Esquisses, vol. 25, no 1, printemps 2014

LoisirsLivres et applications

Les erreurs dans l’architecture

Antoine Vigne (idée de Jean Poderos)

« En architecture, une erreur, ça peut durer longtemps. » C’est sur cette truculente citation de Renzo Piano que s’ouvre ce bouquin consacré aux erreurs que recèlent certains ouvrages emblématiques du patrimoine architectural mondial. L’auteur, qui est historien, interprète ici le concept d’erreur de façon élastique : il ne recense pas uniquement les erreurs de conception, mais tient aussi compte, dans l’élaboration de sa nomenclature, des sources de controverse, des accidents, des tristes destins, des interprétations fautives, des restaurations abusives. Pensons notamment au Stade olympique de Montréal, un exemple notoire de dépassement de coûts, ou à la tour Eiffel, dont l’édification a provoqué la désapprobation générale. Il prend la même liberté avec le cadre architectural, qu’il conjugue au sens large, exposant, par exemple, l’urbanisme sans âme de certaines cités-jardins. Au-delà de l’histoire de l’architecture, il s’agit d’un fascinant portrait de l’Homme et de son inexorable soif de bâtir.

Éditions courtes et longues, 2013, 144 pages

 

Bâtir au bon endroit
La localisation des activités et des équipements au service des collectivités viables

Vivre en Ville (ouvrage collectif) 

Vivre en Ville ajoute ici un outil fort pertinent à sa collection avec ce livre qui cible un bobo répandu en Amérique du Nord : l’éparpillement des activités socioéconomiques dans les franges urbaines et l’allongement des distances à parcourir pour en profiter. À partir de leçons tirées de projets pilotes au Québec et de la recension de stratégies de localisation futées ailleurs dans le monde, il démontre comment les différents acteurs municipaux peuvent contrer ce phénomène. Les actions sont regroupées en quatre principes clés guidant l’intégration des activités au cœur des milieux de vie, le tout à l’avantage des individus, des commerces et de la collectivité. L’approche étant collée au contexte québécois, les possibilités d’interventions paraissent d’autant plus concrètes. Voilà un livre d’un grand intérêt pour les architectes, qui pourront suggérer quelques-uns de ses principes lors d’échanges avec les décideurs municipaux, ou guider adéquatement leurs clients dans leurs choix de localisation.

Vivre en Ville, 2013, 107 pages

  

Urgent Architecture
40 Sustainable Housing Solutions for a Changing World

Bridgette Meinhold 

Cet ouvrage s’appuie sur deux prémisses. D’un côté, l’importance de tenir compte des bouleversements climatiques lors de la construction de nouveaux bâtiments. De l’autre, le besoin grandissant d’abris temporaires permettant de loger les victimes de catastrophes en tous genres. Résultat : un bouquin inspirant qui recense des projets répondant à l’un ou l’autre de ces besoins. Répartis en cinq types, de l’abri transitionnel au préfabriqué, les projets sont décrits en détail et s’accompagnent de photos descriptives ou de plans simples. Si l’idée est excellente, le livre nous laisse un peu sur notre faim : les exemples présentés manquent de réalisme, et on y admire des maisons visiblement hors de prix ou, ironiquement, des abris ne semblant pas adaptés à la réalité climatique du site. Mais l’architecture de l’urgence mérite assurément une discussion, et on ne peut que féliciter Bridgette Meinhold de l’avoir entamée.

W.W. Norton, 2013, 256 pages

 

Bâtiment 7 : Victoire populaire à Pointe-Saint-Charles
La pointe libertaire

En 2005, le CN a vendu les terrains qu’il possédait dans le quartier montréalais de Pointe-Saint-Charles au promoteur immobilier Vincent Chiara pour la somme symbolique de 1 $. Il a du même coup inconsciemment provoqué un mouvement de contestation sociale qui n’a que récemment connu sa conclusion. En effet, cette zone accueille un entrepôt du chemin de fer voué à la démolition : le bâtiment 7. Pour les citoyens, il est clair que ça sent le condo ! Cette plaquette relate l’histoire de leur lutte pour la reconversion de l’ancien atelier à des fins sociales et artistiques. Le collectif anarchiste La pointe libertaire explique les différentes tactiques employées par les militants ainsi que la lente progression de leur démarche auprès de la Ville et du propriétaire. L’histoire n’est d’ailleurs pas terminée, car maintenant que le bâtiment a été cédé aux citoyens, il faut lui trouver une vocation qui plaira à l’ensemble des intéressés, ce qui n’est pas chose simple. Malgré tout, Bâtiment 7 propose une vision de la participation citoyenne qui donne à réfléchir.

Écosociété, 2013, 106 pages

  

Paper

Application pour iOS, par FiftyThree

Cette appli a tout pour plaire, en commençant par son design sympathique qui allie look accrocheur et convivialité. Essentiellement, Paper se présente comme un remplaçant numérique du bon vieux papier à dessin. Utilisée sur tablette, l’application permet de créer, de conserver et de partager des croquis numériques en un claquement de doigts. À la base, avec la version gratuite, des outils aussi simples qu’efficaces tels que plume fontaine, gomme à effacer et palette de couleurs servent à esquisser des idées à grands traits. Mais si on y greffe la trousse à outils complète – au coût de 7 $US –, la richesse de l’appli s’en trouve décuplée. La galerie de projets exposés témoigne d’ailleurs de la grande polyvalence de l’outil, dont des esquisses plutôt convaincantes conçues par des architectes qui l’ont adopté. Gare à la dépendance !

 

Rénovation

Ce dossier de la revue québécoise Esse se consacre aux démarches artistiques en lien avec la rénovation. Car, en effet, les chantiers peuvent inspirer des œuvres singulières ou spectaculaires. Ainsi, les frères Chapuisat s’installent dans des lieux avant leur rénovation pour y construire des structures ludiques et chaotiques éphémères dans lesquelles le visiteur peut se glisser. Ils interrogent l’idée même d’architecture et d’équilibre des structures, en plus de permettre une réappropriation sociale du bâtiment avant sa disparition ou sa transformation. Le reste du portfolio est tout aussi riche : on peut admirer des peintures de Michael Merrill sur le thème du chantier, des outils revisités par Jannick Deslauriers, des photographies de Yann Pocreau, dont une série réalisée en collaboration avec la SHED architecture, et des installations de José Luis Torres à partir de matériaux de démolition. De quoi vivre autrement vos visites de chantier…

Esse, no 80 (hiver 2014), 130 pages

 

Water Urbanisms 2 – East

Faisant écho à un premier tome, Water Urbanisms, publié en 2008, cet ouvrage collectif prolonge la réflexion sur la place de l’eau dans les villes et sa prise en compte par les urbanistes. Il se concentre sur l’Asie, où l’eau joue un rôle particulièrement important dans la vie des citoyens. Comme ailleurs, la pression des changements climatiques et les besoins grandissants obligent à penser autrement les aménagements à cet égard, qu’il s’agisse d’infrastructures utilitaires ou récréatives. Les auteurs décortiquent les enjeux avant de présenter l’expérience acquise à travers une riche tradition et les pratiques plus contemporaines. Ils terminent en explorant les idées émergentes. L’ensemble est richement illustré et la lecture... fluide !

Park Books, série « UFO: Explorations of Urbanism », 2013, 258 pages