Esquisses, vol. 25, no 2, été 2014

ÉditorialAu-delà de la réglementation, l’ambition

Nathalie Dion, présidente, Ordre des architectes

Notre tournée pour promouvoir l’adoption d’une politique nationale de l’architecture (PNA) est maintenant bien entamée. Je reviens de Joliette, après avoir été à Trois-Rivières, Gatineau et Drummondville. Partout, nos membres ont réservé un bel accueil à notre initiative. Prendre le pouls auprès des maires en vaut également la peine. Il est intéressant d’entendre les préoccupations concrètes de ces responsables.

Attachés à la qualité des bâtiments et des paysages, ils sont favorables à l’élaboration d’une PNA. Leur seul bémol : ne pas ajouter un niveau supplémentaire de réglementation. Il est donc temps de le préciser : réclamer que soit mise en place une politique nationale de l’architecture n’est pas demander davantage d’encadrement. Une telle politique est avant tout la déclaration d’une vision commune visant à doter le Québec d’un cadre bâti de qualité à toutes les échelles et partout. Au-delà de ce geste politique – au sens noble du terme – qui montre que l’État et ses représentants se préoccupent de la qualité de l’architecture, il s’agit aussi de se donner les moyens de cette ambition.

Une fois la vision énoncée, un plan d’action devra être élaboré pour nous permettre d’atteindre nos objectifs. Ce sont les moyens en question, la boîte à outils. La réglementation n’en est qu’un aspect.

Bien sûr, une PNA pourrait signifier une réglementation plus adéquate, par exemple l’édification d’un Code de construction unique. Elle pourrait aussi se traduire par une réglementation plus sévère dans les cas où cela est nécessaire, notamment pour fixer des cibles d’efficacité énergétique plus ambitieuses. Toutefois, une PNA entraînerait également la simplification et l’assouplissement de certaines règles : pensons à l’harmonisation des exigences dans la sélection des professionnels entre les municipalités et le gouvernement, qui pourrait annoncer la fin de la règle du moins-disant (du « plus bas soumissionnaire ») et la possibilité pour les villes d’organiser plus facilement des concours d’architecture. 

Enfin, une PNA pourrait aussi déboucher sur une forme de déréglementation. Certains règlements pourraient être allégés et radicalement transformés. Plutôt que de prescrire une « recette » absolue, complexe et lourde, ils seraient formulés par objectifs. Des objectifs visant à assurer une architecture distinctive améliorant la qualité de vie des citoyens et suscitant la fierté collective. Bref, les outils de la boîte doivent être ordonnés, cohérents, compris et simples à mettre en œuvre. La souplesse doit être au rendez-vous.

Les villes et les villages doivent en effet pouvoir se développer en fonction de leur contexte. Les bonnes pratiques doivent être encouragées : si une Ville veut être exemplaire en matière d’accessibilité universelle et aller plus loin que la norme, il ne faut pas la contrarier, mais au contraire la soutenir et lui permettre d’essaimer sur tout le territoire. Une politique nationale de l’architecture n’est pas synonyme d’uniformisation ou de poids supplémentaire sur les épaules des élus et des fonctionnaires municipaux.

Après avoir interpellé les membres de l’Assemblée nationale, le 4 mars, nous nous sommes donc rendus en région pour porter ce message. Nous sommes aussi intervenus auprès des quatre principaux partis politiques durant la campagne électorale. Tous se sont montrés intéressés. 

Dans sa lettre, le Parti libéral du Québec estime qu’une PNA « apparaît comme une voie permettant de transformer les paysages urbains de l’ensemble du territoire québécois en fierté nationale. Cela est crucial, car les bâtiments et les infrastructures qui sont érigés au cours d’un mandat gouvernemental peuvent marquer le territoire davantage et pour aussi longtemps que bien d’autres gestes politiques ». Nous avons naturellement pris contact avec le nouveau gouvernement. J’ai bon espoir que le dossier avance.

En attendant l’avènement d’une politique nationale de l’architecture, notre travail au quotidien doit démontrer la plus-value d’une bonne architecture. Excellence et conditions de travail sont liées. Je crois donc essentiel que nos firmes soient bien organisées et que les employés y soient heureux. Je ne doute pas que vous et vos collègues le soyez déjà, mais le bien-être de chacun nécessite une attention constante. La lecture de notre dossier vous apportera des idées et des pistes de réflexion. 

J’en profite pour souligner l’importance d’être inclusif. Dans nos pratiques, avec l’ampleur que prennent le développement durable et les processus de conception intégrés, on compte de plus en plus sur le travail d’équipe, ce qui est une bonne chose. Il ne peut se faire sans l’apport de chacun, en particulier des jeunes, d’autant plus qu’ils sont formés au travail collaboratif. Cette relève est précieuse.