Esquisses, vol. 25, no 1, printemps 2014

Société québécoise des infrastructuresMandat parent

L’accouchement a été plus long que prévu, mais la Société québécoise des infrastructures a finalement vu le jour en novembre. Quel sera son mandat, et quels modes de réalisation privilégiera-t-elle ? Présentation. 

Hélène Lefranc

Issu de l’union de la Société immobilière du Québec et d’Infrastructure Québec, la Société québécoise des infrastructures (SQI), dernier-né des organismes gouvernementaux, a hérité des missions respectives de se deux « parents » : d’une part, soutenir les organismes publics dans leurs projets d’infrastructure et, d’autre part, développer, maintenir et gérer leur parc immobilier. Ainsi, deux grands volets composent l’organigramme : gestion immobilière d’un côté, planification et gestion de projets de l’autre.

Qu’apporte au fond cette création ? Pour le gouvernement québécois, le but est clair : favoriser une meilleure reddition de comptes tout au long de l’évolution des projets. Il s’agit aussi d’optimiser les ressources et d’obtenir une masse critique d’expertise.

Concrètement, ceux que la SQI nomme ses « clients », c’est-à-dire les ministères et organismes qui font appel à elle, s’adresseront dorénavant à un seul interlocuteur dans le traitement de leurs projets. La SQI devient en effet gestionnaire de tous les grands projets [voir encadré], du démarrage jusqu’à la clôture. En tant que maître d’œuvre, elle est responsable de la performance à l’égard des coûts, de la portée du projet et des échéanciers. De plus, elle devra informer le gouvernement de la présence de tout enjeu ou risque qui n’aurait pas été évalué et nécessiterait de modifier les paramètres initiaux. Un bureau de coordination de projets la relie d’ailleurs au Conseil du trésor, avec qui elle collaborera étroitement.

La SQI tient-elle davantage de la Société immobilière du Québec ou d’Infrastructure Québec ? Ses deux organismes n’avaient ni la même culture organisationnelle, ni la même idéologie. Son président-directeur général, Luc Meunier, un gestionnaire qui a fait carrière dans le secteur public, a été depuis 2011 à la tête d’Infrastructure Québec, puis de la Société immobilière du Québec avant qu’elle ne disparaisse. Selon lui, même si on peut avoir l’impression que le nouvel organisme absorbe Infrastructure Québec, en fait, il réunit les avantages des deux anciennes sociétés : l’une était centrée sur les besoins fonctionnels et techniques du client, l’autre proche des priorités gouvernementales. « L’intégration apporte une plus-value », affirme-t-il, autant pour les clients que pour les actionnaires. « Grâce à l’ancien rôle d’influence d’Infrastructure Québec, on pourra par exemple débloquer rapidement des dossiers. »

 

Expertise renforcée

Le profil des collaborateurs d’Infrastructure Québec, essentiellement des juristes et des financiers embauchés par la défunte Agence des PPP, faisait sourciller plus d’un architecte. De son côté, la Société immobilière du Québec employait 51 architectes – soit un peu plus de 6 % de l’effectif –, ce qui faisait dire aux mauvaises langues qu’ils contrôlaient l’organisme ! Tous font partie des 800 employés de la SQI, qui revoit présentement la composition de son effectif et cherche à définir un plan de main-d’œuvre, sans pour autant amoindrir le savoir-faire dans les domaines des infrastructures de santé ou de justice.

« Une chose est certaine, dit Luc Meunier, nous allons renforcer notre expertise en gestion de projet. Elle évoluera ensuite en fonction de notre portefeuille, selon la mise en œuvre du Plan québécois des infrastructures. » Un gestionnaire de projet devra rendre compte de bout en bout. Des compétences seront déployées pour l’appuyer et l’accompagner, y compris sur le plan technique. Ces gestionnaires sont d’ailleurs généralement des architectes ou des ingénieurs. Avis aux intéressés : des postes sont déjà à pourvoir.

La consolidation de l’expertise interne devrait être positive pour les architectes en pratique privée. « Parler le même langage permettra de bien travailler ensemble. Cela facilitera la vie des professionnels à l’externe et nous permettra d’aller chercher la meilleure valeur ajoutée en architecture et en ingénierie », estime le gestionnaire. Pas de changement du côté de la sélection des professionnels et de leur rémunération : elle se poursuit sur la base de la qualité et du décret.

 

Bibliothèque Marc-Favreau, Dan Hanganu architectes. Photo: Michel Brunelle

 

Dogmatisme écarté

Les spécialistes de la gestion de projet et de ses aspects juridiques seront particulièrement utiles à la SQI puisque la directive (voir encadré plus bas) qui entrera prochainement en vigueur lui confiera la responsabilité de préparer, pour le ministre concerné, le dossier d’affaires des grands projets, accompagné de recommandations sur le mode de réalisation. Au final, c’est le Conseil des ministres qui tranchera.

Le nouvel organisme étant susceptible d’influencer les décisions politiques, on peut se demander quelle est sa position quant aux modes de réalisation. La SQI souhaite être reconnue pour sa rigueur dans l’élaboration des dossiers d’affaires et l’analyse du mode de réalisation adéquat (traditionnel, clés en main, gérance de projet, partenariat public-privé). « Un gardien de la rigueur », se plaît à répéter Luc Meunier, insistant aussi sur le fait que la SQI s’engage à être la plus transparente possible.

Dès lors, le dirigeant affirme que l’organisme, « tel un menuisier qui ne peut pas se priver d’outils », prendra en considération tous les modes de réalisation « sans en démoniser aucun ». Il promet aussi de faire preuve de flexibilité quant à leur mise en œuvre. Deux exemples l’inspirent tout particulièrement : le viaduc de Millau, où un concours d’architecture et d’ingénierie a précédé le PPP, et le Musée national des beaux-arts du Québec, où le concours d’architecture a été suivi d’un dialogue compétitif, habituellement réservé au processus de PPP. 

Un événement heureux ? Trop tôt pour en juger, mais pour les architectes, cette naissance s’annonce prometteuse.

 

 

Bibliothèque Laure-Conan et hôtel de ville de La Malbaie, Bisson, ACDF*, Desgagnés, architectes en consortium <br \> Photo : Stéphane Groleau
Bibliothèque Marc-Favreau, Dan Hanganu architectes <br \> Photo: Michel Brunelle

La SQI en chiffres

• Budget : environ 900 millions de dollars (organisme extrabudgétaire, la SQI se finance par la tarification de ses services)

• Portefeuille de projets à terme : 22 milliards de dollars d’investissements

• Parc immobilier : 5,2 millions de mètres carrés dans 1300 bâtiments

 

 

De la politique à la directive

Québec finalise présentement une Directive sur la gestion des projets majeurs d’infrastructure publique afin de remplacer l’actuelle Politique-cadre des grands projets d’infrastructure publique. Cette démarche fait suite à la publication, en avril dernier, du Plan québécois des infrastructures 2013-2023, qui planifie les investissements sur 10 ans, et à la loi ayant mené à la création de la Société québécoise des infrastructures. La nouvelle directive fera passer le seuil d’un grand projet de 40 à 50 millions de dollars et détaillera son cheminement dans l’appareil gouvernemental de même que les étapes de sa validation.