Esquisses, vol. 25, no 2, été 2014

ÉcoquartiersQuête de sens

Qu’est-ce qu’un écoquartier ? Étiquette populaire au Québec comme ailleurs dans le monde, le terme renvoie à une forme de collectivités viables et durables à définition variable. En Amérique du Nord et en Europe, certaines initiatives visent à encadrer son utilisation. Tour d’horizon. 

Amélie Castaing-Rigaud et Catherine Boisclair, Vivre en Ville

En 1996, quand les premiers habitants ont pris possession des casernes de l’ancienne base militaire française de Fribourg-en-Brisgau, en Allemagne, aucun n’avait entendu parler d’écoquartier. Et pour cause : le terme n’existait tout simplement pas ! Moins de 20 ans plus tard, l’écoquartier Vauban est devenu une référence internationale en la matière.

Depuis, plusieurs projets de construction ou de requalification urbaine fondés sur les principes de développement durable se disputent le titre d’écoquartier. Or, certains s’en réclament à tort. Ainsi, un écoquartier ne devrait pas être défini comme tel s’il est construit sur des terres agricoles, surtout s’il induit une grande dépendance à l’automobile, même si les bâtiments qui le composent atteignent les plus hauts standards écoénergétiques, voire écologiques.

Quartier Ampersand, Ottawa. Photo: Colin Rowe, The Minto Group

Nécessaires balises

En Amérique du Nord comme en Europe, des balises sont graduellement adoptées afin de s’assurer que les écoquartiers méritent cette appellation. Critères de base : répondre aux besoins d’une population diversifiée, en interaction avec son environnement, et présenter des caractéristiques structurantes et efficaces à long terme. Par exemple, le système de certification LEED a récemment défini une norme à l’échelle du quartier : LEED for Neighborhood Development (LEED ND). Et en France, le ministère de l’Égalité des territoires et du Logement a lancé en 2013 une Charte des ÉcoQuartiers accompagnée d’un label national. Cette nouvelle labellisation vise à « encourager, accompagner et valoriser » les projets d’aménagement et d’urbanisme durables, a-t-on indiqué lors de son dévoilement.

Au Québec, les écoquartiers ne font pour le moment l’objet d’aucune mesure d’encadrement par les pouvoirs publics. C’est d’ailleurs dans le but d’offrir des balises que Vivre en Ville a amorcé le travail sur une charte des écoquartiers au printemps 2013 – voir le document Vers une charte des écoquartiers: Principes et balises pour guider les décideurs et les promoteurs, sur le site de l’organisme –, à partir des expériences européennes et nord-américaines.

Quartier Ampersand, Ottawa. Photo: Colin Rowe, The Minto Group

Sortir du laboratoire

Si la labellisation des bâtiments et des technologies dites « vertes » a précédé celle des quartiers, les expériences étrangères et canadiennes nous informent sur les outils mis de l’avant pour assurer ce changement d’échelle. But : tendre vers des collectivités complètes et viables.

Ainsi, les premiers incitatifs financiers en faveur de l’efficacité énergétique auxquels l’Europe a recouru pour faire émerger des écoquartiers ont produit des expériences pionnières comme Bo01, à Malmö, en Suède, ou le quartier Vauban à Fribourg-en-Brisgau. De son côté, la France est sortie de la phase d’expérimentation grâce à une série de projets-pilotes lancée dans plusieurs collectivités entre 2008 et 2012. Ce lancement a été suivi par l’avènement du label « ÉcoQuartier », l’an passé, afin de généraliser l’utilisation de l’approche tout en encadrant l’usage du terme. 

Au Canada, l’initiative des Collectivités EQuilibrium, financée par la Société canadienne d’hypothèques et de logement et Ressources naturelles Canada, offre un autre exemple de laboratoire des écoquartiers. À l’échelle des collectivités, elle a permis la réalisation de programmes contribuant à renforcer la planification communautaire et à aménager des quartiers sains, durables et écoénergétiques. Lancée en 2011, cette initiative a permis d’innover en matière d’intervention publique sur le logement. Pour une première fois au pays, l’intervention publique ne portait plus uniquement sur l’habitation individuelle, mais aussi sur un ensemble de caractéristiques relevant de la collectivité : énergie, usage du territoire et logement, eau potable, gestion des eaux usées et des eaux pluviales, transport, environnement naturel et viabilité financière. Quatre quartiers en ont bénéficié : Ty-Hispanis, près de Tofino, en Colombie-Britannique, Regent Park à Toronto, Ampersand à Ottawa, et Station Pointe à Edmonton. Notons que ce dernier projet propose des logements coopératifs et abordables dans quatre bâtiments écoénergétiques, et ce, à cinq minutes de marche d’un pôle multimodal, accentuant ainsi la mixité sociale et l’utilisation des transports collectifs et actifs.

Quartier Bo101, Malmö, Suède. Photo: Marco1003

Leçons fécondes

Quelles leçons tirer des expérimentations entreprises ici et ailleurs ? Il y a essentiellement trois caractéristiques communes aux écoquartiers dignes de ce nom : une localisation centrale stratégique, l’arrimage au transport en commun et l’innovation sociale. 

La localisation joue en effet un rôle fondamental dans un projet d’écoquartier. Celui-ci ne peut atteindre les objectifs de durabilité et de fonctionnalité s’il n’est pas localisé de manière optimale, c’est-à-dire de telle sorte qu’il soit connecté à son environnement et en symbiose avec les quartiers voisins afin de contribuer à leur développement et d’éviter de les « vampiriser ». Une bonne localisation permet aussi d’assurer la connectivité avec les secteurs avoisinants en contribuant à l’articulation entre l’urbanisation et le transport en commun.

Quant à l’articulation avec les transports collectifs, elle est fondamentale pour favoriser la mobilité durable dans le quartier et à l’échelle de l’agglomération. Sans cet arrimage, point d’efficience du transport en commun, ni de réelle efficacité énergétique du nouveau quartier, compte tenu du nécessaire recours à l’automobile.

Enfin, la mixité sociale et les innovations en la matière sont souvent les parents pauvres des premières générations d’écoquartiers. Par exemple, certains promoteurs se contentent de promouvoir des technologies dites vertes, notamment en matière d’énergie ou de lutte aux changements climatiques, pour s’arroger le titre. En comparaison, la Charte des ÉcoQuartiers française insiste sur les aspects sociaux des projets en citant « la mise en œuvre de la mixité sociale et intergénérationnelle, du bien-vivre ensemble et de la solidarité » parmi les interventions améliorant le cadre de vie quotidien.

 

Maison Unimog, Tübingen, Allemagne, Fabian Evers Architecture et Wezel Architektur. Photo: Michael Schnabel

Rôle de l’architecte

Afin de proposer des bâtiments confortables, accessibles, efficaces et durables, les promoteurs de projets d’écoquartiers mettent de l’avant le travail des architectes et des autres professionnels de l’aménagement. Leur apport permet d’assurer une plus grande diversité architecturale et un cadre bâti de qualité, notamment grâce aux concours d’idées.

En outre, les groupes d’autopromotion qui sont à l’origine de la création d’écoquartiers – qui se caractérisent par un contact direct entre particuliers-constructeurs et architectes – sont un autre gage de qualité des bâtiments et, plus largement, du milieu de vie. Selon Matthias Gütschow, qui a accompagné des groupes d’autopromotion à Tübingen, en Allemagne, « ce modèle permet aux futurs habitants de décider de la configuration et de l’apparence du logement ». Selon lui, si la personnalisation de l’habitat n’était autrefois que l’apanage des maisons unifamiliales, les groupes d’autopromotion permettent désormais d’intégrer des aspects personnalisés même dans les habitations à plusieurs étages. 

Le balisage des écoquartiers n’est pas pour autant une fin en soi : l’objectif de la démarche vise l’amélioration des pratiques en matière de construction et de transformation des quartiers. Car un écoquartier réussi est avant tout bien intégré dans son milieu, nous apprennent les différentes expériences menées de par le monde. L’application du concept demande donc de faire preuve d’adaptabilité face aux contextes des collectivités qui les accueillent. À vous de jouer !