Sources 

Conseil des architectes d’Europe (CAE)

Forum européen des politiques architecturales (EFAP-FEPA)

Architect (magazine de l’American Institute of Architects)