Fibrociment, la suite

Notre article sur le fibrociment, publié dans le dernier numéro d'Esquisses (printemps 2011), n'est pas passé inaperçu. Inondés d'appels, certains représentants ont émis le désir de rassurer les architectes quant aux performances de leurs produits. À eux la parole!

Martine Roux, complément Web, été 2011.

 

En 2010, le manufacturier James Hardie a enregistré trois réclamations au Québec concernant des parements de fibrociment. Or, elles ont toutes été réglées à l’interne, soutient Jacky Letourneur, directeur du Développement de marché chez James Hardie Canada, le plus important fournisseur sur le marché québécois. « James Hardie est l’inventeur de ce matériau, et nous fabriquons plusieurs milliards de pieds carrés de fibrociment pour l’Amérique du Nord, c’est-à-dire de quoi couvrir trois millions de maisons. Les réclamations, ce sont des pinottes à l’échelle de nos réalisations. Quand ça arrive, on envoie un inspecteur, on embauche un nouvel installateur à nos frais, on remplace et c’est tout. »

« Des litiges, il y en a toujours eu et cela continuera », avance pour sa part René Fortier, propriétaire et fondateur d’Arkea Systems Inc., qui transforme le panneau CEMFORT en produit de fibrociment préusiné. M. Fortier conseille les architectes depuis une trentaine d’années. « D’un autre côté, des milliers de bâtiments revêtus de fibrociment ont été réalisés au Québec ainsi que dans le nord de l’Europe depuis quelques années. » La clé, selon lui, est l’encadrement lors de l’installation. « Il faut encadrer non seulement l’entrepreneur, mais surtout l’ouvrier qui fera l’installation, car il a ses propres habitudes et perceptions par rapport au matériau. »

Les intervenants cités dans l’article d’Esquisses émettaient certaines réserves sur le fibrociment. Parmi eux, Richard Trempe, expert-conseil en enveloppe du bâtiment et vice-président de Patenaude-Trempe, réitère son message aux architectes, qu’il résume en trois points : 1) soigner particulièrement l’installation du produit; 2) s’enquérir de la recette (composition en fibres); 3) poser et reposer des questions aux représentants des manufacturiers sur les propriétés du produit et sur les consignes d’installation.

« C’est un produit qui a de l’avenir, mais il doit s’améliorer, dit Richard Trempe. D’ici là, il faut que les architectes s’informent et posent des questions : ce sont eux qui sont au bâton, au bout du compte. »

Voyons maintenant, point par point, la réaction de manufacturiers.

 

L’adaptation au climat

Chez James Hardie comme chez Arkea, on assure que les produits de fibrociment sont bien adaptés au climat québécois. « La planche, le panneau, les soffites, les moulures vendus au Québec ne sont pas composés des mêmes substrats que ceux vendus par exemple au Texas ou en Louisiane, dit Jacky Letourneur. Tout ce qui entre au Canada fait partie de la zone nordique HZ5, c’est-à-dire des produits qui conviennent à des climats caractérisés par des températures froides et de fortes précipitations. Cela a trait au taux d’absorption de la cellulose, à la proportion de fibres dans le matériau, à la résistance aux craquements et à l’élasticité de la planche. »

Quant à René Fortier, il suggère d’oublier la notion d’inertie. « Aucun matériau, quel qu’il soit, n’est inerte. On parle plutôt de mouvements thermiques. »

 

Humidité et efflorescence

Comme il transforme ici des feuilles de fibrociment brutes, René Fortier s’assure que les panneaux sont hydrofugés à l’arrière. « Revenons à la réalité d’un chantier : même en prenant des précautions, l’humidité est pratiquement inévitable. En hydrofugeant l’arrière, on s’assure que l’humidité n’affectera pas le panneau. » Arkea a par ailleurs éliminé les emballages de plastique, qui pouvaient créer de la condensation, entraînant du même coup un rétrécissement du panneau une fois installé.

 

Les cendres volantes et la teneur en fibres

Le fibrociment peut contenir des cendres ou de la cellulose dans des proportions qui varient d’un manufacturier à l’autre. Et aucun ne vous dévoilera la recette de son produit, même sous la torture! Jacky Letourneur précise toutefois que les produits James Hardie ne contiennent pas de cendres volantes. Quant à René Fortier, il soutient que les produits se raffinent de plus en plus : « Cela fait plus de 20 ans que les manufacturiers en Amérique du Nord ont amorcé le remplacement de l’amiante par des fibres minérales cellulosiques et synthétiques, comme dans le cas du produit CEMFORT, dit-il. Ce n’est pas nouveau. »

 

Les manuels techniques en français

James Hardie publie un site Web bilingue pour le marché canadien, rappelle Jacky Letourneur, permettant ainsi aux architectes de trouver toutes les informations nécessaires à leur pratique. Le manufacturier distribue aussi des manuels d’installation et des DVD de pose aux professionnels de l’industrie. Ces outils sont offerts en français et sont conformes aux exigences du code du bâtiment du Québec, tout comme ceux d’Arkea.

 

L’encadrement des installateurs

Les manuels en français, c’est bien, mais Arkea va plus loin, explique René Fortier : l’entreprise a créé des outils sur mesure à l’usage des installateurs. Le guide d’installation (en métal) est livré en même temps que le produit et est équipé de gabarits de perçage. Le manufacturier fournit aussi les forets appropriés ainsi qu’un manchon qui guidera la pose au centre du trou percé. « L’encadrement jusque dans les virgules de l’installation est véritablement la clé du succès du projet », soutient M. Fortier.

Quant à l’entreprise James Hardie, elle multiplie les visites sur les chantiers, assure Jacky Letourneur : « On fait de la formation tous les jours sur les chantiers, avec les installateurs. On ne peut évidemment pas être derrière chaque maison qui se construit, mais on se déplace volontiers à l’invitation des architectes. C’est un service gratuit, qui assure un meilleur contrôle de la qualité. »

Vous voulez avoir l’heure juste? Un atelier sur le fibrociment se tiendra lors du Forum des architectes, qui aura lieu à Montréal les 16, 17 et 18 juin prochains. Consultez le programme détaillé (qui sera publié sur le site Web de l’Ordre à compter du 26 avril) pour connaître les détails.