Esquisses, vol. 23, no 3, automne 2012

Plan NordAménager plutôt qu'exploiter

Quatre panélistes ont tenté de répondre à la question posée par la table ronde sur le Plan Nord : Le développement durable est-il soluble dans les ressources naturelles ? Quatre visions, un constat principal : la nécessité de développer durablement, en incluant les communautés.

Le président de l’Ordre, André Bourassa, a lancé la discussion en constatant que le vaste projet gouvernemental du Plan Nord était « loin d’être de la science-fiction ». Bien que le flou demeure quant aux déclinaisons concrètes sur le terrain, il espère des retombées positives, y compris pour le reste de la province. Par exemple, sur le plan de l’efficacité énergétique, il souhaite que les architectes puissent s’inspirer de ce qui se construira au-dessus du 49e parallèle plutôt que de la Floride.

Chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard a commencé son propos par une longue tirade en innu, histoire d’illustrer les difficultés qui attendent quiconque veut faire des affaires sur le territoire du Plan Nord. Il espère de son côté qu’on évitera de refaire des erreurs comme Schefferville, localité qui a failli être rasée après la fermeture de la mine. Ce genre de faute n’est pas exclue, puisque le gouvernement a écarté certaines communautés des discussions préalables au Plan Nord, remarquait-il. À condition de respecter certaines conditions, le Plan Nord pourrait cependant représenter une belle occasion pour les Premières Nations. Le chef rêve notamment de la construction de 7000 logements nouveaux sur 10 ans, de la rénovation des 30 % des logements existants – en grande partie contaminés par des moisissures – et de l’émergence d’expertises locales chez les autochtones, qui prendraient aussi mieux en charge leur territoire.

 

LA RESPONSABILITÉ DES ARCHITECTES

Le jugement de l’architecte Alain Fournier, qui travaille régulièrement dans le Nord, est sans appel : « Le Plan Nord, ce n’est ni du développement durable, ni même un plan, c’est uniquement du développement tous azimuts des ressources minières. Le rouleau compresseur continue, seule la façon de faire avaler la pilule diffère. » Selon lui, les architectes doivent se mettre au service des communautés en évitant de reproduire les vieux modèles coloniaux d’acculturation. Au-delà des considérations écologiques, un développement véritablement durable englobe aussi des dimensions sociales et culturelles, rappelait-il. Quant au Plan Nord, il constate que les communautés nordiques ont été informées et non consultées, alors que l’enjeu du logement est crucial. Comment s’étonner que les maisons soient en piteux état quand trois familles habitent dans le même logement et que les programmes financiers ne suffisent pas à régler le problème ?

Marc-Urbain Proulx, professeur en économie régionale à l’Université du Québec à Chicoutimi, a remis les choses en perspective. Mis à part les 80 milliards de dollars d’investissements annoncés par le gouvernement d’ici 2030, peu d’éléments du Plan Nord sont tangibles, selon lui. Encore moins les retombées économiques, impossibles à chiffrer. Au Nord, seul le village d’Otelnuk pourrait se développer, mais l’utilisation des ressources naturelles produites devrait en revanche accélérer la métropolisation du Sud, où s’installeront éventuellement les manufacturiers et les services nécessaires. « En réalité, le Québec est un centre très dense le long du fleuve Saint-Laurent et une immense périphérie dans laquelle pénètrent quelques corridors qui servent à évacuer les richesses produites au Nord. Entre le Nord et le Sud, les zones intermédiaires sont dévitalisées. » Pour lui, le Québec reste donc un territoire à organiser.

À petite ou à grande échelle, les architectes ont une responsabilité à assumer afin que des choix plus durables éclairent la gestion et l’exploitation du Québec, y compris au Nord.