Esquisses, vol. 25, no 1, printemps 2014

Bâtir au bon endroitL'esprit des lieux

Les choix d’emplacement des commerces, bureaux, services et équipements publics jouent un rôle décisif dans l’organisation spatiale, la vitalité du territoire et les besoins de transport. Car bâtir au bon endroit, c’est tout un art ! Voici comment aider vos clients à tirer parti des sites urbains. 

Amandine Rambert* 

Depuis août 2012, la Ville de Sherbrooke impose l’établissement au centre-ville de tous les nouveaux locaux de 750 m2 et plus, tels certains commerces ou bureaux de services professionnels et d’affaires. Le but : maintenir la vitalité du centre et, ainsi, rehausser l’attractivité de Sherbrooke. Une réglementation visant à contrer l’étalement urbain, en quelque sorte.

Sherbrooke n’est pas la seule. Face au constat de l’éparpillement des activités – les distances totales parcourues ont augmenté de 37 % entre 1990 et 2007 selon le ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs –, plusieurs municipalités choisissent d’encadrer les décisions en matière d’immobilier pour assurer l’intégration urbaine des activités professionnelles et commerciales et la vitalité de leur territoire. À l’inverse, beaucoup d’organisations se rendent compte de l’importance de s’établir dans un noyau urbain, notamment en raison des ennuis de santé et de l’absentéisme liés aux pratiques de mobilité de leurs employés.

 

Vitrines habitées, Daoust Lestage inc.
Photo: Marc Cramer
 

Milieux de vie

Plusieurs raisons poussent les entreprises à s’établir dans un centre urbain, dont la proximité d’activités et la vitalité du quartier. Fait nouveau, Vivre en Ville a récemment constaté qu’au Canada de nombreuses chaînes de grandes surfaces − Rona, Canadian Tire, Best Buy, etc. – délaissent les emplacements en périphérie pour réinvestir les milieux urbains avec des magasins de plus petite superficie. En se rapprochant de leur clientèle, elles consolident leurs parts de marché et résistent mieux à la concurrence, notamment celle du commerce électronique.

Ainsi, en choisissant d’installer son bureau montréalais dans le quartier Mile-End, l’éditeur et producteur de jeux vidéo Ubisoft a misé sur la proximité de sa main-d’œuvre et sur l’image d’un secteur en transformation. La décision de l’entreprise a d’ailleurs provoqué un effet d’entraînement positif sur le tissu économique local. D’une part, de plus petits acteurs de la filière se sont stratégiquement établis à proximité pour multiplier les occasions d’affaires. D’autre part, les 2300 employés de l’entreprise constituent une clientèle intéressante pour les commerces et les restaurants du quartier. Bref, il s’agit d’un choix d’emplacement gagnant, et pour l’entreprise et pour la collectivité.

Avant de sélectionner un emplacement, les organisations tiennent généralement compte de la présence – ou de l’absence – de la concurrence. Toutefois, peu d’entre elles prennent en considération les atouts du quartier d’accueil. Pourtant, un quartier dense et bien desservi par le transport en commun permettra d’attirer davantage de candidats et de mieux retenir la main-d’œuvre. De plus, le fait d’être situé à distance de marche de restaurants, d’épiceries et de commerces, d’un CPE ou d’un CLSC peut améliorer considérablement la qualité de vie des employés, et ce, sans investissement de la part de l’employeur.

Enfin, une intégration dans un lieu qui est un milieu de vie animé et convivial favorise non seulement la résilience économique et l’attractivité, mais aussi l’expérience de tous les usagers d’un bâtiment.

Maison du développement durable, Montréal, Menkès Shooner Dagenais Letourneux architectes
Photo: Stéphane Groleau

Avantages collatéraux

Une organisation peut aussi tirer profit de l’expérience urbaine et de l’animation qu’offre la rue où elle s’implante. Par exemple, en choisissant d’installer ses nouveaux locaux rue Principale, à Granby, la Caisse Desjardins de Granby-Haute-Yamaska, conçue par Cimaise et Birtz Bastien Beaudoin Laforest architectes, a voulu assurer à long terme son image et son attractivité en tant qu’employeur. 

En outre, un bâtiment qui propose un lien harmonieux avec la rue profitera de son animation en même temps qu’il la renforcera. Cette interface s’exprime par l’échelle du bâtiment, par sa vitrine ou ses baies, qui donnent un aperçu de l’intérieur ou des étalages, et par sa terrasse. Autant d’éléments qui prolongent dans la rue l’expérience offerte aux employés, aux clients ou aux visiteurs.

À l’inverse, la présence d’un stationnement à l’avant d’un bâtiment constitue un obstacle à un dialogue fructueux entre l’activité et les passants. Pour y remédier, on peut notamment partager les espaces de stationnement avec les voisins, utiliser ou louer une surface à l’arrière du bâtiment, ou encore opter pour un stationnement étagé ou souterrain.

Chose certaine, les architectes peuvent aider les entreprises et organisations à profiter pleinement de l’emplacement choisi. Ils peuvent, par exemple, les inciter à favoriser une implantation à l’avant de la parcelle, de même qu’une entrée principale donnant sur le trottoir. Le bâtiment peut alors participer à l’animation de la rue et bonifier l’image de l’organisation auprès de tous ceux qui y passent, tout en apportant une plus-value au quartier. Un choix non seulement responsable, mais rentable. Qui dit mieux ?

* Chargée de projets, Vivre en Ville