Esquisses, vol. 27, no 1, printemps 2016

Le rôle des villesFutures championnes

Les bâtiments n’étaient pas seuls sous les projecteurs de la COP21. Les villes et les régions leur ont volé la vedette à plusieurs reprises.

Bruno Demers 

Le 2 décembre, lors d’une conférence du Conseil du bâtiment durable de France intitulée « COP21 : pour l’industrie immobilière, “subir ou agir” ? », Jean Nouvel a été la voix de la raison. Seul architecte parmi les cinq invités, il a expliqué que les meilleures normes et les meilleurs clients font certainement les meilleurs bâtiments, mais « si la structure urbaine n’est pas bonne, si les transports sont trop longs, si on continue à gaspiller du territoire agricole tout autour et à étendre les villes, cela a des conséquences absolument immenses sur le carbone » ! Bref, il est temps d’appliquer le nouveau mot d’ordre de l’architecture européenne : « Construire la ville sur la ville ».

La décarbonisation, ont convenu les intervenants, est la tâche conjointe des architectes, de l’industrie, des États, mais surtout des villes. Christophe Kullmann, directeur de l’entreprise française Foncière des Régions, est allé encore plus loin en faisant le pronostic que le monde de demain évoluera non plus sous l’impulsion des G8 ou des G20, mais de réseaux de villes et de grandes métropoles. Premières à subir la crise climatique, elles sont en effet les mieux placées pour agir sur elles-mêmes en instaurant des mesures d’atténuation et d’adaptation.

Le Sommet des élus locaux pour le climat, le 4 décembre, a été un moment fort pour la légion de délégations municipales présentes à Paris. Rassemblant 700 maires et 1000 villes, il s’est terminé par la Déclaration de l’hôtel de ville de Paris, présentée le lendemain à la COP21. Les signataires, dont plusieurs villes canadiennes, y annoncent entre autres une réduction de 80 % de leurs émissions de CO2 d’ici 2050 et leur transition vers une énergie 100 % renouvelable. Un coup de fouet pour les États en négociation, frileux de s’engager clairement pour les « énergies renouvelables » ou contre les « énergies fossiles », deux expressions d’ailleurs absentes de l’accord final pour ne déplaire à personne. 

Engagements municipaux

Les villes du monde ont aussi brillé le 7 décembre lors de la présentation du Pacte des maires, une nouvelle coalition qui regroupe désormais plus de 450 villes et près de 400 millions d’habitants: Montréal, Toronto et Vancouver sont du lot, de même que 16 autres villes canadiennes. Fort d’une plateforme prévoyant la planification, la mesure et la publication de manière transparente des efforts de ses membres, le Pacte des maires s’engage à réaliser la moitié du potentiel urbain de réduction des GES dès 2020, soit approximativement 125 Gt.

L’évènement a donné la parole à une trentaine de personnes et s’est terminé par une intervention d’ONU-Habitat, partenaire fondateur du pacte. L’organisation onusienne a lancé des principes directeurs pour planifier l’action des villes sur le climat (Guiding Principles for City Climate Action Planning) et rappelé un rendez-vous capital pour la suite des engagements municipaux officialisés à Paris : Habitat III (voir Retour sur la COP21).

Soulignons finalement l’engagement du maire de Montréal à la COP21. Au Sommet des élus, Denis Coderre a été nommé président de Metropolis, l’Association mondiale des grandes métropoles. La veille, à son initiative, les villes québécoises et canadiennes avaient aussi fait front commun à l’ambassade du Canada pour affirmer leur volonté d’agir pour le climat. Les maires de Vancouver et de Toronto étaient notamment à ses côtés, en présence du président de la Fédération canadienne des municipalités, Clark Somerville, et de Suzanne Roy, présidente de l’Union des municipalités du Québec, qui mettra les changements climatiques au cœur d’un forum qu’elle organise en mai. Montréal reste pour l’instant la seule ville québécoise inscrite sur la plateforme du Pacte des maires avec une réduction annoncée de 30 % des émissions de GES d’ici 2030.

Bref, les villes d’ici et d’ailleurs ont fait preuve d’une énergie politique nouvelle, qui promet de se montrer elle aussi « renouvelable » de COP en COP !

À lire aussi : Retour sur la COP21 – L'architecture en renfort