Esquisses, vol. 27, no 1, printemps 2016

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Why great architecture should tell a story

Ole Scheeren

« La forme suit la fiction », telle est la phrase lancée par l’architecte allemand Ole Scheeren lors de cette conférence TED Talk prononcée en septembre dernier. Jouant sur le mot d’ordre ayant façonné le 20e siècle (« La forme suit la fonction »), il raconte comment il a plutôt cherché, au cours de ses derniers projets, à refléter la culture et le récit du quotidien des usagers. Cela l’a conduit à concevoir des formes inusitées pour remplacer l’omniprésente tour. Reste à voir si le public est prêt à adopter ses expérimentations. Le fameux édifice en trapèze abritant la télévision centrale chinoise, à Beijing, c’est lui. Par cet espace évoquant un circuit, il a voulu fluidifier les interconnexions qui caractérisent aujourd’hui le monde des communications. Or, cette réalisation, surnommée « le Pantalon » par les Chinois, est souvent citée quand il est question de l’intention des autorités locales d’interdire les bâtiments « bizarres ». N’empêche, son projet de quelque 1000 logements à Singapour, une empilade de barres verticales entrelacées, fait quant à lui rêver avec ses vastes espaces verts en hauteur, et constitue une belle réponse au dilemme entre communauté et intimité.

TED Talk, septembre 2015, 16 min 25 s. Accessible sur YouTube

 

Matières – Retour à la normalité ?

Cet ouvrage est le douzième cahier annuel du Laboratoire de théorie et d’histoire de l’architecture de l’École polytechnique fédérale de Lausanne. Il traite du thème de la normalité et de ses différents aspects, notamment en architecture. Si la succession d’essais rend la lecture difficile, il en reste néanmoins une réflexion profonde sur les normes et usages dans les différents types de construction. On y aborde, par exemple, l’évolution de la règlementation entourant l’acoustique au cours du dernier siècle ou encore l’atmosphère des logements européens. L’ouvrage est agrémenté de nombreuses références bibliographiques et historiques, et abondamment illustré. Il comprend en outre une longue entrevue avec le photographe français Raymond Depardon sur les déclinaisons de la normalité.

Presses polytechniques et universitaires romandes, 205 pages

 

 

 

What is Architecture?
And 100 Other Questions

Rasmus Wærn et Gert Wingardh

Voici un charmant et espiègle petit ouvrage en anglais qui tente de définir l’essence de l’architecture en l’abordant à travers 101 questions. Les auteurs partent du principe que plusieurs réponses peuvent être bonnes, et assument parfaitement que certaines paraissent contradictoires. Depuis Why is the world most beautiful at twilight? (Pourquoi le monde est-il plus beau dans la pénombre ?) jusqu’à What does architecture do for us? (Que fait l’architecture pour nous ?) en passant par Why build a model when we have computers? (Pourquoi faire une maquette quand on a des ordinateurs ?) ou Why do architects want to paint the world white? (Pourquoi les architectes veulent-ils peindre le monde en blanc ?), chaque interrogation fait l’objet d’une réponse brève (quelques mots) et d’une réponse longue (une dizaine de phrases). Idéal à laisser traîner près de la machine à café pour susciter le débat entre collègues et remettre à leur place les ego surdimensionnés. Il est en effet parfois utile de rappeler avec humour quelques évidences !

Laurence King, 2015, 216 pages

 

Il était une ville

Thomas B. Reverdy

Dans ce roman social sur fond d’intrigue policière où plusieurs destins s’entrecroisent, le personnage principal est en fait la ville de Detroit en 2008, qui se déglingue au long du récit. Les services publics et les commerces ferment les uns après les autres, les habitants se regroupent dans les ruines du centre-ville, ceux qui en ont les moyens s’en vont, les quartiers se désertifient en bordure des autoroutes, les maisons dont les squatteurs ne veulent plus se boursouflent, s’écroulent ou partent en fumée, la nature reprend ses droits. Néanmoins, dans les usines désaffectées de la périphérie, une vie parallèle, peu recommandable, se développe. La morale de l’histoire ? La déliquescence urbaine peut aller vite. Que le dernier qui part éteigne la lumière, comme dit la blague qui circule downtown.

Flammarion, 2015, 274 pages

 

 

 

 

Les plans d’implantation et d’intégration architecturale

Jean-Pierre St-Amour

Ce bouquin au contenu quelque peu aride, mais rédigé en termes clairs, permet à l’architecte, à l’urbaniste, au promoteur et au lecteur non spécialisé de bien comprendre les objectifs des plans d’implantation et d’intégration architecturale (PIIA) et leurs mécanismes de mise en œuvre. L’auteur, qui est avocat et urbaniste, décline les PIIA sous plusieurs facettes : objet et portée, règlement, traitement et suivi de dossiers. Comme c’est la norme pour ce type d’ouvrage, on y trouve, en plus des explications fournies par St-Amour, plusieurs références aux lois et à la jurisprudence applicables, qui contribuent grandement à la compréhension des concepts traités. Une lecture essentielle pour quiconque s’intéresse à ce sujet pointu.

Éditions Yvon Blais, 2015, 302 pages

 

 

 

 

Les plus grands architectes

Richard Weston

Voilà un ouvrage destiné à vivre sur une table basse de salon. Ce sont en effet les photos de bâtiments célèbres dont il est truffé qui attirent l’attention. Pas surprenant pour un bouquin qui traite d’architectes connus ! Classée par année de naissance, chaque célébrité est présentée par une courte biographie, suivie d’une chronologie et d’une série d’images qui résument en elles-mêmes l’inventivité de ce « grand ». La succession des portraits rappelle cependant une réalité typique du dernier siècle : la prédominance outrancière des hommes occidentaux dans le domaine de l’architecture. La variété des idées répertoriées reste tout de même intéressante et fort agréable pour les yeux. À consulter en cas de panne d’inspiration...

Éditions de La Martinière, 2015, 312 pages

 

S’approprier la ville

Sous la direction de Lucie K. Morisset

L’identité d’une ville n’est jamais un effet du hasard, nous rappelle cette lecture. Certes, chaque génération laisse derrière elle ses bâtiments caractéristiques, mais le sens, l’usage et la forme que leur donnent les suivantes font généralement l’objet d’une fabrication issue de débats, de décisions unilatérales, voire de branding. Qu’il s’agisse d’équipements sidérurgiques désaffectés en Lorraine, de bâtiments bombardés à Belgrade ou du patrimoine multiethnique de Montréal, l’histoire qu’on leur fait raconter finira par supplanter d’autres récits possibles, par cristalliser le sentiment d’appartenance des citoyens et par imprégner l’imaginaire des visiteurs. Après tout, une ville, c’est aussi une
construction de l’esprit.

Presses de l’Université du Québec, 2015, 368 pages

 

Des couvents en héritage

Sous la direction de Luc Noppen, Thomas Coomans et Martin Drouin

Des couvents, au Québec, ce n’est certainement pas ça qui manque. Des religieux pour les peupler, par contre, on n’en trouve presque plus. Alors que faire aujourd’hui de ce magnifique legs ? Un colloque à l’origine de cet ouvrage, tenu en 2009, posait justement la question. Mais au-delà du futur des bâtiments religieux, le collectif présente des textes sur des sujets aussi pointus que variés, qui feront le plaisir des amateurs de patrimoine. Sont discutés tour à tour l’histoire des monastères en Russie, la réaffectation d’une abbaye à Royaumont, en France, et les façons d’intégrer la communauté lors de la reconversion d’édifices religieux. Les bâtiments décrits dans ce livre diffèrent autant par leur architecture que par les évènements historiques dont ils ont été les témoins. Un ouvrage dense, qui soulève des questions d’actualité, à lire avec un bloc-notes à portée de main.

Presses de l’Université du Québec, 2015, 512 pages