Esquisses, vol. 27, no 1, printemps 2016

Chronique

La grande réduction

Amsterdam. Photo: Emmanuel Parent

 

Pierre Frisko* pfrisko@gmail.com 

C’était le gros évènement à ne pas manquer alors, forcément, ils ne l’ont pas manqué. Dirigeants de tout poil, présidents, ministres et maires, ensemble pour sauver la planète. Et devant les caméras, ne dites pas « cheese », mais « COP21 ». Ça place peut-être la bouche en cul-de-poule, mais ça donne l’impression que vous prenez la planète au sérieux.

Pendant ce temps, des cols bleus mettaient la dernière main à une innovation toute montréalaise, un trottoir de 70 centimètres. Rendu là, tu laisses faire le trottoir et tu mets seulement la chaîne.

Pour les croisements, il suffira d’installer des feux de circulation. Quant aux gens en fauteuil roulant, ils pourront déposer une roue sur le trottoir, l’autre dans la piste cyclable. Bonjour l’accessibilité universelle !

Mais il faut ce qu’il faut : les méchants gauchistes du Plateau étaient prêts à sacrifier une soixantaine de places de stationnement pour l’aménagement d’une piste cyclable.

Soixante places dans un quartier qui en compte à peine 60 000, vous imaginez la catastrophe ?

Encore des idées d’écologistes qui s’imaginent habiter Amsterdam. Vous avez déjà vu de quoi ça a l’air, Amsterdam ? Un cauchemar. Des pistes cyclables partout, des vélos partout. Des rues entières occupées par des gens. Le monde à l’envers.

Copenhague ? Encore pire. Il doit y avoir quelque chose de malsain qui circule dans la mer du Nord. Pourtant, jusqu’à la fin des années 1980, tout allait bien. L’espace public servait à rouler, ou à se stationner. Et puis, discrètement, des anti-automobilistes ont fait disparaître des espaces de stationnement au centre-ville.

Ce qui devait arriver arriva : les automobilistes ont abandonné le centre-ville qui a bientôt été infesté de piétons. Pire, les cyclistes se sont mis de la partie.

Vous pouvez imaginer ce qui est arrivé à tous ces pauvres commerçants du centre-ville qui assistaient, impuissants, à la disparition des stationnements ?

Leur chiffre d’affaires a augmenté.

Voir si on voudrait de ça chez nous !

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À Paris, on ne s’est pas contenté d’organiser une grand-messe planétaire pour faire semblant qu’on se préoccupait des changements climatiques : l’État et la Ville s’attaquent dès maintenant au réaménagement de la capitale française. Au programme, l’expansion sans précédent du transport en commun, le Grand Paris express. Un projet à faire mourir d’envie, pour la modique somme de 25 milliards d’euros.

Soixante-douze nouvelles stations de métro, 205 kilomètres de lignes supplémentaires. Quatre nouvelles lignes entièrement automatisées. Les travaux sont déjà commencés, et l’aboutissement est prévu pour 2030. À terme, le réseau devrait transporter 40 % de voyageurs supplémentaires.

À Montréal aussi, on a des voyageurs supplémentaires. Mais pour répondre à la demande, on diminue le service. Moins d’autobus. Moins de kilomètres. Rien que pour instaurer un service rapide par bus sur le boulevard Pie-IX, on aura mis vingt ans. Si tout va bien…

Vingt ans, pour une ligne droite sur un seul boulevard. Osons espérer qu’ils ont prévu les changements de direction aux extrémités sinon, on en aura pour quelques années de plus.

Pas étonnant qu’on n’ait pas fait mieux que trois stations de métro en 30 ans. À ce rythme, il faudrait sept siècles pour achever l’équivalent du Grand Paris express.

Le nouveau ministre des Transports du Québec a récemment déclaré qu’il était impensable d’arrêter l’expansion du métro. Tout comme il serait impensable de freiner un escargot en pleine course.

Ne regardez pas du côté de Québec pour retrouver un brin d’optimisme. L’ambitieux projet de tramway a été enterré pour être remplacé, peut-être, par un service rapide par bus. Date d’entrée en service indéterminée.

Comme le dirait avec plein d’à propos le toupet qui anime La soirée est encore jeune: Hé boboy !

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Je ne vous en avais pas encore parlé, mais j’ai déménagé, il y a quelque temps de cela. Du coup, j’ai perdu le pire propriétaire au monde, mais aussi un fabuleux sujet de chronique. Pour tout dire, je crois que je ne m’en remettrai pas. Alors voilà, au moment où le chiffre devient tout rond puisque j’ai signé ma première chronique en 2006, je signe aujourd’hui la dernière. Merci de m’avoir lu pendant toutes ces années.

Je profite de l’occasion pour saluer notre plus fidèle lecteur, qui célèbre en mars son 90e anniversaire. Ça fait tellement de chandelles qu’on ne voit plus le gâteau !

Joyeux anniversaire, Almas !

 

Les propos contenus dans cette chronique ne représentent pas la position de l’OAQ. Ils n’engagent que son auteur.